Bulletin RVL n° 07 - février 1966


Sommaire :


  • Rapport de l’AG (bilan général)
  • Caisse de prêts
  • Commission inventaire
  • Civitas Nostra

Édito :


Rapport du Président (AG du 3 novembre 1965). 

   La principale force d’un groupement résidant dans la continuité, nous allons avant tout poursuivre les activités que Serge Pélardy a rapportées tout- à- l’heure et que j’énumérerai pas à nouveau. 
   Nous allons également poursuivre l’évolution amorcée cette année dans le sens de l’organisation méthodique de la R.V.L. Car nous devons constater que notre que notre association, qui fêtera l’an prochain son20° anniversaire de sa fondation , a acquis les dimensions qui ne sont plus celles du groupement amical fondé en 1946.Elle est consciente de ses responsabilités publiques dans le domaine de la défense et de mise en valeur du Vieux-Lyon. Elle ne peut plus se permettre d’aborder les problèmes importants de la façon superficielle ou sentimentale. Elle doit multiplier sa documentation et la créer au besoin. Il lui devient impossible d’émettre, sans étude approfondie, un avis autorisé sur l’ancienneté réelle de telle façade de l’Hôtel Paterin, sur l’opportunité de telle destruction ou sur le choix d’un programme de fêtes.
   Quels sont les moyens dont nous disposons ?
   Le premier est un local qui nous permettra enfin un classement rationnel ? Il est situé place de la Baleine, dans le même bâtiment que le S.I et la Délégation Régionale au Tourisme.
   La Ville de Lyon a bien voulu entreprendre la restauration de la façade en harmonie avec ce qu’elle a déjà fait et je suis heureux de mettre à profit cette occasion de la remercier publiquement, en attendant l’inauguration prochaine.
   Le deuxième moyen est la poursuite de l’évolution amorcée cette année dans le sens de l’organisation en Commissions de travail. Il devient en effet nécessaire de confier l’étude de chaque problème à une commission spécialisée et d’assurer à chaque commission la caution de gens que leur formation professionnelle ou culturelle rend aptes à trancher les cas difficiles.
   L’expérience de notre commission inventaire, qui met en contact de jeunes chercheurs avec des gens aussi compétents qu’Amable Audin, Henri Hours, ou Mlle Ray, prouve que l’on peut parfaitement y parvenir.
   La commission des Fêtes se réorganise, comme nous l’avons vu tout- à- l’heure. Quand à la Commission de la Caisse de Prêts, chacun sait qu’elle fonctionne à la satisfaction générale. Nous vous ferons connaître par le Bulletin la création des nouvelles commissions.
   Nous allons enfin suivre de plus en plus près les vrais problèmes du Vieux-Lyon, les problèmes de base qui conditionnent tout le reste ; je veux dire sa sauvegarde et sa restauration.
   La presse lyonnaise tout entière, et je tiens à l’en remercier, a donné le plus large écho à nos prises de position concernant le futur pont Grenette, que nous appelons le pont de la Baleine, ainsi qu’à nos souhaits concernant la restauration des îlots 15 et 18.
   Vous avez certainement lu ces articles et le moment est venu de vous donner ce que les députés appellent des explications de vote.
   En ce qui concerne le pont Grenette, nous avons adressé un rapport à différentes personnalités, en particulier à tous les membres du Conseil Municipal. Le Progrès, l’Echo- Liberté et Dernière Heure lyonnaise l’ayant publié in extenso, de même que le Tout Lyon, je vous renvoie à leurs numéro des 14 et 15 septembre, ce qui va me permettre de vous résumer l’essentiel.
   Nos craintes concernant la séquence de la construction d’un pont face à la rue de la Baleine ( un pont de 20 ou 24 m de large face à une rue de 3m50), sont de deux sortes :craintes pour l’immédiat et craintes pour l’avenir.
   Dans l’immédiat le pont amènera une surélévation sans doute très sensible de la promenade, ce qui enterrera nettement le quai et les magasins qui sont installés ( on parle de 1m50) De plus un bon nombres d’arbres feront les frais de l’opération.
   Tout ceci est assez gênant, mais ce qui n’est encore rien vis-à-vis de la menace future que ce pont fera peser sur le Vieux-Lyon. Il doit en effet déboucher sur une double rocade qui conduira le trafic de part et d’autre du quai. Il n’est pas question pour l’instant de percer en face. Mais nous ne pouvons pas savoir si dans cinq ; dans dix, ou dans vingt ans, l’opinion publique elle-même ne réclamera pas le percement qui permettra de raccorder le pont à la Montée du Chemin Neuf. Et je sais bien que l’intérêt d’un quartier historique ne pèsera pas bien lourd en face des exigences de la circulation.
   Car il faut bien dire que, si l’on regarde un plan de Lyon, ce raccordement est une chose bien logique et bien tentante. Il suffira pour cela de détruire la rue de la place de la Baleine, la maison du Grand Palais et une bonne partie de la rue du Bœuf.
   Il se peut que le tracé de quelques rues anciennes ne présente guère d’intérêts à notre époque de progrès. Il se peut , comme il a été dit, qu’aucune maison classée ne soit touchée. Mais croyez-moi, lorsque le Vieux-Lyon sera coupé en deux par un axe de circulation à quatre ou six voies, il n’y aura plus besoin de perdre son temps à se préoccuper de son avenir touristique résidentiel ou commercial. Je me permettrai seulement de prendre à témoin M.Donzet , architecte en chef des Monuments Historiques, qui dans son excellente brochure consacrée à la restauration du Vieux-Lyon, considère déjà le point de passage entre Tilsit et Chemin- Neuf comme une zone morte qu’il y a lieu de réduire au maximum.
   Fort heureusement notre inquiétude a été entendue. Aucune décision ne sera prise avant la réalisation d’une maquette qui permettra d’apprécier les inconvénients immédiats et, nous espérons de les éviter.
   En ce qui concerne l’avenir, seule la décision de construire le pont a un autre emplacement, c’est-à-dire tout bonnement en remplacement du Pont du Change, que tout le monde apprécie bien là où il est, pourrait nous rassurer pleinement. Quand je dis tout le monde, j’oublie volontairement les Services de la Navigation, mais après tout, je ne fais que leur rendre oubli pour oubli, et de toutes façons, je reste persuadé qu’un pont est plutôt fait pour passer dessus que pour passer dessous.
   Nous savons cependant que nous pouvons compter sur l’appui, qui ne nous a jamais fait défaut des autorités qui ont bien voulu accepter la présidence d’honneur de notre association.
   Monsieur le Préfet Ricard, lors de la dernière réunion de Civitas Nostra, a bien voulu nous dire qu’il nous appartenait de tirer la sonnette d’alarme chaque fois qu’il s’avèrerait nécessaire, et que cette sonnette serait toujours entendue.
   Quant à M. Louis Pradel, notre Maire, il m’a autorisé à faire état de son plein accord avec notre point de vue dans les correspondances que nous adressons à ce sujet aux ministères intéressés.
   Je dois vous avouer que ces hautes assurances sont venues bien à point pour nous redonner une nouvelle confiance en l’avenir.
   Divers articles de presse vous ont également donné un écho de l’intérêt agissant que nous portons à la réalisation des plans de restauration du Vieux-Lyon. Serge Pélardy en a déjà parlé dans son rapport moral. C’est là un problème extrêmement vaste, que nul ne peut trancher a priori, sur lequel nous avons une série de positions de principe qui peuvent être sujettes à amendements en raison des impératifs qui peuvent se présenter.
   Il est bon que je vous résume ces positions de base qui correspondent à l’essence même de la R.V.L. Ce sont :
-L’Unité du Vieux-Lyon. Notre quartier forme un ensemble homogène qui ne doit à aucun prix être coupé par des axes de circulation ni subir l’intrusion d’édifices démesurés. Des bruits persistants ont couru concernant la construction éventuelle d’un parking à étages contre la cathédrale. Nous y sommes résolument opposés. De telles constructions ne doivent se faire qu’en dehors du secteur sauvegardé. Par exemple ; comme l’écrit M. Donzet dans la brochure déjà citée, à l’emplacement de la gare St Paul qui représente 15%. De la surface totale du Vieux-Lyon, et pourrait accueillir les indispensables implantations nouvelles.
-L’intérêt archéologique. Nous sommes opposés par principe à toute destruction de maisons des xv, xvi et xvii siècles. Nous pensons également qu’il est préférable de conserver les maisons intéressantes des xviii° et xix° siècles que de les remplacer par des constructions neuves, même en faux ancien. C’est le travail sur le terrain de notre commission « Inventaire » qui nous permet d’assurer cette position sur des bases solides.
   - L’Ame du Vieux-Lyon. Ce quartier est un grand village extrêmement vivant, à la population accueillante et tolérante (éclairages, visites, bruits nocturnes). Cette population aime son quartier. Nous ne voulons pas empêcher les gens qui le désirent d’aller habiter dans des ensembles plus confortables été plus aérés, mais nous voulons encore moins empêcher ceux qui préfèrent une certaine échelle humaine de rester dans le quartier qu’ils aiment. D’ailleurs je ne crois pas que le tourisme gagnerait à voir le Vieux-Lyon vidé de sa population active et peuplé uniquement de salles de réunions et de boutiques pour touristes.
   Vous me permettrez, en conclusion, de vous rappeler que nos actions ne sont possibles, que nos opinions ne soient entendus, que parce que nous parlons au nom d’une Association de plusieurs centaines d’adhérents soutenue elle-même par une large part de l’opinion publique. Il est nécessaire que nous soyons toujours plus nombreux et toujours plus actifs. Il faut que vous vous sentiez tous concernés. Il faut que chacun d’entre vous utilise sa sphère personnelle d’influence pour faire connaitre notre activité et notre position dans le public et tout particulièrement le public du Vieux-Lyon. Vous l’avez déjà fait et je sais que vous continuerai à le faire. C’est pourquoi il est juste, à la fin de cette soirée, qu’après avoir remercié les autorités et les services officiels, ce soit à vous, chers adhérents, que j’adresse mes plus vifs remerciements.

Marc Levin

Président de la Renaissance du Vieux- Lyon