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Grand Hôtel-Dieu


Chantier en cours depuis le 3 avril 2015

Dossier du journal RVL n° 150, juin 2018

Façade de l'Hotel-Dieu, côté Rhône © DR
Façade de l'Hotel-Dieu, côté Rhône © DR

Le Grand Hôtel-Dieu, entre Hier et Demain…

Comme à l’Antiquaille, il était devenu évident depuis un certain nombre d’années que l’activité médicale rencontrait de plus en plus de difficultés pour s’exercer dans un lieu, certes remarquable du point de vue patrimonial, mais de moins en moins adapté à sa fonction.
Les Hospices Civils de Lyon ont donc lancé, en 2010, un concours pour l’achat de l’édifice (avec bail emphytéotique de 99 ans), assorti d’une restauration devant à la fois respecter l’histoire du lieu et l’ouvrir à d’autres usages.
C’est le Groupe Eiffage Immobilier, avec les architectes Albert Constantin et Didier Repellin, qui emporte les suffrages du jury constitué pour l’occasion. Le bail est signé en décembre 2014. Dès lors, deux grandes figures lyonnaises de l’architecture vont conjuguer leurs talents et conduire les étapes d’une véritable métamorphose qui reprend aujourd’hui le nom de Grand Hôtel-Dieu. En 2015, Crédit Agricole Assurances rachète l’ensemble, en partenariat avec la Caisse Régionale du Crédit Agricole Centre-Est. La commercialisation des espaces destinés aux boutiques et restaurants est lancée en 2016 par Scaprim.
Le “grand bâtiment d’allure palatiale” commandé à Soufflot par le Consulat vu depuis la Tour Part-Dieu en 2005. © Yves Neyrolles
Le “grand bâtiment d’allure palatiale” commandé à Soufflot par le Consulat vu depuis la Tour Part-Dieu en 2005. © Yves Neyrolles
La première tranche des travaux s’est achevée ce printemps. Le 27 avril dernier, les Lyonnais ont eu le plaisir de se réapproprier le site… dans sa presque totalité. Au printemps prochain, avec la fin de la deuxième tranche, il sera possible de se rendre du côté du dôme des « Quatre Rangs », qui accueillera la Cité Internationale de la Gastronomie, ainsi qu’un Centre de Convention destiné à recevoir des congrès internationaux, et de redécouvrir l’intérieur du « Grand Dôme » de Soufflot, au coeur de l’Hôtel Intercontinental, chargé d’accueillir des touristes venant du monde entier pour visiter notre ville, inscrite depuis 20 ans déjà au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Neuf siècles d’histoire

• 542 – 545 : Institution du premier hôpital de Lyon par Childebert Ier, roi des Francs, et son épouse Ultrogothe. L’établissement se trouvait à l’emplacement de l’actuel palais de Bondy, à proximité de ce qui était le port Saint- Éloy, sur la rive droite de la Saône. Le bâtiment, de taille modeste, complété d’une chapelle et d’un cimetière, avait été placé sous le vocable de Marie, avant de devenir, au XVIe siècle, l’hôpital Saint-Éloy.
• 1129 : La Confrérie du Saint-Esprit, qui organise la traversée du Rhône en bacs à traille, ouvre un lieu d’accueil pour les voyageurs, les pèlerins et les pauvres. Nommé L’Aumônerie du Saint-Esprit, celui-ci est situé sur le tènement d’Ainay, sur la rive droite du Rhône.
• 1184 – 1185 : La Confrérie charge les « Frères du Pont » ou Frères Pontifes de construire un pont sur le Rhône, comme ils l’ont déjà fait à Avignon.
• 1190 : Ce premier pont (de bois) s’effondre au passage des armées de Philippe Auguste et de Richard Coeur de Lion en partance pour les croisades. Un nouveau pont (en pierre) va être construit au même endroit (à l’emplacement de l’actuel pont de la Guillotière), ainsi qu’un nouvel hôpital, connu sous le nom de Beate Mariae.
Détail d’une des nombreuses plaques honorant les bienfaiteurs de l’hôpital : ici Adam Eustache Godinot qui, en plus d’un don de 40 000 francs, avait financé les deux statues élevées sur la façade. © Yves Neyrolles
Détail d’une des nombreuses plaques honorant les bienfaiteurs de l’hôpital : ici Adam Eustache Godinot qui, en plus d’un don de 40 000 francs, avait financé les deux statues élevées sur la façade. © Yves Neyrolles
• 1309 : L’archevêque de Lyon confie le pont, l’hôpital et ses annexes à la communauté cistercienne de Hautecombe (Savoie) puis, à partir de 1334, à celle de Chassagne (Ain).
L’établissement hospitalier est constitué alors d’une vaste salle. De type halle, modèle courant à l’époque, elle est longue de 20 à 25 m, sur un axe nord-sud, large de 12 à 15 m, et se prolonge par une chapelle située à l’extrémité nord.
Le XIVe siècle, marqué par une succession de guerres et d’épidémies de peste, n’est guère favorable à l’extension du nouvel établissement. Au siècle suivant, avec l’institution des foires, à partir de 1420, et l’augmentation de leur fréquence tout au long du siècle, la ville renoue avec la prospérité, attirant à elle des marchands florentins, milanais ou allemands.
• 1478 : Les consuls de la ville rachètent l’hôpital à l’abbé de Chasssagne, marquant ainsi la fin de la tutelle ecclésiastique sur l’établissement. Décision est prise de construire à ses côtés un nouvel hôpital, sur le même modèle, mais en beaucoup plus grand (65 m par 21).
• 1493 : Achèvement du nouvel hôpital.
Au début du XVIe siècle, des travaux d’agrandissement permettent de réunir les deux bâtiments et d’aménager, au nord de cet ensemble, un cloître abritant le cimetière de l’hôpital.
• 1507 : L’hôpital prend le nom d’Hôtel-Dieu de Notre Dame de Pitié du Pont du Rhône. Il admet désormais tous types de malades, mais aussi les femmes enceintes et les enfants abandonnés.
• 1529 : Les consuls nomment un apothicaire, un médecin et un barbier, qui sont secondés par des hospitalières.
• 1555 – 1556 : Acquisition de terrains au nord de l’Hôtel- Dieu.
• 1583 : Ne pouvant faire face aux difficultés financières, les consuls confient la gestion de l’hôpital à un petit groupe de notables tout en en conservant la direction morale. Ces derniers, appelés recteurs, vont administrer l’établissement jusqu’à la Révolution, avec un dévouement exemplaire, initiant les grands chantiers qui développeront l’édifice, apportant leur propre contribution financière et suscitant les dons et legs de Lyonnais, très généreux eux aussi, et grâce auxquels les travaux d’agrandissement et d’embellissement pourront être réalisés.
L’entrée aménagée au début du XVIIIe siècle, place de l’Hôpital, par Jean Delamonce aidé de son fils, Ferdinand. © Yves Neyrolles
L’entrée aménagée au début du XVIIIe siècle, place de l’Hôpital, par Jean Delamonce aidé de son fils, Ferdinand. © Yves Neyrolles

• 1622 – 1637 : Construction du nouvel Hôtel-Dieu, selon le plan dit des « Quatre Rangs ». Ce plan cruciforme offre l’avantage de pouvoir séparer les hommes des femmes, et, surtout, les fiévreux des blessés, limitant le risque de contagion. La hauteur importante des salles des malades et du dôme facilite l’aspiration de l’air vicié. La chapelle, située au centre, sous le dôme, permet à chaque alité situé dans l’une des quatre salles de suivre l’office quotidien.
• 1637 : Début des travaux de construction d’une chapelle (*) sur l’emplacement de l’ancien bâtiment médiéval. C’est une large nef, prolongée d’un choeur peu saillant et ouverte sur des chapelles latérales. La façade occidentale est traitée de façon monumentale.
• Fin du XVIIe – début du XVIIIe siècle : Aménagement de la place, puis construction du pavillon d’entrée de l’Hôtel- Dieu par l’architecte Jean Delamonce, en collaboration avec son fils Ferdinand, créant une perspective en direction du dôme des « Quatre Rangs ».

(*) Cette chapelle ne fait pas partie du projet Grand Hôtel-Dieu. Sa restauration se fait peu à peu, sous la responsabilité d’une association créée pour cela et s’appuyant sur la générosité publique comme sur l’aide de la Fondation du Patrimoine. 

L’instant Soufflot

Disons l’instant, plutôt que le moment Soufflot. L’architecte, en effet, ne verra pas l’aboutissement de son projet à cause des difficultés que ce chantier « titanesque » va rencontrer. L’historien et journaliste Gérard Corneloup évoque celles-ci dans la notice qu’il consacre à Jacques- Germain Soufflot dans le Dictionnaire historique de Lyon :
« Depuis le début du siècle, les recteurs envisagent une modernisation, devenue indispensable, du vieil hôpital, mais doivent compter avec des finances incertaines, leur habituel sens aigu de l’économie se heurtant à la volonté du Consulat qui désire un grand bâtiment d’allure palatiale en façade sur le Rhône. On achète des terrains sur la partie méridionale, en bordure du pont de la Guillotière ; on discute et on tergiverse ; on demande sans doute un projet à Ferdinand Delamonce, qui finalement s’efface, peut- être souffrant, peut-être écarté… Les recteurs signent avec Soufflot (très présent à cette époque à Lyon, où il conduit divers chantiers) une convention de huit ans à dater de janvier 1741. L’architecte s’engage à édifier une imposante façade de deux étages le long du Rhône, avec arcades formant boutiques à louer au rez-de-chaussée, ainsi que toute une série de bâtiments sur l’arrière, dont trente loges pour les fous.
Un chef d’œuvre de ferronnerie voisine désormais avec le portrait de Rabelais dans l’une des galeries de l’ancien cloître. © Yves Neyrolles
Un chef d’œuvre de ferronnerie voisine désormais avec le portrait de Rabelais dans l’une des galeries de l’ancien cloître. © Yves Neyrolles
Le chantier commence en 1742, conduit par Soufflot lui-même, mais, à l’expiration du contrat, le bâtiment est loin d’être achevé. L’argent manque ; le Consulat n’a pas donné un sou ; il faut suspendre les travaux. Soufflot quitte Lyon pour Rome…
En 1754, la situation financière de l’Hôtel-Dieu connaissant une éclaircie, les travaux reprennent, mais la direction du chantier est déléguée à Toussaint Loyer et à Melchior Munet, lesquels élèvent le grand dôme qui doit pallier la mauvaise aération des nouvelles salles de malades situées en façade. Cette construction, achevée en 1761, déclenche aussitôt une polémique : les deux architectes ont altéré le profil dessiné par Soufflot, qui proteste. Loyer en accuse Munet, lequel aurait agi avec l’accord des recteurs, qui protestent à leur tour de leur bonne foi (*). De toute façon, l’argent manque à nouveau et, après l’installation d’un autel sous le dôme (1764), il faut définitivement arrêter les travaux en décembre 1766. La façade restera inachevée et les ailes latérales ne seront réalisées que de 1821 à 1824, pour la partie Nord, et de 1838 à 1841, pour la partie Sud. »
(Dictionnaire Historique de Lyon
éditions Stéphane Bachès - 2009, page 1242)

Ainsi, très exactement un siècle après avoir été dessinée par Soufflot, la majestueuse façade se déploie enfin sur toute sa longueur.
Des groupes sculptés (faisant partie du projet initial) ont été réalisés en 1843 par le sculpteur parisien Carl Elshoët. Ils coiffaient les deux avant-corps latéraux : au sud, Notre Dame de Pitié soutenant le Christ mourant rappelait la vocation de l’Hôtel-Dieu ; au nord, la composition était agrémentée d’un écusson aux armes de la Ville. Ces éléments qui participaient au rythme général de la façade ont malheureusement disparu au XXe siècle : le XXIe les verra-t-il renaître ? Des mains habiles pourraient sans doute y parvenir en partant des nombreux dessins et photographies existant dans les archives…
(*) Le « Grand Dôme » sera détruit en septembre 1944, après qu’un incendie s’y sera déclaré lors des combats pour la libération de Lyon. Sa reconstruction, sous la direction de l’Architecte en chef des Monuments historiques, Jean-Gabriel Mortamet, ne se fera qu’à partir de 1972. La charpente d’origine, en bois, sera remplacée par une charpente en béton. Le dôme sera reconstruit suivant le profil dessiné par Soufflot.

