Bulletin RVL n° 023 - juin et mai 1976


Édito : 


Les quartiers anciens et les associations d'habitants et d'usagers

Dans toute la France, des Associations telles que la nôtre veulent donner une nouvelle jeunesse aux vieux quartiers de nos villes en améliorant I’habitat, en revigorant le commerce et l'artisanat, en rendant les rues et les places aux hommes, aux femmes et aux enfants.

Elles veulent aussi que ces transformations soient faites au bénéfice des usagers et avec leur participation.

Mais là, elles se heurtent à des traditions séculaires, à une législation dépassée, à une Administration paralysée.

Les Républiques, après la Royauté, ont voulu que les collectivités publiques soient gérées par des notables investis pour plusieurs années de pouvoirs étendus.

Les citoyens, à I’instar des mineurs et des incapables de notre Code Civil, n'ont pas la faculté de choisir ce qui peut être bon pour eux. Tout au plus ont-ils le droit de désigner, tous les 4 ou 6 ans, des élus qui en décideront à leur place.

Nous admettons que, dans un vaste pays, il n’existe pas d'autre système pour gérer les grandes affaires de l'Etat.

Nous sommes même convaincus que naguère, dans des agglomérations à l’échelle humaine, les élus — intermédiaires naturels entre la population et le pouvoir — avaient la possibilité de recueillir et de transmettre les informations, d'expliquer et de faire admettre les décisions.

Aujourd'hui, I’information ne circule plus qu'à travers les multiples canaux des diverses technostructures administratives, d’où elle ressort sous forme de statistiques parfaitement déshumanisées.
Les imperfections évidentes, criantes, d’un tel système — qui s’est créé spontanément au fil des siècles — ont suscité des Associations d’auto-défense (Associations Professionnelles diverses, de Commerçants, d'Agriculteurs, d’Etudiants, etc., qui s t intéressent seulement aux intérêts particuliers qu'elles représentent. 
Lorsque ces groupes de pression deviennent trop gênants pour la technostructure concernée, elle essaie de les phagocyter par des "Colloques", "Tables Rondes", "Commissions", "Assemblées consultatives" de sorte que, finalement, chaque catégorie est fort bien défendue, quelquefois au détriment de l’intérêt général. 
Par contre, les Associations qui prétendent défendre ces aspects de l’intérêt général qu'on nomme maintenant : ENVIRONEMENT, QUALITE de la VIE, LOGEMENT DES PLUS DEFAVORISËS, sont trop faibles pour être craintes. Alors on les rejette, comme I’ont fait les députés en leur refusant, contre l'avis du Ministre, le droit de traduire en justice les Administrations responsables de dérogations abusives. 
Cependant la population, laissée à l’écart des décisions, réagit comme un écorché vif si tel ou tel projet, qu'elle ignore, vient soudainement perturber sa vie de tous les jours. 
Lorsqu’un compresseur attaque un trottoir ou une chaussée, nul ne sait dans le quartier si c'est pour la banale réparation d’une conduite de gaz ou pour l’amorce d’un nouveau "complexe de Verdun" dont on ne lui a jamais parlé. 
Ce malaise, particulièrement sensible à LYON, est ressenti avec plus ou moins d'intensité dans les grandes villes. 
Voulant être informés, les habitants ont tendance à agir par l’intermédiaire des Associations catégorielles dont ils sont membres : associations de locataires, de propriétaires, de commerçants, de travailleurs migrants, de jeunes, de personnes âgées, de familles, etc. etc. 
Or, les problèmes urbains ne se posent jamais par catégorie. 
Tel immigré qui vit de la prostitution de sa compagne, ou tel autre du produit qu'il tire des sous-locations du misérable logement qu'il s'est procuré, ne méritent pas notre sollicitude. 
Par contre, celui qui se prive de tout pour envoyer des subsides à sa famille restée au pays a droit à notre respect et nous devons l'aider. 
Telle personne âgée ne survivra pas à un relogement qui lui sera imposé : telle autre réussira une nouvelle vie plus heureuse dans une nouvelle résidence. Mais, en règle générale, nous savons qu'il faut éviter de troubler la quiétude des vieux. 
Tel locataire, travailleur sporadique, ne pourra matériellement pas payer un loyer H.L.M. Il faudra trouver une solution adaptée à son cas. 
Tel riche propriétaire fera facilement réparer son immeuble, même sans subvention ; on lui en donnera une néanmoins. 
Tel autre, de condition modeste, se verra irrémédiablement ruiné s’il entreprend les réparations qu'on lui impose et qu'il devra régler à l’aide d’emprunts. Cependant, s'il ne fait rien, il sera exproprié. 
L'expérience montre qu'il y a autant de cas particuliers que d’individus. 
C'est en cela que I’esprit de "système" est en défaut. 
C’est en cela que la statistique est mensongère. 
C'est aussi en cela que les solutions catégorielles sont mauvaises. 

Francisque Loisy
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon