Bulletin RVL n° 044 - mars 1983


Édito : 


Histoire d'un sauvetage.

La maison du "5 place Saint-Jean"

Ce fut, jusqu'à la Révolution, une maison canoniale ayant appartenu au XVème siècle à des chanoines de la famille des Fougères, Seigneurs d t Oingt. Elle se trouvait à l'intérieur du Rempart du Cloître Saint-Jean. Cette enceinte, construite à la fin du XIIe siècle pour isoler et protéger les chanoines-comtes, délimitait le quartier de la Primatiale, habité par le personnel et soumis à la juridiction exclusive du Chapitre.

Les destructions du Baron des Adrets, en 1562, firent disparaître cette maison. Puis les Chanoines en redressèrent progressivement les ruines.

Elle fut reconstruite au début du XVIIe siècle, comme en témoignent les meneaux plats de la façades Est. Divers actes de visite aux XVIIe et XVIIIe siècles donnent une idée précise de ce qu'elle était, avec son entrée à l’Est « à plein pied de la place par une porte pierre de taille à plate-bande, laquelle se trouve sous le perron à deux rampes de treize marches chacune avec un garde-fou de fer ». Ce perron a disparu au début du XIXe siècle. "Au fond de I'allée une porte pierre de taille en arcade (visible actuellement) donnant issue à une cour pavée, où se trouve à droite en entrant le puits à eau claire avec son contrecœur et sa coquille de pierre, et au fond à gauche, une grande porte pierre de taille en arcade aujourd'hui bouchée donnant issue à la rue Tramassac". Cette porte avait été percée dans le rempart en 1647, à la demande de M. le Chanoine de Montezon. "C'est à I’entrée de cette cour que se trouve le degré principal qui mène à l'étage supérieur, et le palier de cet étage sert d'allée pour la distribution des chambres". Le balcon avec garde-corps en fer forgé, au centre de la façade antérieure, fut ajouté en 1752. Les boiseries qui décorent les pièces étaient "peintes en vert d'eau et vernies, et les cheminées en plâtre peintes en façon de marbre" (A.D. 10 G 669-670-674 ; textes cités par l’Abbé Sachet dans son ouvrage "Le Pardon Annuel de la Saint-Jean de Lyon", Lyon, 1918, t. II, p. 586).

Devenue bien national à la Révolution, cette maison fut mise en location. En 1 882 on y dénombrait 9 locataires, dont : un épicier, un coiffeur, un tailleur, un cordonnier. A l’arrière, du côté du rempart, fut construit un petit immeuble de rapport , 14 locataires y étaient mentionnés en 1 882 : un doreur sur métal, une coiffeuse et deux rentiers.

La maison fut inscrite à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques le 26 Mars 1938.

En 1950, le Restaurant "Gérard" s’installa au rez-de-chaussée, du côté de la place Saint-Jean.

Les 30 Août et 5 Septembre 1 962, Louis PRADEL, Maire de Lyon, fit acheter la maison par la Ville pour la faire démolir. Au cours d'une visite du Vieux-Lyon, organisée à cette époque avec des représentants parisiens des Affaires Culturelles, il expliqua à Régis NEYRET, alors Président de la "Renaissance du Vieux-Lyon", que cette maison empêchait de voir la fontaine de béton qu'il venait de faire construire sur la Montée du Chemin Neuf et dont il était très fier.

Ce fut le début d'une longue guerre d'usure entre le Maire, qui voulait démolir, et la "Renaissance" - soutenue par les "BATIMENTS de FRANCE" - qui ne le voulait pas.

Peu à peu la maison fut vidée de ses occupants, les fenêtres ouvertes, les dégradations accentuées.

En parallèle, divers projets de réutilisation étaient échafaudés pour le quartier.

Cette lutte du "pot de terre contre le pot de fer" dura une dizaine d'années, jusqu'au jour du printemps 76 - c'était le 19 Juin - où quelques Associations du quartier. (dont la R.V.L. ) et à I’initiative d'un Comité Populaire de Saint-Georges, décidèrent d'attirer l’attention des autorités par une opération de "nettoyage-squattérisationl spectaculaire, de 10 h du matin à 14 h 30, heure à laquelle la Police fit évacuer la maison.

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Jean-Paul Drillen
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon