Bulletin RVL n° 030 - mai 1978


Édito : 


Le Vieux Lyon, le Plan d'Occupation des Sols et l'Enquête Publique 

Lors de l'Enquête Publique, en Février 1978, la RENAISSANCE du VIEUX-LYON a dé posé auprès du Commissaire Enquêteur ses remarques concernant le P.O.S. de LYON—VILLEURBANNE et plus particulièrement son influence sur le "VIEUX-LYON". Ses remarques furent les suivantes :

  • "Le Secteur Sauvegardé, qui constitue l'essentiel du "Vieux-Lyon" est figuré au P.O.S. par une tache blanche. Le "Plan Permanent de Sauvegarde", en chantier depuis bientôt 15 ans, n'est toujours pas publié. Toutefois, la R.V.L., considérant que le P.O.S, modèlera dans les années à venir l'environnement immédiat de son quartier, se doit de présenter aux Pouvoirs Publics ses réflexions sur cet important document si longtemps attendu par les Lyonnais.
  • Sur la forme, la R.V.L. regrette le caractère confus du document qui contribue à couper le citoyen des informations concernant l'avenir de sa Cité, réservant à quelques techniciens spécialistes le pouvoir de décision.
  • Sur le fond, nous nous limiterons à l'étude des accès automobiles et piétons au Vieux-Lyon et à quelques remarques sur le plan de masse du quai Pierre Scize et le futur "Jardin Archéologique" de Saint-Jean.

1 - LES ACCES AU PLATEAU

Les escarpements qui bordent le Plateau Lyonnais ne s'abaissent qu'à Choulans et au vallon d'Ecully, distants l'un de l'autre de 6 km. Pour atteindre St Jean et Fourvière en évitant de longs détours, nos ancêtres ont utilisé les montées du Gourguillon, du Chemin Neuf et St Barthélemy qui étaient très fréquentées aux 16ème, 17ème, 18ème et 19ème siècles. Entre 1880 et 1950, époque des "ficelles", ces voies pentues furent à peu près désertées. A partir de 1950, une urbanisation effrénée a rempli le Plateau et ses rebords sans qu'aucun cheminement nouveau n'ait été créé. On s'est contenté d'améliorer ceux qui existaient. En 40 ans, la Montée de Choulans a été élargie à quatre reprises par la construction de murs de soutènement de plus en plus hauts. Maintenant, on ne peut rien faire de plus à Choulans. Le même processus s'amorce pour nos Montées du Vieux-Lyon, avec les élargissements, projetés au P.O.S. , de la Montée St Barthélemy et du Chemin Neuf.
Mais, pour atteindre les quais et la presqu’île par ces chemins, il faut traverser le Vieux-Lyon par l’Avenue A. Max, la rue de la Bombarde ou la rue Octavio Mey. La tentation est grande de faciliter cette traversée par la suppression de "points noirs". Au fil des ans, une amélioration en entrainant une autre, ces élargissements risquent de transformer nos rues en voies de transit et de couper le Vieux-Lyon en trois ou quatre tronçons.
Nous avons le devoir d'écarter cette menace et, pour cela, de nous préoccuper de la desserte du Plateau. Le projet de contournement autoroutier de Lyon par l'Ouest semblant heureusement abandonné, il devient indispensable de créer des rocades inter-quartiers qui - par Vaise, le Tunnel de Fourvière, La Mulatière ou la Vallée de l'Yzeron desserviront les parties Ouest du Plateau sans surcharger le Centre-Ville.
Nous savons bien que ces rocades seront construites un jour ou l'autre. Nous luttons simplement pour que ce soit avant le tronçonnage du Vieux-Lyon par des percées aussi intempestives qu'inutiles.

2 - LES ACCES A LA PRESQU'ILE

Il y a 10 ans, le Vieux-Lyon était bien relié à la Presqu'ile (Ponts du Change et du Palais), il était bien desservi par les transports en commun et il bénéficiait encore de la présence de la Saône. Toutes les transformations récentes ont profité uniquement à la circulation automobile. Elles ont isolé le quartier dont les habitants ont de plus en plus le sentiment d'être dans un "ghetto" entre des voies express et les collines. Traverser le Quai est souvent un exploit ; gravir le Pont Juin est une ascension pénible pour les personnes âgées, rejoindre les arrêts des transports en commun nécessite souvent des détours importants.
La vie du Vieux-Lyon est trop intimement liée à celle de la Presqu'ile pour que l'on puisse les séparer sans dommage.
Dans le P.O.S. , il faudrait prévoir de rétablir les trois liaisons pour les piétons qui ont été supprimées, afin de faciliter l'accès à la Presqu'ile et aux transports en commun. Dans l'ordre d'urgence, il faudrait construire :
  • a) la Passerelle du Palais
  • b) une passerelle piétons à la place du Pont du Change
  • c) une passerelle piétons à la place du Pont d 'Ainay
Seule la première figure actuellement au P.O.S. Toutefois, la R.V.L. met en garde contre la solution de facilité consistant, par mesure de mauvaise économie, à relier simplement une berge de la Saône à l'autre, abandonnant ainsi les piétons devant les flots d'automobiles des deux quais, devenus "voies rapides" depuis leur mise en sens unique.
En effet, à un moment où les rues piétonnes du Vieux-Lyon (Rue St Jean tout d 'abord, rue du Bœuf, rue St Georges et d'autres, nous l'espérons, par la suite) deviennent une réalité, il est de premier intérêt d'envisager la Passerelle du Palais comme partie d'un schéma piétonnier à 1 'échelle de la Ville, reliant le Vieux Lyon aux rues piétonnes de la Presqu'ile (Rues de la République et Victor Hugo) La R.V.L. demande donc que le projet de passerelle comprenne les traversées supérieures des Quais Romain Rolland et St Antoine. Ceci est possible puisque le gabarit fluvial impose de surélever de manière très importante le tablier des ponts par rapport au niveau actuel des quais. La R.V.L. demande également que la transformation de la Rue de l'Ancienne Préfecture et de la Rue Jean de Tournes en rues piétonnes, ainsi que l'aménagement de la Place des Jacobins, soient étudiés afin que les Lyonnais puissent rapidement disposer d'un circuit piétonnier sérieux, à l'échelle de leur agglomération. Il est temps de ne plus favoriser la voiture au détriment du piéton.

3 - ELARGISSEMENT DE LA RUE DE LA QUARANTAINE
    - PLAN de MASSE du QUAI PIERRE SCIZE
    - "JARDIN ARCHEOLOGIQUE" de ST JEAN

Si aucune proposition de zonage ne figure sur le Secteur Sauvegardé, il n'en est pas de même pour les alignements et les "Terrains Classés Boisés"
  • a) La R. V.L. remarque que l'élargissement de la rue St Georges prévu initialement a été heureusement abandonné. Par contre, elle s'élève une fois de plus contre celui de la rue de la Quarantaine. Dans un quartier dont la vocation piétonne ne peut plus être remise en cause, l'intérêt des "alignements au cordeau" n'apparaît qu'à des services techniques obtus qui n'ont pas encore compris qu'un alignement non indispensable a pour seul effet de démobiliser les candidats à la restauration des immeubles frappés, accélérant ainsi leur dégradation et entrainant à terme une rénovation à coups de bulldozer, dont les effets néfastes pour la vie du quartier sont bien connus.
  • b) C'est également dans le but de favoriser la réhabilitation d’un ensemble d'immeubles d’un grand intérêt pour l'environnement du Vieux-Lyon, et éviter une rénovation non souhaitée par les habitants du quartier, que la R.V.L. proteste contre le Plan de Masse du quai Pierre Scize (P.M. n°2). Elle demande que ce projet soit abandonné et que le périmètre du Secteur Sauvegardé soit étendu à son emplacement. Ce Plan de Masse nous montre quel aurait été le sort du Vieux-Lyon si le Secteur Sauvegardé n'avait pas protégé de la folie dévastatrice d'une époque, que l'on espère révolue.
  • c) La R.V.L. demande également le classement en "zone boisée" de la totalité de l'ilot limité par les rues de la Bombarde, des Estrées, St Etienne et Mandelot. Cet ilot, dont les constructions ont été malheureusement rasées contre l’avis de la R.V.L. et des habitants du quartier, est actuellement l'objet de diverses spéculations quant à son devenir. C'est là une excellente occasion d'appliquer enfin le Code de l'Urbanisme qui prévoit le classement par les P.O.S., non seulement d'espaces boisés existants, mais également d'espaces boisés à créer.
Aucun motif ne saurait justifier l'abandon du projet de "Jardin Archéologique public", tant souhaité par la population et promis par nos élus.

CONCLUSION

En résumé, la R. V.L. demande :
  •   l'abandon des projets d 'élargissement de la Montée du Chemin Neuf, de la Montée St Barthélemy et de la Rue de la Quarantaine.
  •   le franchissement piéton de la Saône en trois points : Change, Palais de Justice et Ainay
  •   l'étude d'un véritable cheminement piéton reliant la Rue St Jean à la Rue de la République
  •   l'abandon du Plan de Masse n° 2 du Quai Pierre Scize
  •   le classement en "zone boisée" du futur "Jardin Archéologique" de St Jean".

Le rapport complet de la Commission d'Enquête ayant été mis à la disposition du public dans toutes les Mairies d'arrondissements, à l'Hôtel de Ville, à l'Hôtel de la COURLY et envoyé à la Presse, nous avons pu constater qu'il tenait le plus grand compte de nos observations.

"N° 121 et 122 - La RENAISSANCE du VIEUX-LYON, 5 Place de la Baleine, propose, après les avoir réellement justifiées, des solutions très intéressantes pour la sauvegarde du "Vieux-Lyon" et la création de cheminements piétons :
  • abandon des projets d'élargissement de la Montée du Chemin Neuf, de la Montée St Barthélemy et de la Rue de la Quarantaine,
  • franchissement piétons de la Saône en trois points : Change, Palais de Justice, Ainay,
  • étude d 'un véritable cheminement piétons reliant la Rue St Jean à la Rue de la République,
  • abandon du Plan-Masse n° 2 du Quai Pierre Scize,
  • classement en zone boisée du futur Jardin Archéologique de St Jean.
La Commission d'Enquête, qui a pris connaissance de ces suggestions avec beaucoup d'intérêt, demande que l'on en tienne le plus grand compte. Elle remarque cependant qu'il faut bien (hélas) penser à la circulation automobile.
  • Ne pas maintenir l’élargissement de la Montée du Chemin-Neuf et de la Montée St Barthélemy, qui soulagent la Montée de Choulans, serait hâter l'asphyxie du Point-du-Jour, de Trion et de St Just, puisque la circulation ne peut pas s'évacuer par l'Ouest, où une rocade prévue au Plan est violemment décriée.

Nous nous félicitons du jugement très positif des Commissaires-Enquêteurs à propos de notre position. Nous regrettons seulement que notre souci d'éviter le tronçonnement du Vieux-Lyon par des voies de transit n’ait pas été exactement compris. Toutefois, la position de la Commission d'Enquête sur ce point est compréhensible, puisque I'ensemble des Comités d'Intérêts Locaux des communes touchées par les Rocades du Plateau se déclarent hostiles à leur réalisation, soucieuses d'éviter le morcellement de leur environnement par des voies rapides et de préserver les espaces verts existants. Nous comprenons fort bien ce point de vue et il n'est pas question pour nous de chercher à imposer aux autres ce que nous ne voulons pas dans notre quartier.
Toutefois, une solution s'impose et le désenclavement du Plateau devient une nécessité chaque jour plus urgente. Cette solution pourrait être trouvée dans le cadre d'une vaste concertation (qui a manqué lors de l'élaboration du P.O.S.) avec les populations concernées.
Nous proposons de réaliser effectivement les voies envisagées, non sous la forme traumatisante de "rocades" contestées, mais par des simples routes de 6 m, à deux voies, qui pourraient décharger aux heures de pointe les accès déjà existants. En effet, I’expérience prouve que de telles routes sont capables d'assurer un débit important, plus important en tout cas que celui que I'on obtiendrait par I'élargissement des Montées St Barthélemy et du Chemin-Neuf. Une simple voirie de 6 m est facilement traversable à niveau et son impact dans l'environnement est limité. Pourquoi faut-il que les Services de la Voirie communautaires raisonnent toujours en termes d'autoroutes et de voies express urbaines d’emprises fantastiques (20 à 30 m), qui sont effectivement des barrières entre les hommes, des sources de nuisances et de dangers de tous ordres ? Ces préoccupations relèvent - comme l’ensemble du P.O.S. - d'un Urbanisme dépassé, mettant la "voiture" au-dessus des "hommes".

Denis Eyraud
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon