Bulletin RVL n° 020 - janvier 1976


Édito : 


L'ENFER EST PAVÉ DE BONNES INTENTIONS  

Animée de très bonnes intentions, notre Administration a mis en pratique 46 des 48 recommandations publiées par l'U. N.E.S.C.O. pour la "Sauvegarde des Quartiers, Villes et Sites Historiques" et leur intégration dans un environnement moderne.

Les deux recommandations "oubliées" (n°8 et n°19) concernent d'une part la désignation d'une autorité responsable pour assurer la coordination permanente de tous les intervenants et, d’autre part, la consultation et la participation de la Population concernée.

Ces lacunes graves, ajoutées à l’irréalisme et à la centralisation excessive que nous avons déjà dénoncées, font que, malgré ses bonnes intentions, notre appareil administratif n'arrive pas à intégrer les quartiers anciens dans la ville d’aujourd’hui.

Il y a plus d'un an que la RENAISSANCE DU VIEUX-LYON et d'autres Associations, après avoir constaté que seuls les travaux qui correspondent aux hypothèses envisagées par les auteurs de la réglementation sont réalisables dans des conditions financièrement acceptables sans traumatiser les habitants, ont formulé les propositions ci-après :
  • Les subventions devraient être modulées non seulement selon la nature, l’importance ou l’urgence des travaux, mais aussi selon les ressources et les possibilités des propriétaires.
  • Les copropriétaires occupants devraient bénéficier des subventions de I'A.N.A.H. ou de prêts bonifiés.
Parallèlement, la vente en copropriété d’immeubles dépourvus d’équipements collectifs suffisants devrait être interdite.
  • Il devrait être permis de cumuler l’ensemble des financements (A.N.A.H., Crédit Foncier, 1%, etc.…) lorsque la restauration nécessite des travaux d'un coût très élevé.
Toutefois, ces avantages pourraient être réservés aux Associations Syndicales de Propriétaires et aux organismes H.L.M.
  • Un organisme local, compétent pour l'ensemble des quartiers anciens de la ville, devrait coordonner les actions et les financements.
Cet organisme, qui aurait un statut juridique plus consistant que celui d'une Commission, devrait réunir l’Administration et la Municipalité avec les habitants et les propriétaires.
  • Une cinquième proposition concernait les locataires anciens qui ont presque toujours été évincés des maisons restaurées. Nous ne la reproduisons pas car nous avons maintenant un faible espoir de voir les habitants rester dans leur quartier.
En effet, après avoir fait fausse route pendant 25 ans, l’Administration découvre qu'il vaut mieux aider les pauvres à payer le loyer d'un logement à leur convenance plutôt que de les envoyer, contre leur gré, dans des logements sociaux trop petits, mal finis, éloignés du Centre et cependant encore trop chers pour les plus défavorisés (Rapport de ta Commission BARRE, non encore publié)
L'intention est excellente.
Le système actuel aurait pu, malgré ses défauts, résoudre en un quart de siècle de prospérité le problème du logement des plus pauvres. La Commission BARRE nous dit "que les mécanismes administratifs se sont grippés" (sic).
Nous craignons, qu'à défaut de mesures de décentralisation et de consul tation des populations concernées, tout autre système, si excellent soit-il, ne se grippe de même.
C’est pourquoi, au seuil de I’an neuf, nous souhaitons que les bonnes intentions de notre Administration ne contribuent pas, comme tant autres, au pavage de l'Enfer !

Francisque Loisy
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon