Bulletin RVL n° 024 - octobre 1976


Édito : 


La restauration des quartiers anciens

Dans un précédent article (notre bulletin de juin), nous avons analysé le problème de la Restauration des Quartiers Anciens, lié au sort de leurs habitants.

Nous avons montré que des blocages sont dûs à la diversité des cas rencontrés, par rapport à la rigidité des règlements.

Dans rapport établi par I'Ecole Polytechnique Fédérale de LAUSANNE et par l’Institut de Recherche sur l’Environnement Construit, à propos de la restauration du centre d' YVERDON (Suisse), nous lisons : "un règlement est nécessaire quant aux exigences en matière d'hygiène, d 'incendie et de salubrité, mais l’urbanisme n'est pas à consigner dans un règlement (pas plus que l’architecture) faut plutôt voir les choses cas par cas, car une Exposition peut être juste dans une situation et parfois inadaptée dans une autre. D'autre part, vouloir établir un règlement adapté à toutes les situations est pratiquement pas possible.

C'est, en peu de mots, la condamnation de notre système français ultra-centralisé.
Les méthodes qu’il faudrait adopter sont celles de l’incitation plutôt que de la contrainte. 
Si I’on veut qu’un centre ancien se restaure, il faut y intéresser toutes les personnes concernées par des aides et des obligations appropriées et modulées. 
Les incitations doivent être étudiées cas par cas, dans des limites fixées par un règlement national très souple, sous la responsabilité d'un organisme local faisant office de chef d'orchestre. 
C'est ainsi que, lorsqu'un propriétaire manifestera l’intention de restaurer son immeuble, le chef d’orchestre obtiendra pour lui toutes les aides (A.N.A.H., Affaires Culturelles, Equipements, etc…) auxquelles il peut prétendre et aura le pouvoir d'en majorer ou minorer le taux selon le cas envisagé. 
Pour freiner la dégradation du patrimoine locatif, les logements reconnus insalubres seraient frappés d'interdiction d'habiter au départ des occupants actuels, ce qui est aussi une mesure d’incitation. 
II faut abandonner la restauration forcée par îlot, conçue et conduite comme un travail public de restauration immobilière, alors que la réhabilitation d'un quartier doit consister à guider son évolution vers le mieux-être des habitants et la création d'un meilleur cadre de vie. 
Notre époque n'a pas réussi à créer la "ville où il fait bon vivre". Elle n'a construit que des métropoles remplies de "machines à habiter". 
Fasse le ciel qu'elle ne saccage pas les quartiers anciens. 

Francisque Loisy
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon