Bulletin RVL n° 015 - année 1972


Sommaire


❏ L’édito p. 2
L'édito de Michel Nicolas, Président :
Le rôle primordial de la Renaissance du Vieux-Lyon 


AVRIL 1972, n°15

  • Restauration et RVL, numéro spécial (restaurations dans le Vieux-Lyon)


1e trimestre 1972
  • Action du syndicat d’initiative dans le Vieux-Lyon (visite commentée « spéciale jeunes »)
  • Compte rendu de l’assemblée générale (bilan, les trois axes du travail de la RVL)
  • Etude nationale sur la publicité extérieure dans les quartiers anciens

4e trimestre 1972
  • La RVL au congrès Civitas Nostra à Charlieu (intégration des Centres Historiques dans le développement des villes).
  • Journée d’étude (restaurations)
  • Journée portes ouvertes sur le Vieux-Lyon (présentation du Vieux-Lyon aux lyonnais)

Édito


Le rôle primordial de la Renaissance du Vieux-Lyon 

LONGTEMPS ignoré des touristes (passionnés surtout de monuments, alors qu'ici la « notion d'ensemble » s'impose), le Vieux-Lyon émerge lentement mais sûrement d'une crasse séculaire qui le défigurait et du mépris dans lequel bon nombre de ses compatriotes le tenaient.

Il peut sembler prétentieux d'affirmer que le rôle de la Renaissance du Vieux-Lyon a été primordial dans la remise en valeur de ces quartiers anciens. Et pourtant, il faut bien reconnaître qu'une association comme la nôtre par son rôle de relations publiques, par sa pression sur l'opinion (brochures, journées d'étude, articles dans journaux), par son incitation (sous forme de prêts) à restaurer boutiques d'abord, immeubles par la suite, par ses conseils et une surveillance active dans le but d'empêcher les erreurs, a permis la sauvegarde et la réhabilitation d'un des ensembles de France les plus remarquables par sa qualité et surtout son homogénéité (importante densité de maisons gothique et renaissance).

Notre association s'est aussi assignée un autre but : celui de refuser que le Vieux-Lyon devienne un musée comme certains l'auraient souhaité. Grâce à ses petits immeubles, à ses rues étroites, à l'abondance des commerces de détail, à sa population active et très diverse, il a su conserver cette chaleur humaine qui fait défaut aux grands ensembles modernes.

Mais cela exige une activité incessante, un contact permanent avec les autorités responsables et les associations d'habitants, une attention toujours en éveil pour éviter non seulement les destructions en vue d'opérations immobilières fructueuses mais les destructions gratuites, celles que rien ne justifie, sinon une méconnaissance totale des lieux, des usages et du simple bon sens.

Prouvant l'importance et l'utilité de notre mouvement, voici un premier tableau des activités de restauration dans le Vieux-Lyon : celles d'immeubles restaurés par la Sémirely et par quelques propriétaires privés, celles de boutiques restaurées par les commerçants. Un bref historique présente certains de ces immeubles, ainsi qu'un dossier de photos avant et après restauration. Enfin, notre association prend fermement position contre le projet de Plan permanent de Sauvegarde du Vieux-Lyon, présenté par M. Donzet, architecte en chef parisien des Monuments historiques.


Michel Nicolas

Président de la Renaissance du Vieux-Lyon


Bulletin de liaison RVL n° 15-1, 1er trimestre 1972

En ce début d'année la coutume étant de présenter des vœux je me fais l'interprète du bureau de la Renaissance pour vous souhaiter une excellente année 1972 et une participation de plus en plus importante aux activités de votre association.  

Notre Vieux Lyon. 'Valeur irremplaçable" comme le disait il y a quelques jours notre Ministre des Affaires Culturelles Jacques Duhamel, attire actuellement de plus en plus de visiteurs et d'admirateurs venus des quatre coins du monde et de France.
Pour justifier cet afflux, il a été nécessaire tant à la Renaissance du Vieux-Lyon, qu'au Syndicat d’initiative qu’à la délégation au Tourisme, de publier de nombreux articles dans les revues touristiques ou d’accueillir et piloter dans notre quartier de nombreux journalistes français ou étrangers.
A ce propos, je rends hommage à Paul GOUJON, notre ami ainsi qu'à Jacques Deplace, toujours présents et disponibles pour le Vieux-Lyon.
« On parle toujours de culture aux Français, il faudrait commencer par les défricher… » Cette boutade célèbre ne peut du moins s’appliquer aux amis qui épaulent et encouragent notre action : personnalités officielles de la Préfecture, du Conseil Général, de la Municipalité, ou simples sympathisants.
Vous avez pu remarquer que le responsable de votre association a changé : qu'il lui soit permis de rendre officiellement hommage à I 'action de son prédécesseur Paul GERARDIN, qui a su créer une bonne atmosphère de travail parmi l'équipe d'animation de la Renaissance du Vieux-Lyon et continuera à nous épauler ses conseils judicieux.
En fait changement de personne certes, mais l’esprit de notre association reste inchangé et il me semble important de rappeler que la RESTAURATION et la RÉHABILITATION du Vieux-Lyon demeurent le but principal de nos activités.
Après avoir, depuis quelques années, insisté principalement sur la propagande et l’animation du quartier par la diffusion de guides, plans, et par des concerts de musique sacrée ou des spectacles de jazz, nous n'en avons pas pour autant négligé la restauration des boutiques en leur apportant l’aide de notre CAISSE de PRÊTS (46 pour 632.000 F de prêts).
Nous nous trouvons aujourd'hui devant une des pierres d’achoppement de notre action, la RESTAURATION ENTREPRISE PAR DES PROPRIÉTAIRES PRIVES.
Officiellement la SEMIRELY restaure sous la houlette affable, mais ferme, de notre ami Monsieur LOISY, les immeubles des îlots 15 et 18 — en gros les maisons comprises entre la rue du Bœuf et la rue St Jean, la rue de la Bombarde et la Petite rue Tramassac - représentant environ 1 hectare sur les 24 du secteur sauvegardé. Mais dans les 23 autres hectares du Vieux Lyon, de nombreux propriétaires souhaiteraient aussi restaurer leurs immeubles. Malheureusement ils reculent souvent devant les frais et le faible encouragement apporté à de tels travaux par les organismes d'état.
Une commission regroupant architectes, régisseurs, entrepreneurs, banquiers et fonctionnaires, travaille depuis un an au sein de la Renaissance du Vieux Lyon pour essayer de créer une CAISSE DE PRÊT à l*exemple de celle pour les artisans et nous pensons pouvoir bientôt annoncer l'heureux résultat de ses travaux.
Notre action est suivie avec impatience et risque de devenir pilote, puisque le Ministère lui-même en attend les résultats.
Il nous semble que les revenus financiers ne doivent pas seuls intervenir dans la restauration des immeubles : le cadre de vie, qualité du site, son attrait touristique constituent autant d'éléments ne pouvant être chiffrés, mais n'en restant pas moins prioritaires à nos yeux.
Même au prix d'un déficit, la remise en valeur d t un quartier ancien doit être considérée comme un investissement à long terme. (C’est ainsi, nous l’espérons, que la Municipalité l'avait compris lorsqu'elle a,, la première en France, demandé la création du Secteur sauvegardé du Vieux Lyon.
L'autre pierre d'achoppement sur laquelle je voudrais insister est la participation.
Il serait souhaitable, comme le demandait Paul Gérardin dans son rapport à notre dernière assemblée générale, que la Renaissance du Vieux Lyon participe activement à toutes les réunions sur l'environnement, les sites, l'architecture ou la circulation, ou même, ce qui serait I'idéal, puisse organiser celles-ci lorsque le Secteur sauvegardé est en jeu.
Entre autres exemples de non-participation : est-il possible de parler de l'agrandissement du Palais de Justice sans avoir sous les yeux une MAQUETTE "in situ" et sans être convoqué à une présentation des plans ?
Ne pourrait-on pas utiliser provisoirement les rez-de-chaussée des immeubles vidés de leurs occupants en attendant la démolition problématique de ceux-ci pour ne pas rompre le côté vivant du quartier ?
Est-il normal d'ignorer quel sera le débouché du pont Maréchal Juin sur le quai Romain Rolland alors que ce pont est en cours de construction ?
Je passe rapidement ne tenant pas à ouvrir de polémique mais simplement demander pour la Renaissance du Vieux Lyon la place due à une association, privée certes, mais considérée par la plupart comme pionnier et fer de lance de la restauration des ensembles anciens et des quartiers historiques.
Un autre problème difficile est celui de la circulation piétonnière dans les vieux quartiers (1) : pourtant nous avons de multiples exemples (Florence, Grenoble, Sienne, Rouen, Aoste, etc.) où les commerçants eux-mêmes réclament l i extension de telles zones réalisant l'augmentation du chiffre d’affaires apportée par la facilité de circuler et de flâner sans risquer sa vie au contact des voitures. Nous avons à ce sujet deux exemples frappant témoignant d l un bel accord entre Municipalité et Association.
A Rouen, sur suggestion de l'Association du Vieux Rouen, la rue du Gros Horloge a été rendue piétonnière pour un temps d r essai. Devant le succès remporté, la Municipalité a décidé de rendre irréversible cette décision et a totalement bouleversé le sol de la rue pour le rendre définitivement piétonnier, supprimant les trottoirs et recréant le caniveau central sur 1, km500.
A Grenoble, le centre historique est lui aussi progressivement rendu piétonnier par la Municipalité qui établit des revêtements mosaïqués sur la chaussée des places Grenette et St André et crée des cheminements dans les rues du Vieux Grenoble.
Je pense que ces deux exemples convaincront les irréductibles et qu'une solution, étudiée en commun avec l i association du CENTRE PRESQU’ÎLE sera apportée rapidement à la situation infernale des visiteurs et des habitants du Vieux Lyon. (2)
Puissent les idées ou les réflexions émises en ce début d’année faire leur chemin et permettre au Vieux Lyon de s t épanouir dans I t harmonie et la tranquillité que lui souhaitent tous ses habitants et ses visiteurs.

Michel Nicolas , Président RVL

(1) « L’Activité Economique », journal de la Chambre de Commerce de Lyon, vient de sortir un numéro (décembre 71 - 1 F) sur la circulation piétonnière dans les Centres des villes : réalisations et conséquences d'expériences françaises et étrangères et problèmes du Centre de Lyon.
(2) La Passerelle piétonnière du Palais de Justice
Le Comité Centre Presqu'île et le Groupement des Habitants et Commerçants du Secteur de la rue de l’Ancienne Préfecture se sont réunis pour faire signer une pétition pour maintenir une passerelle piétonnière à l'emplacement de celle du Palais de Justice. En très peu de jours, 5000 signataires étaient déjà apposées (et ce n'est pas fini) dont celle de la Renaissance du Vieux-Lyon. Le Vieux-Lyon et la Presqu'ile sont en effet solidaires ; ils désirent que soient facilités les va et vient des piétons dans des quartiers qui n'ont pas été prévus pour la surcharge automobile et qui doivent maintenir et développer leur vitalité, nécessaire à l’équilibre d'une ville en expansion.


Bulletin de liaison RVL n° 15-4, 4e trimestre 1972

Depuis notre dernier bulletin de liaison, de nombreux événements ont marqué l'activité de la Renaissance du Vieux-Lyon.

En mars, faisant suite au vœu exprimé lors notre assemblée générale et dans mon éditorial de rentrée, un premier pas vers une participation plus active vers les autorités a été fait.

Saisissant au vol une suggestion de Max MOULINS, préfet de région, nous avons organisé une table ronde avec sa participation et celle des diverses associations occupant des problèmes propres au Vieux Lyon. Dans les locaux de la MACLY, une cinquantaine de personnes représentatives de tous les mouvements purent exposer leurs revendications et connaitre le point vue de l’administration. C'est ainsi que les problèmes de la circulation piétonnière, de l'assainissement du quartier et de l'aide aux immigrants furent évoqués, et que des suggestions furent faites pour l’utilisation des locaux de la Bibliothèque, pour l'aménagement des terrains inoccupés en terrain de jeux, pour la création d'un foyer de rencontre et d'accueil pour les personnes âgées, nombreuses dans ce quartier. Monsieur MOULINS promit de faire tout ce qui était en son pouvoir et nous espérons beaucoup de ce contact direct avec les responsables.

A la suite de l'irnpact produit par notre bulletin spécial d'avril et du congrès de CIVITAS NOSTRA à Charlieu où nous avions eu des entretiens sérieux avec la direction de l’architecture, quelques responsables du Bureau de la Renaissance du Vieux-Lyon furent conviés, pour la première fois à une grande réunion à la COURLY, regroupant toutes les administrations intéressées par les problèmes de restauration du Vieux Lyon et des personnalités venues de Paris. Invités à donner notre point de vue sur les différents sujets qui nous préoccupait (circulation, projet de plan permanent de sauvegarde, démolitions d* immeubles, etc.…); notre opinion prévalut sur de nombreux points litigieux et il fut convenu que nous participerions aux autres réunions.

Cette année 1972 1973 sera marquée par deux activités principales d'abord I t achèvement de I t inventaire archéologique, historique et culturel du Vieux Lyon mené en collaboration avec Monsieur DONZET, notre architecte en chef, qui a participé à nos activités et demandé notre concours,

- puis l'étude, et, nous l’espérons, la réalisation, de la piétonnisation de la rue Saint-Jean ainsi que l'aménagement des places de la Baleine et du Gouvernement en places d'agrément pour les enfants, les gens du quartier et les flâneurs. (conf exemple de GRENOBLE) .

Le 25 Octobre, nous souhaitons une présence nombreuse à notre Assemblée Générale : une grande assistance est le signe d’un désir réel de participer et de croire à la vie d'une association. Elle prouvera aussi aux autorités présentes l'importance et la vitalité de la Renaissance du Vieux Lyon.


Michel Nicolas, Président RVL