Sylvain Godinot, adjoint au Patrimoine : 1 200 bâtiments à gérer et à réparer


Samedi 3 avril 2021, Aline Duret, Le Progrès

Adjoint au maire de Lyon, Sylvain Godinot est en charge de la Transition écologique et du Patrimoine. Il a pour mission de gérer quelque 1 200 bâtiments, propriétés de la ville de Lyon. L'urgence ? Conserver le patrimoine y compris le plus ancien tout en améliorant le volet énergétique, notamment pour s'adapter au nouveau climat. Et il y a du boulot.

Que représente le patrimoine de la ville de Lyon ?

« On a deux millions de mètres carrés de patrimoine bâti sur à peu près 1 200 bâtiments. Et un patrimoine non bâti de cinq millions de mètres carrés* Il est très important et très diversifié. Les équipements les plus connus sont les écoles, environ 200, mais il y a aussi les crèches, les équipements sportifs, ou encore les bâtiments les plus emblématiques comme l'Auditorium ou l'Hôtel de Ville. Viennent s'ajouter les équipements de la vie associative, les églises ou encore les parcs et les jardins, »

Avez-vous fait un état des lieux ?

« On en connaît le détail par le travail des services et il y a des bases de données qui ont largement souffert d'un sous-investissement. On a des outils informatiques obsolètes et sur lesquels on va devoir réinvestir fortement dans les prochaines années. Il y a aussi un retard d'investissement sur la conservation du patrimoine, et parmi nos engagements figure la mise en place d'un schéma directeur immobilier de la ville de Lyon, car on n'a pas de vue d'ensemble de son état. On ne sait pas de combien de milliers d'euros est ce retard, mais je peux vous dire qu'on a une pression forte des Lyonnais, à commencer par les parents d'élèves relayés par les maires d'arrondissement pour dire que dans certains endroits, les bâtiments sont en mauvais état ou sont insuffisants. »

« Nous allons commencer à installer un peu systématiquement, par exemple, des brasseurs d'air dans le patrimoine de la ville »

De quelle manière allez-vous rattraper ce « retard » ?

« C'est une stratégie de transition écologique du patrimoine qui est mise en place et elle amène une nouvelle idée. Il ne s'agit pas seulement de conserver le patrimoine, il s'agit de l'améliorer, notamment sur le volet énergétique pour qu'on baisse nos émissions de gaz à effet de serre et qu'on s'adapte ainsi au nouveau climat. De plus en plus, nos  bâtiments subissent des surchauffes d'été. Il s'agit bien d'engager un travail pour s'en protéger. Nous allons commencer à installer un peu systématiquement, par exemple, des brasseurs d'air dans le patrimoine de la ville et des protections solaires. Pour les systèmes de chauffage, il s'agit d'augmenter la part des énergies renouvelables en raccordant nos bâtiments à chaque fois que cela est possible au réseau de chaleur urbain. » 

« Le patrimoine a souffert d'un sous-investissement »

Avec la transition écologique qu'estce qui change dans les chantiers ?

Par rapport à ce qui a été lancé précédemment il y a peu d'opérations qui s'arrêtent, à part celle du musée Guimet. Quand les opérations sont encore modifiables, avant le début des travaux, on essaye de réorienter certains éléments du programme, notamment pour mieux intégrer cette notion. Le patrimoine a souffert d'un sous-investissement. Il y a des bâtiments en mauvais état que nous démolissons, C'est le cas pour le groupe scolaire Kennedy dans le 8e. Ce type d'école construit pour les enfants du babyboom, très rapidement, est de très mauvaise qualité. Mais dans la plupart des cas, les écoles construites au début du XXe siècle seront rénovées. » 

Quels sont les projets les plus emblémaliques que vous lancez ?

« Plutôt que de parler de projets emblématiques on peut évoquer les opérations qui nécessitent les plus gros investissements. La restructuration de l'école Kennedy qui prévoit la réalisation d'une piscine et tout à côté les Ateliers de la Danse est estimée à 50 millions d'euros. On peut citer les opérations de rénovation énergétique dans trois groupes scolaires en lien avec la SPL OSER Là, on espère diviser par deux ou trois la consommation. On va réaliser un bâtiment à énergie positive et nous utiliserons des matériaux biosourcés dans les projets comme dans celui du groupe scolaire Bataille à Mermoz qui pourrait être un bâtiment en pisé. On a la conviction que l'on peut faire des choses absolu. ment superbes avec ces matériaux-là, extrêmement modernes, à l'empreinte carbone bien meilleure. La volonté est d'abord d'optimiser le patrimoine exis tant. On a des sites comme les Subsistances où on a des étages non utilisés, »

Quels sont les grands oubliés du mandat ?

« On ne peut pas refaire tout d'un coup, mais je n'ai pas le sentiment qu'il y ait de gros perdants dans le dispositif. Ce qui est sûr c'est qu'il y a un retard d'entretien et qu'il nous faut au moins tout le mandat pour rattraper tout cela. »
Propos recueillis par Aline DURET

L'Hôtel de Ville, ce monument aux fenêtres trop grandes...

S'appuyer sur l'aspect historique des bâtiments et se projeter dans le futur... Cette notion s'applique aux monuments les plus anciens. Et là, la question est un peu plus épineuse. Ainsi pour l'Hôtel de Ville qui est « une catastrophe au niveau énergétique ». « Voyez la taille des fenêtres, évidemment on ne pourra pas les toucher sans aller voir le conservateur régional des monuments historiques qui va nous dire gardez-les. Sur les monuments historiques, on va vraiment faire du sur-mesure ».
Parmi les chantiers à venir : la réfection de la toiture de l'Hôtel de Ville (10 MC), des travaux de ravalement sur l'annexe de l'Hôtel de Ville (2 MC). Pour la Galerie des Terreaux, pour l'instant sans projet, la Ville cherche « à s'appuyer sur des acteurs externes qui pourraient nous aider à gérer ces bâtiments ». À l'image du projet de reconversion de l'église Saint-Bernard. « En attendant la fin d'une procédure en cours, promoteur et architecte peuvent avancer sur ce projet d'espaces de travail partagé 
À l'ancienne école des Beaux-Arts, le projet porté par l'ancienne mandature ne se fera pas. Le service archéologique de la ville de Lyon va y rester. Le bâtiment sera refait (6 MC) pour « un usage de bureaux », pour des espaces associatifs classiques