Espaces publics, espaces privatisés ?


(extrait du journal RVL n° 136, juin 2011) 

Les beaux jours sont là, les terrasses aussi.

L’engouement toujours croissant que celles-ci suscitent conduit les autorités municipales à donner de plus en plus d’autorisations d’occupation de l‘espace public. C’est leur choix. 
Mais cela n’est pas sans poser de problèmes. Jusqu’à ce jour, aucune nouvelle forme de marquage au sol des emplacements de terrasses autorisées n’est visible. Les inspecteurs de voirie (si peu nombreux pour l’ensemble de la ville qu’ils ne peuvent exercer un contrôle régulier et efficace) disposent d’un plan d’occupation de ces terrasses, un plan qui ne correspond pas à l’ancien marquage au sol. Comment donc savoir si l’on est en droit de contester telle ou telle extension ? 
Qui va gagner au jeu de la plus grande terrasse ? 
Et que va-t-on encore inventer après les tonneaux, carrioles, vieux vélomoteurs, guignol ambulant distributeur de glaces, brocante en tous genres, pour «animer» le quartier ? À quand un manège place de la Baleine ou la grande roue devant la cathédrale ? 
Quand les visiteurs pourront-ils voir du Vieux-Lyon autre chose que des porte-menus, des décorations «rustiques» ou des restes de Noël en plein mois d’août ? 
Quel espace va-t-il rester aux visiteurs ou aux habitants qui souhaitent se promener sans se cogner aux tables et aux chaises ? 
Nous avons, à plusieurs reprises, donné notre sentiment sur cette pieuvre qui envahit petit à petit le Vieux-Lyon et peu à peu le défigure. Nous avons été parfois entendus : ainsi, la place du Gouvernement n’aura pas de terrasses, dans sa partie centrale, mais peut-être quelques plots pouvant être utilisés comme sièges d’appoint par des touristes fatigués et pas forcément désireux de se désaltérer… 
Nous ne pouvons pas en dire autant de la place du Change, grignotée un peu plus chaque année par les tables, les chaises et de multiples accessoires. 
C’est à croire que visiter le Vieux-Lyon va se limiter bientôt «à boire et à manger à tous prix» ! 
Qu’est devenue la fierté de faire découvrir un site unique ? Tout ça (les batailles «historiques» pour la sauvegarde et la mise en valeur de ce quartier) pour ça ? Il y a des matins amers.