Histoire de Lyon
UNESCO

 

 

Supplément du journal RVL,
n°102, mai 1999,
consacré exclusivement au
Site Historique de Lyon
(4 pages)
Pdf

 

 

Document touristique,
juin 1999, consacré au
Site Historique de Lyon
(4 pages)
Pdf

 

> Le site historique de Lyon > Lyon et l’UNESCO


Suivez l’Unesco...
(décembre 2013)

À la veille de la Fête des lumières 2013, une nouvelle signalétique a été mise en place sur l’ensemble du site historique de Lyon inscrit à l’Unesco. Elle est destinée aux piétons.
Trois types de mobilier renseignent les visiteurs. Les plus importants sont des tables d’orientation installées en des lieux offrant des points de vue remarquables sur une partie du site. Celles-ci sont relayées par des bornes directionnelles ou par un marquage spécifique sur des bordures de trottoirs.
La RVL se réjouit de voir réalisée une demande de mise en évidence de la consécration de notre ville au Patrimoine mondial. En plus des plaques « Mémoire de Lyon », mises en place sur certains édifices, et d’une signalétique propre au Vieux-Lyon ou aux Pentes de la Croix-Rousse, cette dernière a l’avantage d’inviter les personnes à se diriger commodément sur l’ensemble du site historique de la ville – et même vers des quartiers voisins comme, par exemple, la berge orientale du Rhône, devenue promenade et offrant une vue remarquable et continue sur les quartiers anciens.
Une forme d’accompagnement qui donne plus de plaisir encore à la flânerie contemplative.

Cette nouvelle signalétique permet aux touristes et aux Lyonnais de s’orienter de façon autonome.
Le dispositif : 11 tables d’orientation avec système NFC (technologie sans contact) et flash code (accédant aux applis du musée Gadagne “Clés de Lyon”) ; 68 bornes de jalonnement ; 45 gravures sur trottoirs. L’ensemble a été conçu pour parfaitement intégrer le paysage urbain par le design (couleurs inspirées de la gamme Renaissance lyonnaise).
En savoir +

 

La reconnaissance de Lyon par l'UNESCO a "déjà" 15 ans.
Bon anniversaire

(extrait du journal n° 140, juin 2013)

Nous n’allons pas refaire le récit de l’inscription du site historique de Lyon sur la liste du Patrimoine Mondial, le 5 décembre 1998.
Etant à l’origine de ce projet, la RVL a accompagné celui-ci et s’en est fait l’écho durant plusieurs années.

Dès février 1999, un supplément au n° 102 de notre Journal, résume le dossier et présente l’argumentaire qui avait reçu l’agrément de l’Unesco.
En 2000, nous éditons Lyon : un site, une cité, un livre consacré au sujet, invitant le lecteur à faire la découverte de l’ensemble des quartiers de la ville constituant le site historique. En 2002, l’ouvrage a été réédité en anglais (épuisé).
Ainsi, la RVL (et notamment par l’engagement de Régis Neyret, Didier Repellin, Denis Eyraud et Yves Neyrolles) a multiplié les occasions de rassembler les Lyonnais pour les convaincre que la distinction de notre ville par l’Unesco ne devait pas être considérée comme une surprise mais, au contraire, comme l’aboutissement heureux d’un demi-siècle d’actions des pouvoirs publics, en concertation avec certaines associations (et particulièrement la RVL), ayant permis de moderniser la ville tout en sauvegardant et en restaurant les éléments essentiels de ce qui fait l’originalité, l’exemplarité de Lyon.
Contentons-nous donc de redire ici qu’avec cette consécration, après celle de Porto, l’Unesco inaugurait une nouvelle ère dans l’attribution de son prestigieux label, désignant non plus des cités érigées de monuments grandioses, voire uniques, mais des ensembles urbains habités remarquables et ayant su préserver leur singularité dans les nécessaires transformations entreprises au fil des siècles.

Un nouvel élan...
Car l’essentiel aujourd’hui, c’està- dire près de quinze ans après la proclamation faite à Kyoto, le 5 décembre 1998, est d’abord de constater l’extraordinaire élan que cette distinction mondiale a donné à notre ville. La liste est longue des édifices qui ont, depuis cette date, bénéficié de chantiers permettant leur remise en valeur. En commençant par l’hôtel de ville, qui a retrouvé depuis peu son lustre du XVIIe siècle, la plupart des édifices majeurs, religieux ou civils, ont, ou sont en train de connaître une cure de jouvence, offrant ainsi aux Lyonnais et aux nombreux visiteurs l’image d’une ville métamorphosée, redevenue belle et attirante, riche de son histoire en même temps qu’audacieuse dans la réhabilitation et la transformation de quartiers plus récents.
Dès le 8 décembre 1998, la Ville signait une première convention avec l’État, d’une durée de cinq ans, pour entreprendre la restauration d’une dizaine d’édifices majeurs. Parmi ceux-ci, on peut citer les églises Saint-Paul, Saint-Bruno et la basilique d’Ainay, ainsi que l’Hôtel Gadagne abritant le musée historique de Lyon et le musée des marionnettes du monde, qui est devenu aujourd’hui un modèle dans son genre et qu’animent constamment de riches expositions temporaires et des soirées de débats.
Cette convention a déjà été renouvelée deux fois.
En même temps, afin d’engager les propriétaires et les syndics à se mettre au diapason de cette distinction dans l’entretien de leurs immeubles, la Ville a publié des brochures et ouvert des pages sur son propre site internet, invitant à prendre un soin particulier pour tous les types de travaux à réaliser (voir le n° 139 de notre Journal, pages 4 et 5).
La RVL est heureuse également d’avoir été entendue lorsqu’elle invitait des élus lançant la reconversion de la berge orientale du Rhône à ne pas oublier les rives de la Saône, cours d’eau historique du développement de la ville. La très prochaine promenade au fil de l’eau, qui reliera le quartier de La Confluence à l’Île Barbe et, au-delà, à Neuville, rassemblera Lyonnais et visiteurs dans une redécouverte et une réappropriation, pas à pas, du riche patrimoine de notre cité.
La Ville elle-même organise dans tous les arrondissements des balades, conduites par des habitants spécialistes, pour mieux faire connaître et partager les patrimoines, même modestes, de chacun des quartiers.
Quant à la signalétique patrimoniale, mise rapidement en place sur le site historique, après 1998, elle est en voie de restauration et se verra prochainement étendue et enrichie d’un mobilier nouveau judicieusement placé à proximité de lieux faisant belvédères. ...

qui dépasse le cadre du seul site historique de Lyon.
Notre souci, dès 1998, était que l’afflux attendu de nombreux visiteurs dans notre ville puisse être réparti sur l’ensemble du site historique et pas uniquement à travers les rues et les places du seul Vieux-Lyon, quartier certes très couru depuis plusieurs années déjà, mais qui ne pouvait supporter une marée de touristes sans risques pour la vie quotidienne de ses habitants. C’est pourquoi, nous nous sommes réjouis des initiatives prises par l’Office de tourisme qui, année après année, a proposé des itinéraires thématiques sur l’ensemble du site historique et au-delà, sur l’ensemble de la ville, invitant même à découvrir des quartiers nouveaux comme celui de La Confluence, ou en pleine réhabilitation comme ceux de la Duchère ou des Etats-Unis.
Est-ce un souci ou une exigence, notre association se préoccupe également de la restauration complète de quelques édifices majeurs en attente ou en voie de reconversion. Certains se trouvent dans le Vieux-Lyon : la Maison du Chamarier, l’ancien palais de l’archevêque. D’autres, répartis dans le site historique ou en dehors de celui-ci, méritent réflexion et concertation au sujet de leur réaffectation. C’est dans ce but que, récemment, la RVL a créé une nouvelle commission, « Lyon- Patrimoines », ouverte à des membres d’autres associations (voir ci-dessous). Dans tous les cas, nous pensons que le patrimoine, autrefois considéré comme un élément secondaire, voire un obstacle au développement de la ville, est au contraire une véritable ressource pour l’essor et le rayonnement de Lyon au cours de ce nouveau siècle.

Le BMO n°6031 du lundi 25 novembre 2013 (bulletin municipal officiel de la ville de Lyon) consacre 2 pages à ce dossier : "il y a 15 ans" (article à télécharger) Pdf

 

Lyon et l’UNESCO

L’UNESCO et le patrimoine

En 1972, l’UNESCO adopte une convention concernant la protection du patrimoine mondial et culturel. Cette convention a pour objet d’identifier et de protéger les lieux culturels ou naturels d’une «valeur universelle et exceptionnelle».
A partir de 1978, l’UNESCO commence à établir une première liste. Celle-ci comprend, en priorité, les sites les plus impressionnants et les plus exemplaires de la planète. Puis, au fil des années, les esprits changent : l’UNESCO s’intéresse alors à des lieux témoins, chargés d’une histoire spécifique et unique.
La liste s’allonge.
Les quinze premières années, les experts de l’UNESCO ont surtout retenu les grands sites naturels.
On peut citer, parmi eux, le parc du Grand Canyon et le parc des Everglades, aux Etats-Unis, le parc du Kilimandjaro, en Afrique, ou les Calanques de Piana, en France.
Ils ont aussi inscrit de grands monuments historiques. Pour la France, on trouve des sites aussi divers que le Pont du Gard, le Château et le Parc de Versailles, la Basilique et la Colline de Vézelay ; des lieux mixtes comme le Mont-Saint-Michel, le Canal du Midi ou les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et des villes historiques comme la cité de Carcassonne.
A l’étranger, les exemples sont multiples : Angkor, le Taj-Mahal, la Tour de Londres, l’Acropole d’Athènes, la Grande Muraille de Chine... les villes anciennes de Byblos et de Tyr, Tombouctou, Venise, Prague et la Cité du Vatican.
Désormais, l’UNESCO valorise une idée plus humaine du patrimoine, associant l’architecture monumentale à l’architecture domestique et introduisant dans sa liste une notion de vie et de futur dans les sites choisis. Ce sont des lieux vivants qui fonctionnent encore et ne se sont pas figés irrémédiablement sur leur histoire ancienne.
Les exemples sont nombreux, pour la plupart des centres de villes toujours actives et modernes. Citons Salzbourg, Florence, Rome, Sienne, Naples, Porto, Cordoue, Tolède, Québec, Fez, Avignon, Strasbourg...
Le site historique de Lyon est, après Prague, le plus vaste des grands sites urbains retenus.
On comprend que l’UNESCO, fidèle à ses critères de «valeur universelle et exceptionnelle», une fois engagée dans cette nouvelle voie, rende la compétition et la sélection d’autant plus sévères et plus exigeantes.

Genèse de l'inscription du site historique de Lyon

A l’initiative de Régis Neyret, ancien président de la Renaissance du Vieux-Lyon et au nom de celle-ci, son président, Denis Eyraud soumet dès 1995 à M. Raymond Barre, maire de Lyon et à M. Denis Trouxe, adjoint à la Culture et au Patrimoine, l’idée de présenter la candidature du Vieux-Lyon au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ayant obtenu l’adhésion à ce projet, la Renaissance du Vieux-Lyon invite à l’assemblée générale de son cinquantenaire, en novembre 1996, le directeur général de l’UNESCO, représenté par M. Azzedine Beschaouch. Celui-ci, très favorable au projet, souligne l’intérêt de joindre la Lugdunum antique - Fourvière - au Vieux-Lyon pour réunir en une seule entité les témoignages des siècles d’apogée de Lyon.
Un groupe de pilotage constitué par la municipalité de Lyon travaille alors à la mise au point du dossier de candidature, de janvier à mai 1997.
La réflexion conduite durant l’élaboration de ce dossier amènera le groupe à étendre le périmètre concerné à tout l’intérieur des anciens remparts de la ville qui constitua le site historique de Lyon, depuis sa création jusqu’au XVIIIe siècle : le Vieux-Lyon et Fourvière, les pentes de la Croix-Rousse et la Presqu’île (du boulevard de la Croix-Rousse au nord jusqu’à Ainay, rue Franklin, au sud).
Le ministère de la Culture donne son accord et transmet le dossier à l’UNESCO en juin 1997.
La Renaissance du Vieux-Lyon est associée à la réception de l’expert envoyé sur le site.
Le 5 décembre 1998, le site historique de Lyon est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au cours de la 22e session du comité à Kyoto (Japon).
Cette nomination est une reconnaissance internationale du travail déjà accompli et auquel la Renaissance du Vieux-Lyon a contribué largement depuis de nombreuses années.


Le comité de pilotage du dossier, sous l’autorité de Denis Trouxe, adjoint à la culture et au patrimoine était composé de :

  • Régis Neyret, coordinateur du projet
  • Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques, assisté de Jérôme Francou, architecte du patrimoine
  • Thierry Dahan, délégué général à la culture au secrétariat général de la ville de Lyon
  • Denis Eyraud, président de la Renaissance du Vieux-Lyon.
La RVL était plus particulièrement chargée de l’historique, des documents photographiques et de la bibliographie.
Elle s’est entourée de la collaboration de :
  • Henri Hours, ancien directeur des Archives Municipales, pour la partie historique, en collaboration avec Jeanne-Marie Dureau, directrice des Archives Municipales, Simone Blazy, conservateur du Musée Gadagne, Jacques Lasfargues, conservateur du Musée de la Civilisation gallo-romaine et Jean-François Grange-Chavanis, architecte en chef des Monuments Historiques.
  • Michel Nicolas, ancien président de la RVL pour les recherches bibliographiques.
  • Yves Neyrolles, pour les prises de vue couvrant tout le site historique.
  • Le dossier a été présenté dans des boîtes réalisées par l’Ecole du Livre Jean Grolier selon la technique spécifique des Reliures de Lyon, contenant des classeurs recouverts d’une soie tissée Jacquard aux armes de Lyon, tissage particulier conçu et réalisé gracieusement par la Maison Dutel. Il a été traduit en anglais dans sa totalité par l’agence Intonations.



Le Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pourquoi Lyon ?
Se promener sur le site historique de Lyon, c’est comme flâner à travers le temps en suivant un fil qui depuis plus de 2000 ans ne s’est jamais brisé. Mais, avant d’entamer une promenade dans les rues et les quartiers, il faut comprendre sur quels critères l’UNESCO a retenu Lyon.
L’UNESCO privilégie désormais des lieux culturels vivants, des sites entiers pris dans leur globalité.
A la notion de patrimoine monumental a succédé la notion de patrimoine humain.
Le site historique de Lyon fait partie de cette nouvelle génération. Il est exemplaire d’une vitalité intrinsèque qui ne s’est jamais démentie au cours des siècles.
Les villes retenues par l’UNESCO se transforment, vivent, s’étendent. Elles se sont modernisées tout en conservant et en sauvegardant leur patrimoine spécifique, cultivant avec soin ce «plus» qui les rend si différentes et uniques.
Lyon, entre ses deux fleuves et ses deux collines, a depuis toujours bénéficié d’un site naturel exceptionnel, très propice au développement de la ville.
Depuis ses origines, à l’époque romaine, jusqu’aux temps modernes et contemporains, celle-ci s’est inscrite dans le même périmètre géographique. Elle a gardé des traces permanentes et continues de chacune des périodes qui ont marqué son histoire. Aujourd’hui, les 476 hectares de son site historique sont le cœur d’une cité vivante et d’une agglomération qui s’étend sur 50 000 hectares. Elle continue, comme par le passé, à rayonner sur des plans divers : matériels, spirituels et culturels.
C’est donc plus de 2000 ans de vie qui se voient inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO.



Légende
1964 : le Vieux-Lyon, 25 ha, est le premier secteur sauvegardé créé en France grâce à la loi Malraux de 1962.
1998 : le Site Historique de Lyon est le premier grand site urbain inscrit en France sur la liste du patrimoine mondial.
Le Site Historique, s’étend sur près de 500 ha, soit environ 10% de la ville de Lyon (5 000 ha) et 1% de l’agglomération (50 000 ha).
Il comprend les quartiers historiques inclus dans les lignes de défense tracées aux alentours de l’an 1 000, et en usage jusqu’au début du XIXe siècle.
Il englobe :

  • la colline de Fourvière et ses pentes orientées à l’est et au nord-est,
  • le Vieux-Lyon et ses trois quartiers, Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Paul,
  • la Presqu’île, depuis le boulevard de la Croix-Rousse, au nord, vestige «en creux» des remparts et de leurs bastions, jusqu’à l’emplacement des remparts d’Ainay, construits à l’ancien confluent maintenant déplacé, soit les quartiers des pentes de la Croix-Rousse, des Terreaux, des Cordeliers, des Jacobins, des Célestins, de Bellecour et d’Ainay.

Une «zone tampon», zone de protection, cadre le site. A l’est, elle est établie le long du Rhône, afin de prendre en compte le front urbain de la rive gauche du fleuve.





Le Site Historique de Lyon
Texte rédigé d’après la conférence de Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques.

Deux fleuves : le Rhône et la Saône, deux massifs montagneux, une vallée, un confluent, c’est ainsi que se présente le site géographique de Lyon.
Un environnement naturel à la fois simple et exceptionnel sert d’écrin à la ville. C’est là, en effet, au bord des fleuves et sur les collines dominantes, que la cité est née, s’est développée et a inscrit son histoire. La présence des deux fleuves, dont le confluent se situait jusqu’au XIXe siècle à Ainay, annonce, par définition, une zone d’influence, de passage, de richesse. Elle signifie que les hommes qui vivent là ne sont pas isolés, que le lieu est ouvert, accessible, heureux et qu’il restera toujours un centre d’échanges et de communications.
En même temps que les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse cernent les fleuves à l’ouest et au nord, elles protègent le site, le gardent et lui confèrent ampleur et majesté. Elles permettent des vues plongeantes extraordinaires sur la partie plate qui s’étend à l’est, sur les fleuves qui s’écoulent vers le sud et sur la succession impressionnante de ponts et de passerelles qui les enjambent gracieusement.
On peut s’étonner du fait que si peu de villes soient implantées sur des sites comparables, à la fois sereins et grandioses, propices à la prospérité et aux échanges. La raison en est simple : deux fleuves supposent une infrastructure plus lourde, un système de communications plus complexe. Il faut doubler les ponts. L’homme bâtisseur hésite et recule. Ce site naturel exceptionnel est la première spécificité de la ville de Lyon.
Lyon n’est certes pas une capitale. Mais le développement de son urbanisme est étonnant et unique. Dans toutes les autres villes européennes, le centre ville, d’un siècle à l’autre, est construit, démoli, remanié et reconstruit, toujours à peu près au même emplacement. A Lyon, au contraire, il s’est «naturellement» déplacé, glissant lentement de Fourvière vers les fleuves, pour s’étendre ensuite toujours plus à l’est.
Ici, les époques ne se superposent pas, elles se juxtaposent. Le centre de la ville romaine, même si quelques villas existaient à l’extérieur, se situait essentiellement sur la colline de Fourvière. La cité médiévale est descendue et s’est installée en bas des pentes, coincée entre la colline et la rivière. Ce sont les quartiers du Vieux-Lyon. A la période classique, à partir du XVIIe et au XVIIIe siècle, la ville s’est développée de l’autre côté de la Saône sur la Presqu’île. Au XIXe, courageusement, elle traverse le Rhône. Les urbanistes créent alors le quartier de la Préfecture et du cours Vitton. Enfin, le XXe siècle voit la Part-Dieu sortir de terre. Ce déplacement latéral vers l’est permet une lisibilité physique de la ville, une lecture directe des différentes couches urbaines, correspondant aux périodes successives de son histoire : romaine, médiévale, classique et contemporaine. La compréhension de l’évolution de Lyon devient extrêmement simple. Sur une vue aérienne de la ville, le regard est d’emblée frappé par l’harmonie des toitures et des couvertures, aussi bien dans les couleurs que dans les masses. La tonalité des ocres, des bruns et des gris se répète à l’infini, sans jamais lasser. La volumétrie homogène et cohérente des blocs, au nord comme à l’ouest, est à peine scandée et animée par les clochers, les dômes et les cheminées.



Unité, force architecturale, les toits reflètent l’équilibre de toute la construction urbaine et l’imbrication savante et harmonieuse des quartiers entre eux. La lecture visuelle d’un plan dégage la même impression d’évidence. Le boulevard de la Croix-Rousse, créé au XIXe siècle sur les anciennes fortifications du XVIIe, forme une ligne droite au nord. A l’ouest, se dresse la colline de Fourvière et sa basilique. Au sud, l’ancien confluent des fleuves étale sa plaine alluviale. Enfin, à l’est, le Rhône détermine une barrière naturelle au-delà de laquelle s’étendent les nouveaux quartiers.
Le site historique de Lyon apparaît avant tout comme un site bâti. Particularité tout à fait remarquable qui confère justement à l’ensemble architectural toute sa cohérence et son harmonie. La hauteur des bâtiments de l’époque classique et du XIXe siècle est restée la même qu’à l’époque médiévale. Ce n’est qu’au XXe que l’on perd cette notion d’échelle par rapport à la rue.
Contrairement à d’autres villes où elles ne s’élèvent que sur un ou deux étages, les maisons médiévales de Lyon sont très hautes. Les constructions ultérieures s’appuient ou s’alignent sur elles, avec beaucoup d’élégance, formant un noyau bâti homogène et structuré qu’aucune ligne étrangère ne vient parasiter.
Si on examine les plans successifs, on réalise à quel point Lyon s’est développée, pendant des siècles, toujours à l’intérieur des mêmes limites territoriales. La frontière naturelle formée par le Rhône, la ligne des remparts d’Ainay, les murs des XVIe et XIXe siècles, qui depuis la Saône escaladent la colline, puis les fortifications de Saint-Just qui, du fort de Loyasse, passent derrière Fourvière pour redescendre sur la Saône et revenir au boulevard de la Croix-Rousse, tout cela apparaît sur les plans dès 950. On retrouve ces limites en 1350, en 1550, ainsi qu’au XVIIIe siècle. Ce n’est que vers 1820 qu’un urbanisme véritable se met en place du côté du cours Morand et de la place Carnot.
Pendant presque 1800 ans, Lyon, ville intra-muros par excellence, est donc restée nichée dans la même enceinte, celle que l’on a définie comme étant le site historique de la ville. Le Vieux-Lyon et son quartier médiéval en sont, bien sûr, le fleuron, mais la lecture des anciens plans a permis d’en élargir la notion à un secteur beaucoup plus vaste qui témoigne, dans son ensemble, d’une histoire riche et mouvante et d’un urbanisme réfléchi.
Lyon est une ville gérée.



Les plans révèlent, en effet, une autre spécificité lyonnaise : celle d’une gestion urbaine tout à fait étonnante et continue à travers le temps.
On y trouve toujours, quelle que soit l’époque, la même définition du volume et des proportions, le même équilibre des masses construites, la même clarté. Un urbanisme profondément calme qui mesure ses intérêts et ses directions, et qui n’est jamais ostentatoire.
Ainsi, il apparaît que, siècle après siècle, Lyon est une ville raisonnable et discrète qui planifie son urbanisme avec intelligence, en continuité d’une période à une autre. Elle ne cède jamais à l’instant illusoire de la mode et des styles. Elle sait attendre tranquillement, loin de l’agitation et du bruit, que ceux-ci se décantent de leurs artifices, pour n’en garder, quelques années plus tard, que l’essentiel et le meilleur.
C’est une ville de fond plus que de forme. Contrairement à d’autres villes ou capitales, bouleversées par les modes temporaires qui passent et s’égarent, Lyon a su et pu conserver son authenticité et son caractère homogène. Cela aussi fait d’elle une ville unique.

Que ce soit sur une gravure de 1697, une vue de 1844, ou une photographie contemporaine, la trame urbaine ne dévie jamais, l’harmonie du site demeure. On découvre toujours le même dessin précis des grands axes, la structure équilibrée des maisons, des églises et des monuments, la simplicité des façades, des ornements et des couvertures.
Pourtant, cette constante n’empêche pas la variété et l’émotion.
Authenticité, cohérence, unicité ne veulent pas dire monotonie, rigidité, froideur. La limpidité n’exclut pas le mystère. La splendide harmonie de l’architecture cache une grande fantaisie et une vraie subtilité. Il suffit de visiter les trois quartiers, de flâner dans les rues du Vieux-Lyon, en haut des collines ou au fil de l’eau pour s’en apercevoir.

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