Journal RVL n° 121 - novembre 2005


Édito : 


Hasard et nécessité

Les Journées Européennes du Patrimoine 2005 ont commencé, pour moi, par une "balade urbaine" que je proposais, non pas dans le Vieux-Lyon ni même dans le Site historique de la ville, mais à Villeurbanne, pour [aire découvrir ce qu'on pourrait appeler "le déplacement du centre", entre le début et le premier tiers du siècle dernier, et évoquer aussi l'avenir du "cœur" de la cité voisine, avec le projet de prolongement de l'avenue Henri Barbusse vers la haute cheminée du Parc Geneviève Anthonioz-de Gaulle.

Ce choix n'était pas dû au hasard. Il voulait marquer l'attachement de la RVL à la modernité et, tout en prônant la sauvegarde et la mise en valeur des éléments du passé qui font patrimoine, notre esprit d'ouverture vis-à-vis de la création contemporaine, patrimoine de demain.

Pourtant, je me permets ici de déplorer que le Site Historique de Lyon, site inscrit depuis bientôt sept ans par l'Unesco et dont plus de 2 700 personnes ont pu découvrir les images proposées, au cours de ces deux journées, par notre association dans la "chapelle" du vieux Palais de Justice, ne semble plus vraiment être une préoccupation majeure de nos élus ou de ceux qui ont la mission de veiller au respect des critères ayant prévalu pour l'obtention d'une telle distinction mondiale.

Il paraît aujourd'hui préférable de communiquer sur tout autre chose et, s'il est à mettre au crédit du Grand-Lyon, par son Agence d'Urbanisme, d'avoir instauré une sorte de "veille patrimoniale" hors des limites du périmètre tracé par l'Unesco, à l'intérieur du site lui-même, on donne l'impression d'avoir abandonné des actions qu'il faudrait cependant inventer ou poursuivre auprès d'habitants, de régies ou d'entreprises qui [ont comme si de rien n'était : emploi de matériaux prohibés dans les restaurations, floraison d'antennes paraboliques sur les toits, laxisme devant la prolifération d'enseignes lumineuses etc…

C'est bien à la Ville, par le biais de la "Mission Site Historique", et non plus à des associations comme la nôtre, que revient la charge de convaincre l'ensemble des Lyonnais qu'il n'y a pas seulement honneur et profit à tirer de cette distinction, mais aussi quelques devoirs à remplir. 

Tenez, par exemple, essayez donc aujourd'hui de faire "lire" l'histoire du développement de Lyon depuis le parvis de Fourvière ! Les frondaisons qu'on a laissé croître et gomment du paysage tout le Vieux-Lyon et une bonne partie de la Presqu'île.

On ne verra bientôt plus que la ville du XXe siècle. Est-ce un hasard ?


Yves Neyrolles
Président de la Renaissance du Vieux-Lyon