Retour vers le passé... : Le Mammouth de Choulans


Vendredi 9 avril 2021

Histoires lyonnaises plonge dans ses archives et vous propose de découvrir ce texte publié pour la première fois dans le Bulletin Municipal Officiel de la Ville de Lyon le 25/05/1979, de manière anonyme.
Dans nos régions d’Europe occidentale, la découverte de grands ossements d’éléphants fossiles a toujours excité la curiosité du public.
Or le grand bassin rhodanien, en raison de la très grande abondance des alluvions glaciaires, est l’une des régions les plus riches d’Europe en débris d’éléphants fossiles. C. Jourdan, ancien directeur du musée de Lyon était » un véritable cimetière d’éléphants ». En effet, il est rare qu’une excavation importante dans les graviers fluvioglaciales ou fluviatiles ne permette pas la découverte de quelques ossements ou, plus sûrement, de quelques dents d’éléphants. Aux temps anciens, ces découvertes frappaient l’imagination et des légendes prenaient vie dans l’imagination populaire.
Falgose rapporte qu’en 1456 le Rhône mit à découvert près de Saint-Péray, non loin de Valence, de très grands ossements dont une partie fut portée à Bourges et suspendue dans la Sainte chapelle de cette ville. Cassanion mentionne une découverte analogue faite en 1564 dans une localité voisine. C’est également en Dauphiné et près de Valence que furent exhumés en 1613 les fameux ossements attribués au roi géant Teutobochus et qui furent le sujet de longues et laborieuses dissertations entre Habicot et Riolan vers 1615 ; ce dernier fut le premier à reconnaître dans ces os ceux d’un éléphant.
En 1789, les Chanoines de Saint-Vincent faisaient promener processionnellement dans les rues et les campagnes, et pour obtenir la pluie, un prétendu bras de saint qui n’était autre chose qu’un fémur d’éléphant.
Depuis ces époques de crédulité, et principalement grâce à Cuvier, la science s’est emparée de ces reliques exhumées en nombre de plus en plus considérable de l’activité humaine toujours croissante .Jusqu’en 1859 Lyon ne possédait que des dents des mâchoires isolées ou portions diverses de squelettes appartenant à plus de 90 individus différents et provenant de 25 gisements, lorsque des fouilles opérées rue des Trois – Artichauts pour les fondations d’un bâtiment, sur les flancs de la colline de Sainte- Foy, mirent à jour toutes les parties du squelette d’un éléphant de très grande taille en parfait état de conservation.
Cette pièce capitale fut recueillie avec le plus grand soin par M. Jourdan. Ce squelette fut stocké dans les réserves du muséum, alors au palais Saint- Pierre.
C’est 23 ans plus tard, en 1872, que Louis Lortet nouveau directeur du muséum, pouvait, grâce à la générosité de l’Association des amis des Sciences naturelles faire réunir les diverses parties dispersées et quelque peu oubliées dans les entrepôts pour procéder au montage du squelette.
Monté avec beaucoup d’habileté par Charles Revil, l’un des préparateurs du muséum, cet éléphant représentait le troisième exemplaire de ce genre de proboscidiens fossiles dont on possédait un squelette complet. 
Antérieurement à sa découverte, on ne connaissait que le Mammouth du musée de Saint- Pétersbourg et celui du musée de Bruxelles : le premier, trouvé en 1799 sur les bords de l’océan arctique, à l’embouchure de la Léna, ne fut monté que vers 1825 ; le second, extrait en 1860 des tourbes de Lierre, dans la province d’Anvers, a été monté en 1871.
Ces 3 squelettes appartiennent à l’espèce Eléphas primigenius, plus connue sous le nom de mammouth ; ce sont des animaux d’assez grande taille, mais cependant sans être les plus grands des éléphants ayant habité nos régions au Quaternaire.
Le fémur du Mammouth de Choulans a 1,25 m, le tibia 0,69 m et les défenses, bien conservées et très fortement recourbées, atteignent 2,10 m ; le diamètre de leur courbure est de 1m ; elles ont à la base de l’alvéole, 0,53m de circonférence, et leur diamètre est de 0,17 m.IL ne manquait à ce squelette qu’un très petit nombre de pièces aussi aurait-il dû être facilement restauré. En dix ans cependant le crâne n’ayant pas été dégagé du sol avec toute les précautions voulues et n’ayant pas été conservé dans des conditions parfaites, il a fallu procéder à sa restauration à l’aide de matériaux divers : aujourd’hui cette pièce du squelette est malheureusement beaucoup plus artificielle que naturelle même si on admet qu’elle fut reconstituée avec soin.
Dans la pratique le squelette de Choulans avait beaucoup souffert de plus de 20 années de conservation sans soins. Il fallait aussi le rendre suffisamment solide pour résister à une exposition à l’air libre : malgré les médiocres moyens techniques de l’époque C. Revil réussit un bon montage mais dut recourir à des consolidations ou remplacement des os par diverses matières (céramiques, bois, plâtre …) au moins 3 démontages et remontages (1914, 1939, 1955) ont contraint chaque fois à augmenter la part de restauration par rapport à la part originelle ; si la science y perd en authenticité, le squelette garde encore fière allure dans la salle du musée.
Figures-descriptives-de-letat-de-preservation-et-de-restauration-a-defense-droite © Joseph Camaret - Isabelle George - Cédric Audibert - Didier Berthet
Figures-descriptives-de-letat-de-preservation-et-de-restauration-a-defense-droite © Joseph Camaret - Isabelle George - Cédric Audibert - Didier Berthet
Les dimensions du mammouth de Choulans sont légèrement plus grandes que celles des squelettes de Saint-Pétersbourg et de Bruxelles. Il mesure au garrot 3,75 m ; celui de Bruxelles n’a que 3,60 m et celui de Saint-Pétersbourg 3,45 m. Les proportions du mammouth de Lyon, comparées à celles d’un éléphant de l’inde, qui existe aussi au Muséum de Lyon, venant de Cochinchine, seraient peut-être plus facilement appréciées. Bien que le sujet comparé au Mammouth de Lyon soit d’assez grande taille, on voit qu’il est près d’un tiers moins gros.
Ce squelette de Mammouth, bien Lyonnais, reste l’un des rares exemplaires de squelette monté en Europe et par conséquent au monde.

Ressources documentaires

Tout savoir sur le Mammouth de Choulans, au musée des Confluences, cliquer ici