Bulletin RVL n° 014 - année 1971


Édito


L'âme de notre cité

« Plus je vais de par le monde qui change et de par les villes qui s'étendent, plus je ressens profondément le devoir de sauver les patrimoines du Passé. Patrimoine qu'envient ceux qui n'ont pas la chance d'en posséder !

« Le Monde, exaltant en un sens, du Progrès matériel exigera corolairement des retours aux sources et des refuges de l'Ame.

« Tous ensemble donc aimons l'expansion lyonnaise, mais tous ensemble aussi sauvons-lui son âme, au travers de son Histoire, au travers de son Vieux-Lyon.

« Bon courage, il en faut. »

C'est par ces mots, profonds et poétiques à la fois, que notre ami Paul Defond, président du Syndicat d'Initiative, membre du Conseil économique et social, nous témoignait récemment son amitié, mettant en évidence ce besoin de ressourcement qu'éprouve l'homme du XXe siècle.

Ce besoin n'est-il pas la cause, la raison profonde de notre engagement, comme celle de cet engouement que manifestent tant de nos visiteurs, français ou étrangers, qui nous ont si souvent donné un magnifique exemple de foi et d'enthousiasme.

Nous le ressentons aussi chez les habitants du Vieux-Lyon, qui prennent conscience de l'effort fourni et y collaborent, comme auprès des Associations amies, qui nous témoignent toujours beaucoup d'intérêt.

Enfin, les représentants des Pouvoirs publics, comme ceux des Collectivités locales, nous apportent spontanément leur soutien et leur sympathie, même si parfois certains problèmes passagers nous séparent quelque peu. Nous en avons eu la preuve lors de notre dernière réception officielle, où de nombreuses personnalités entouraient M. Max Moulins, Préfet de Région et Mme Moulins, M. Benoît Carteron, Président du Conseil général, M. le Recteur Louis et plusieurs adjoints au Maire de Lyon.

Cependant, ce réseau d'amitié qui provient d'une même aspiration à perpétuer l'âme de notre Cité à travers les siècles, aurait peu d'intérêt s'il n'aboutissait qu'à des vœux pieux.

Pour que notre Vieux-Lyon vive, pour qu'il soit plus propre, plus clair, moins bruyant la nuit, plus agréable à vivre en un mot, tant pour ses visiteurs que pour ses habitants, il doit être considéré comme « secteur sauvegardé » dans tout ce que ce mot comporte. Or, à propos de chaque problème, où nos efforts se brisent, l'on s'aperçoit que l'on ne peut aboutir qu'en prenant des mesures particulières.

Pour un ensemble sauvegardé, pourquoi ne pas envisager des mesures exceptionnelles ?

  • Ainsi, pour développer la restauration des immeubles, en dehors des îlots opérationnels dont se charge la SEMI RELY, avec les subventions de l'Etat et l'aide de la Ville, et à côté de l'effort particulièrement louable de quelques rares mécènes, il y a des incitations indispensables à promouvoir, par exemple sous forme de mesures particulières dans le domaine du crédit. Pourquoi ces efforts, privés ou publics, ces mesures exceptionnelles, ne pourraient-elles être prises ?
  •   Ainsi, pour éviter que ne s'étendent ces foyers la nuit, qui sèment la perturbation dans le quartier, et pour lutter contre ces soi-disant libertés qui entravent la liberté des autres, ne serait-il pas urgent de limiter le développement de certaines activités, qui vont à l'encontre de celles qui doivent marquer le caractère d'un ensemble sauvegardé ?
  •   Ainsi, pour le petit commerce traditionnel, si l'on sait qu'il périclite partout, ce n'est pas notre problème d'étudier sa transformation, son évolution dans le cadre général du Pays. Par contre, lorsqu'il s'agit de quelques boutiques typiques sur nos places ou dans nos rues, ne devrions-nous pas faire l'impossible pour les soutenir ? Là aussi, quelques mesures exceptionnelles, tels des allègements fiscaux, ne pourraient-elles être prévues, sous certaines conditions, dans le secteur sauvegardé ?

En bref, pour maintenir cette âme dans notre Cité qu'est le Vieux-Lyon et éviter une certaine dégradation, des mesures exceptionnelles s'imposent, qui n'excluent pas. bien sûr, l'ensemble de bonne volonté et de dévouement de tous nos amis, pour leur application et pour maintenir l'indispensable rayonnement qui contribue à créer l'âme de notre Cité.


Paul Gérardin

Président de la Renaissance du Vieux-Lyon


Bulletin de liaison RVL n° 14-1, 1er trimestre 1971

Le choix

Lors de sa remise de décoration le 8 décembre, notre ami Régis Neyret, au lieu de compliments personnels, fit le point des réussites et des échecs de l'action de notre association dans notre secteur sauvegardé, depuis la dizaine d'années écoulées. 
Cette façon de faire est plutôt inhabituelle. En effet, dans de telles circonstances l’on se complait généralement à reporter sur les autres les réussites qui vous sont attribuées et l'on distribue de nouvelles félicitations, sans oublier soi-même, en se taillant, plus ou moins ostensiblement, la meilleure part. Or il est plus intéressant pour tous et plus valable pour la collectivité de faire abstraction de ces considérations d'ordre purement personnel et de dresser un bilan des efforts de tous. Cela représente un certain courage aussi : non seulement parce que l'on doit avouer le négatif comme le positif de notre action, mais aussi parce qu’il n’est pas toujours sûr que nos auditeurs, venus pour la cérémonie précitée, soient absolument avec nous sur les problèmes en cours.
Nous pensons néanmoins que cette attitude plus directe, si elle peut parfois choquer à son approche, n'en est que plus salutaire, plus efficace, Et nous faisons l‘honneur à ceux qui nous écoutent de croire qu’ ils y trouvent leur compte et que la franchise a plus de valeur pour eux que des politesses de circonstance, car ils savent bien que tous les animateurs du Vieux-Lyon donnent toutes leurs énergies à. la mission de défense et de mise en valeur de notre secteur sauvegardé, et que, quels que soient les problèmes locaux du moment, quelles que soient les incidences dues à des tendances ou des intérêts divergents, nous ne pourrons voir mutilé et abâtardi le centre historique de notre ville. C'est pourquoi nous sommes sincèrement reconnaissants à tous ceux qui nous apportent leur aide active ou par leur soutien matériel, le précieux réconfort de leur estime et de leur compréhension.

Paul Gérardin , Président RVL


Bulletin de liaison RVL n° 14-4, 4e trimestre 1971

L'Assemblée annuelle, proche, va nous permettre de voir et confronter les pistes au cours de l'année ; certaines, sans être spectaculaires ont tout de même donné la preuve du dévouement de bon nombre de nos adhérents et de la vitalité de notre Association. Nous aurons alors à juger, à remettre en cause ou décider la poursuite des tâches. Nous devons aussi ouvrir plus largement nos équipes de travail à de nouveaux éléments. Le renouvellement partiel de nos animateurs est une condition indispensable pour que notre mouvement maintienne sa vigueur et progresse. 

Parallèlement à cet effort interne, cette reprise de nos activités d'automne va être également marquée par une importante ouverture à l'extérieur. C'est en effet une des conséquences de notre action d’avoir créé des liens d’amitié avec des associations de nombreuses villes qui ont, comme la nôtre, le souci de leurs quartiers anciens. Et c'est une grande satisfaction de pouvoir échanger avec leurs responsables nos réussites comme nos difficultés. Nos adhérents, à la lecture de nos bulletins, connaissent les cités avec lesquelles nous avons fait de tels échanges, les derniers en date étant l’accueil des membres de la "Renaissance du Vieux-Bordeaux" et de l’association "Le puy, cité de passé et d’avenir" ; contacts aussi avec les associations fédérant "Civitas Nostra" et en particulier "Sedenum Nostrurn" qui a accueilli en mai, à Sion (Suisse) l'assemblée générale de "Civitas NosLra".
Cet automne, après Arles, ce sera Bourg-en-Bresse – dans ces deux villes, de nouvelles associations viennent de se constituer - puis Bordeaux, où notre équipe de direction doit se rendre à la suite de la visite de l’an dernier, et le congrès de l'association nationale des villes d'art à Versailles, où nous retrouverons de nombreux animateurs de groupements similaires au nôtre.
Ces visites mutuelles ont toujours été bénéfiques pour les organisateurs ou pour les invités. Un trait mérite d’être souligné, c'est l'esprit novateur et jeune de tous ces animateurs qui, quel que soit d'ailleurs leur âge se sont dégagés des ornières des anciennes sociétés savantes ou des méthodes par trop administratives, pour voir lucidement les problèmes de remise en état du passé sous un jour de notre temps, avec des conceptions modernes. Nous revenons toujours à nos principes chers, quel que soit l'âge des pierres, il faut que propres et restaurées, elles servent à l’homme de notre temps.
Dernier aspect de ces rencontres entre villes anciennes : c’est un des domaines rares en France, où l'on ne subit pas Ia suprématie de la capitale. Et les représentants de la capitale des Gaules auraient mauvaise grâce d'en profiter pour, à leur tour, chercher une supériorité quelconque. Bien que le Moyen-Age, la Renaissance et le XVIIIe siècle nous aient conservé un quartier prestigieux, c’est avec un regard neuf que nous allons glaner enseignements et amitié auprès de ces cités sœurs, et que mutuellement nous puisons dans ces rencontres, la force et le réconfort nécessaires à notre action.

Paul Gérardin , Président RVL