Bulletin RVL n° 021 - février 1976


Édito : 


L'ENFER EST PAVÉ DE BONNES INTENTIONS... (suite) 

Piqué au vif par le rapport de la Commission BARRE qui constatait que les rouages administratifs étaient grippés, le Ministère de l’Equipement a fait publier, dans le "MONITEUR des TRAVAUX PUBLICS" du 31 Janvier dernier, un tableau synoptique des aides auxquelles peuvent prétendre les propriétaires ou les locataires désireux de réparer leur maison ou leur logement.

Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire ce tableau à votre intention (Voir page 2).

Si vous voulez vous lancer dans la restauration immobilière, il vous suffira de cocher la ou les lignes correspondant à votre cas et de vous reporter aux fiches publiées par le "MONITEUR".

Admettons, à titre d'exemple, que vous comptiez faire appel à l’A N.A.H. (Agence Nationale d'Amélioration de l’Habitat). Vous devrez, à l’aide des devis que vos architectes ou entrepreneurs auront établis, remplir minutieusement une dizaine de ces merveilleux imprimés dont notre Administration a le secret (un par corps d'état + un récapitulatif) et calculer vous-même la subvention que vous obtiendrez. Tout a été prévu, tout sauf que les modes de construction sont différents dans les diverses Provinces et à Paris, et que les corps d'état sont pas identiquement les mêmes. Vous devrez donc vous livrer au jeu des adaptations, des analogies et des interprétations, sans qu'aucun de ces exercices ne soit décelable à la lecture des imprimés car, si votre dossier était jugé imparfait, il séjournerait au purgatoire des "affaires en instance" jusqu'à ce que vous ayez corrigé quelque interprétation hérétique ou envoyé quelque pièce manquante.

Ensuite si, par chance, vous échappiez aux cas d’exclusion (appartements achetés vides, travaux d'un coût trop élevé, etc.) qui condamneraient votre dossier à rejoindre aux oubliettes ceux des "travaux non aidés", vous recevriez une promesse de subvention de I'A.N.A.F. pour les travaux concernant la "mise aux normes d'habitabilité" de votre maison.
Une autre subvention, concernant le "surcroît architectural", pourrait être obtenue des Affaires Culturelles moyennant un autre dossier, moins perfectionné que celui de l'A. N.A.H., mais dont le succès serait plus aléatoire encore car il dépendrait, entre autres choses, des possibilités budgétaires du moment. 
Charitablement, l’Administration des Affaires Culturelles vous préviendra, avant toute chose, que si vous n’avez pas la courtoisie d’attendre sa promesse de subvention pour commencer les travaux, vous serez rayé de la liste des postulants. 
Comme, par ailleurs, l’A.N.A.H. vous aura demandé de commencer rapidement et que le fragile équilibre financier que vous aurez calculé sera menacé par l’ascension rapide des index, vous préférerez manquer à la courtoisie plutôt que d' attendre une subvention qui ne couvrirait pas les augmentations de prix consécutives aux retards. 
Votre chantier achevé, et si vous jouez de malchance, vous apprendrez après de multiples appels téléphoniques à Paris, par la voix d'une innocente secrétaire, que, M. le Directeur étant absent et son adjoint aux Sports d'Hiver, le solde de la subvention que vous attendez depuis deux mois ne pourra pas être payé avant une dizaine de jours. 

Francisque Loisy
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon