Bulletin RVL n° 003 - mars 1963


Sommaire :


  • L'effort d'une année (Paul Dubois)
  • L’exposition renaissance des quartiers anciens (Marc Levin))
  • Programme du colloque
  • La bataille des ponts n’aura pas lieu (Paul Dubois)
  • Croisade contre les trottoirs (Paul Feugier)
  • Considérations financières (Mme. Revol)
  • 8 décembre dans le Vieux-Lyon (Régis Neyret)
  • Caisse de prêts (Jean Ferdinand)
  • L’esthétique des vieux quartiers (E. Chazot)
  • Le téléguidage dans le Vieux-Lyon (Paul Goujon)

Édito :


L’effort d’une année 

(Rapport à l’Assemblée Générale du 24 octobre 1962 )
Il y a un temps pour tout
  • Un temps pour toute chose sous les cieux
  • Un temps pour lancer des pierres
  • Un temps pour ramasser des pierres.
  • Ecclesiaste, il était tentant de paraphraser.
  • Un temps pour échafauder ,un temps pour consolider(le Vieux Lyon sous-entendu).
Dans une première partie,le propos du rapporteur sera de souligner l’importance des consolidations acquises, sans lesquelles les échafaudages antérieurs auraient été vains.
Invités par d’autres villes à échanger notre expérience, et pour mieux l’orienter, nous rechercherons dans une deuxième partie quel sens profond donner à notre action.
Vous vous souvenez avec quelle fougue et quel enthousiasme ces dernières années, nous avons essayé de faire connaître et aimer le Vieux Lyon.
Des visites de la lumière, du bruit, des fêtes, une presse bienveillante et bien entendu quelques ravaudages d’immeubles hâtivement réalisés parce que indispensables et urgents, avaient lancé le mouvement.
Mais il fallait l’entretenir… et le faire aboutir.
Or, sans le secours spectaculaire de foules drainées dans les rues étroites du Vieux Lyon, d’autres tâches faites de détails sans gloire et beaucoup plus austères ont cependant été menées à bien et leur capitale importance dans notre plan de consolidation oblige à les rappeler sinon à les souligner.

Qu’est-ce donc qui a été consolidé ?
En premier lieu, nos appuis : M le Maire, les adjoints, le conseil municipal ont défendu et soutenu en toutes occasions par leurs déclarations, leur présence ou par leur aide financière sur laquelle nous reviendrons, notre action dans le Vieux Lyon.
A l’une de nos toutes récentes réunions d’information, le Président du Conseil Général, un conseiller, plusieurs adjoints et membres du Conseil Municipal, le Syndicat d’Initiative, l’architecte des monuments historiques, le conservateur du musée de Gadagne, les directeurs des services municipaux et d’autres notabilités dont l’action est déterminante avaient répondu, les questions posées par les présents mais aussi les excuses des personnalités empêchées prouvent que l’intérêt porté au Vieux- Lyon n’est pas ou n’est plus de pure forme.
Avec le S.I nos relations ont pris un véritable régime de croisière et nous travaillons la main dans la main puisque l’un des nôtres y est administrateur tandis que son Directeur fait très activement partie de notre comité directeur.
De nombreux régisseurs épaulent nos efforts auprès des locataires ou des concierges dans les immeubles qu’ils gèrent.
La population du quartier dont les commerçants et artisans forment l’aile marchante suit le mouvement car elle a compris que les choses se font lentement et que la vaine critique n’accélère rien bien au contraire.
Enfin consécration suprême, encore que notre mérite y soit faible, les pouvoirs public sont donné une forme légale à ce pour quoi nous œuvrons, ils ont reconnu l’absolue nécessité de conserver, voire de restaurer notre patrimoine de belles et anciennes maisons, c’est notre loi du 4 août.

 Après quoi la Renaissance du Vieux Lyon s’est vue décerner la médaille d’or du mérite national Français et un prix par le jury de la « semaine de la plus belle France », sanctionnant ainsi notre effort collectif.
Que tous ceux qui nous ont aidé soient ici publiquement remerciés.
En second lieu nos relations intérieures et extérieures se sont affermies, renforcées.
Une réunion très suivie des commerçants et artisans, honorés de la présence et des interventions des adjoints et des membres du conseil municipal a permis le 6 février dernier de dégager les modes d’action pratique d’une restauration correcte des boutiques.
Autre forme de liaison à l’intérieur du Vieux- Lyon aussi bien qu’avec ses amis de l’extérieur, le premier numéro de notre bulletin est sorti en avril, le second va sortir incessamment.
Ayant reçu et guidé dans le Vieux-Lyon un groupe important d’amis du Vieux-Chambéry nous avons, reçus nombreux à notre tour, visité le Vieux-Chambéry et le Viel-Annecy où nous vons appris beaucoup .
Le S.I a poursuivi l’organisation de ses visites dirigées. Elles sont non seulement connues, mais très suivies et pas seulement par des touristes mais par d’authentiques Lyonnais.
Comme vous le voyez on connaît de plus en plus le Vieux-Lyon, on le connait mieux et on s’y connaît mieux.
Mais le Vieux-Lyon c’est aussi et peut-être d’abord, un ensemble de maisons ou de monuments.

De quelle manière ont-ils été eux aussi consolidés ?
L’énumération dépouillées des réalisations matérielle sera une réponse convaincante nous l’espérons.
  • 12 plaques gravées en pierre de comblanchien, signalent aux touristes les belles architectures du quartier.
  • 2 cours et leurs allées ont été nettoyées et restaurées.
  • Les services municipaux remplacent dans dix cours par des installations définitives nos premiers éclairages de fortune qui iront en éclairer d’autres.
  • Une dizaine de cours et allées sont régulièrement entretenues par une entreprise spécialisée.
  • Une cinquantaine de façades et de boutiques ont été restaurées.
  • De nombreuses vitrines sont éclairées maintenant tard le soir grâce à des minuteries pour lesquelles nous accordons une subvention aux commerçants.
 Mais ce qui a fait faire un bond à la restauration est sans contredit le démarrage effectif de la « Caisse de Prêt ». Sachez qu’après 6 mois de fonctionnement elle avait déjà avancé 10 millions d’anciens francs.
 A dire vrai ce brillant tableau a tout de même un envers qui l’est moins. La spéculation guette : les fonds de commerce atteignent des prix très élevés, trop élevés pour le temps présent et pèsent anormalement sur ceux qui ont pris le risque de s’installer dans le quartier.
 L’entreprise privée s’intéresse au plans de restauration et envisage d’y participer ce qui est normal, mais il faudrait être fort idéaliste ou bien naïf pour ne pas craindre que son intervention ne joue pas d’abord à son propre avantage, le Vieux-Lyon dut-il en pâtir irrémédiablement.
 Il nous faudra donc désormais être vigilant et peut-être lutter contre des engouements et des embrassades qui risquent ou de nous étouffer ou de donner à notre association une orientation peu conforme au but qu’elle s’était proposé.

 J’ai gardé pour cette deuxième partie une autre forme de consolidation qu’on pourrait appeler « extra-muros ».
 D’autres villes ont elles aussi leurs vieux quartiers ; elles nous ont fait part de leurs travaux et de leurs espoirs ; avec certaines nous avons dépassé le stade de la correspondance, elles sont venues nous voir et nous les avons à notre tour visitées. Ces liens sont plus serrés évidemment dans la région Rhône qu’au-delà où ils existent cependant.
 Si bien que nous avons, en collaboration avec le S.I lancé l’idée d’un colloque sur les vieux quartiers. Retenons d’abord qu’il a reçu au cours d’un premier sondage une approbation unanime et vigoureuse, probablement parce qu’on attribue à tort ou a raison un rôle de chef de file au Vieux-Lyon parce que nous avons tous éprouvé la nécessité de donner une résonance plus profonde à notre action, d’expliciter plus clairement notre but et de définir des moyens efficaces pour les atteindre.
 Mais alors que sera ce colloque ?
 Nous ne sommes ni sociologues, ni urbanistes, ni archéologues, ni agence de tourisme, mais nous sommes un peu tout cela, parce que nous touchons aux réalités de nos quartiers.
 
C’est à ce carrefour que ce situera sans doute notre rencontre.
 Nous croyons que ville moderne et ville ancienne ne s’opposent pas mais au contraire que l’un prend son sens par l’autre où elle s’enracine, et que leur coexistence est un bienfait d’équilibre et d’apaisement.
 Pourquoi nos vieux quartiers ne seraient-ils pas pour les adultes ce que sont les parcs de jeux pour les adolescents, des havres de détente, de calme et pourquoi pas de renaissance du soi-même ?
 Pourquoi dans un cadre agréable et beau ne pas venir tout aussi bien se distraire, rêver et admirer que boire un pot ou manger des bugnes avec des amis ?Quel succès si nos vieux quartiers devenaient les « hauts lieux » populaires de nos citées chaque jour plus enfiévrées ! les hauts lieux de leur culture.
 Nous étudierons donc dans ce colloque comment conserver à chaque ville qui a la chance d’en posséder un, son livre d’Histoire, comment le restaurer, comment le garder vivant et même lui redonner une âme si par malheur, il l’avait perdue ?
 Pour ceux qu’habite la passion de connaître, de comparer et de juger, nous examinerons quelles promenades et circuits longs ou courts nous pourrions proposer et organiser.
 Il est certain alors que nos efforts conjugués pèseront plus qu’avant pour le maintien de ce patrimoine local ou national qu’on nous envie et si des démolisseurs sans scrupules ou des constructeurs sans imagination voulaient néanmoins lui porter atteinte, nous osons croire que leur tâche stupide serait aussi plus difficile.
 Mais ce n’est que dans la mesure où notre association continuera à mériter totalement son titre de Renaissance que le Vieux-Lyon gardera la beauté de sa jeunesse retrouvée.

Paul Dubois
Secrétaire général, de la Renaissance du Vieux-Lyon