Pascalon ou la rupture

La Révolution française produit, entre autres évènements, une modification profonde de l’administration hospitalière. Exit les recteurs, place désormais aux Hospices Civils de Lyon (HCL) pour gérer l’ensemble des problèmes touchant à la santé. Les XIXe et XXe siècles vont voir se développer une politique du soin de plus en plus vaste et, en même temps, de plus en plus précise, avec, notamment, une spécialisation des lieux d’accueil des malades.
Les nouveaux administrateurs de l’Hôtel-Dieu s’attachent d’abord à mener à leur terme les constructions amorcées au XVIIIe siècle pour offrir des conditions décentes à des patients toujours plus nombreux. Nous entrons dans l’ère de l’hygiénisme : en favorisant la circulation de l’air et de la lumière, en soignant l’aspect visuel des cours, en séparant les malades selon le type de soin à leur apporter, l’Hôtel-Dieu participe à cette évolution et voit se succéder de grandes figures de la médecine et de la chirurgie, dont la réputation rayonne bien au-delà de Lyon : Amédée Bonnet (sa statue, dressée dans la cour Saint-Martin, accueille désormais les visiteurs près d’une nouvelle entrée monumentale aménagée rue Bellecordière), Léopold Ollier, Antonin Poncet, Léon Bérard, Marcel Mérieux, Auguste Lumière, René Leriche et beaucoup d’autres, présents aussi sur nombre de plaques de nos rues ou de nos places.
Les constructions se poursuivent après l’achat par la Ville des maisons de la rue Bourchanin qui jouxtaient l’Hôtel-Dieu. Un premier projet, signé de Perret de la Menue, architecte des HCL, prolongeait vers le Sud une exacte réplique de l’architecture de Soufflot. Son successeur, Paul Pascalon, vise, au contraire, à utiliser les matériaux, les techniques et le vocabulaire de son temps (ce que n’a pas manqué de faire aussi Albert Constantin pour l’extension actuelle, rue Bellecordière). La nouvelle façade qui se dresse rue de la Barre est encadrée de deux pavillons d’angle et présente une élévation à deux niveaux. L’espace intérieur est loué pour trente ans à l’administration des Postes, preuve que les HCL ont retenu la leçon des recteurs en matière de finances. À l’arrière, un vaste ensemble formant une nouvelle cour, la cour du Midi, est souligné d’un dôme qui dialoguera, mais seulement pour la symbolique, avec ceux des siècles précédents, le dôme des « Quatre Rangs » et le « Grand Dôme » de Soufflot.

Du Passage de l’Hôtel-Dieu à la Cour du Midi

Au XIXe siècle, la grande boucherie, créée en 1578 au Nord de l’hôpital, est considérée – à juste titre – comme incompatible avec la poursuite de soins hospitaliers. Après sa démolition, on édifie ici un passage, couvert d’une verrière et bordé de boutiques élégantes qui en font un des lieux les plus prisés de la presqu’île. Dès 1841, les commerces sont loués, assurant un revenu de 50 000 francs aux HCL. Au début du XXe siècle, la liste des baux mentionne un nombre important de bijoutiers et d’horlogers, mais aussi des graveurs, des encadreurs, des imprimeurs, des opticiens, etc. La régularisation du tracé de la rue Childebert amène cependant la démolition, en 1959, du magnifique témoin de ce type d’architecture, dont il ne reste guère, à Lyon, que le Passage de l’Argue.
Un immeuble de rapport est construit à son emplacement par l’architecte Jacques Perrin-Fayolle. La transformation actuelle de l’ensemble de l’Hôtel-Dieu, conduite par Albert Constantin et Didier Repellin, si elle ne ressuscite pas ce lieu remarquable voué à la chalandise, vise à en recréer l’ambiance en donnant à la Cour du Midi, ouverte à tous comme le sont les autres cours de l’ancien hôpital, une vocation marchande et conviviale. Sous la grande verrière nouvelle, qui laisse découvrir le dôme Pascalon, le visiteur est d’abord ébloui devant la magnificence du lieu, où l’ancien et le contemporain se marient en totale harmonie, puis tenté de poursuivre sa flânerie, en choisissant de faire ses achats ou de se restaurer, par exemple… « Autour du caviar ! ».

Un chantier hors normes

Faire renaître le Grand Hôtel-Dieu tout en respectant ses caractéristiques architecturales et en s’inscrivant dans une continuité historique, telles ont été les ambitions du projet de reconversion porté par le groupe Eiffage. Ce chantier hors normes a nécessité la mise en oeuvre de moyens exceptionnels, tant techniques qu’humains. Pilotés par une équipe d’encadrement de 50 personnes, les travaux ont mobilisé 500 compagnons en moyenne sur le site, avec un maximum de 1 000 compagnons dans les périodes les plus chargées. Au total, en phase chantier, l’opération a employé directement ou indirectement plus de 1 200 personnes. Pour Thierry Brossard, directeur de projet, « c’est la plus grande opération privée de réhabilitation d’un monument historique jamais réalisée en France »

Paroles d’architectes

« C’est véritablement l’histoire de l’Hôtel-Dieu qui a fédéré notre équipe. Cet édifice est un symbole pour la ville de Lyon, pour l’histoire de la médecine, mais aussi pour de nombreux Lyonnais. Ces données positives sont essentielles, elles sont le socle d’une mise en valeur du patrimoine et d’une ouverture sur la modernité.
Les études historiques menées ces dernières années ont apporté une plus grande connaissance de ce patrimoine, faisant de sa réhabilitation un enjeu exceptionnel. Ceci a conduit, en novembre 2011, au classement aux Monuments historiques du site de l’Hôtel-Dieu dans son intégralité, y compris la parcelle sur laquelle ont été bâtis les éléments contemporains : plus que la valeur des constructions, c’est l’entité de l’Hôtel-Dieu qui est reconnue comme Monument historique. Il nous appartient désormais de travailler conjointement l’ancien et le contemporain afin de mettre en oeuvre la « greffe intelligente » qui inscrira l’Hôtel-Dieu dans le XXIe siècle. »
Didier Repellin,
ACMH
La rue Bellecordière, vue depuis la place de l’Hôpital, avant et après les travaux qui ont permis une harmonisation de la perspective. © Yves Neyrolles
La rue Bellecordière, vue depuis la place de l’Hôpital, avant et après les travaux qui ont permis une harmonisation de la perspective. © Yves Neyrolles
« L’effervescence de l’architecte a lieu au moment des esquisses. C’est là que tout s’invente.
Cela dit, ce qui me touche aujourd’hui, c’est de voir des gens manifester leur plaisir devant ce qui a été fait.
Nous avons rendu le Grand Hôtel-Dieu (une appellation qui date du XVIe siècle) aux Lyonnais, en l’ouvrant à tous : par les sept entrées que nous avons aménagées, la redécouverte du site s’accomplit comme un jeu, en multipliant les itinéraires.
Et puis, prolongeant l’ancien usage, nous avons créé une mixité des fonctions et réanimé les rez-de-chaussée, avec l’installation de commerces très divers.
Les nouveaux édifices de la rue Bellecordière reprennent la typologie de ce que Soufflot avait élevé sur le quai Jules Courmont. Ils sont le résultat d’un minutieux travail de couture urbaine.
Je souhaite que cette intervention permette au public de comprendre profondément l’histoire de ce lieu hors du commun, ainsi que la métamorphose que nous avons opérée pour prendre en main son devenir. »
Albert Constantin,
architecte, membre de l’académie d’architecture

Soufflot monumentable ?

C’est ce que proposent les associations De Condate à Lyon Confluence (DCLC) et Sauvegarde et Embellissement de Lyon (SEL). Ce projet s’appuie sur le fait que l’hommage de notre ville au grand architecte se résume pour l’instant au nom d’une rue, très courte, donnant sur la place du Change, là où l’architecte avait reconstruit la vieille loge des changeurs. 
Si l’on se rappelle que Soufflot n’a pas été seulement architecte, mais aussi urbaniste, et qu’à ce titre, c’est lui qui a dessiné les principaux traits du Lyon moderne de son temps (il suffit, pour s’en persuader, de flâner dans ce qui, au milieu du XVIIIe siècle, fut le tout nouveau quartier Saint-Clair, entre le pied de la colline de la Croix-Rousse et la rive droite du Rhône, en amont du pont Morand), on en vient vite à la conclusion que l’homme mérite mieux, beaucoup mieux, qu’une toute petite rue dans le Vieux-Lyon ! 
Ne pas oublier non plus que, de 1739 à sa mort, en 1780, aucun projet urbanistique majeur n’avait pu être lancé dans Lyon sans l’aval de celui que la Ville avait remercié, en 1775, en lui donnant le titre de « Contrôleur Général des Bâtiments et des Embellissements de la ville de Lyon » - titre qui, depuis, n’a plus été porté par quiconque. 
Alors quel monument ? Et dans quel lieu ? 
Pascal Coupot, l’artiste pressenti pour réaliser un tel projet, part du principe que c’est depuis le XXIe siècle qu’il faut saluer ce géant du XVIIIe : « Exit, dit-il, les bustes en pierre, les stèles que peu de personnes prennent le temps de lire. Il faut un monument accessible à tous, placé dans le domaine public, et que chacun, Lyonnais ou visiteur, puisse se l’approprier grâce à une nouvelle approche patrimoniale de l’art dans la ville, intégrant les nouvelles technologies à notre disposition. » 
L’endroit « stratégique » pourrait être un espace proche de la grande façade de l’Hôtel-Dieu, permettant au passant d’établir un lien direct entre l’architecte et son oeuvre magistrale. En s’inspirant d’un modèle en bronze patiné qui lui avait été commandé par la Ville de Besançon pour honorer un de ses enfants, Jouffroy d’Abbans (également connu à Lyon pour la performance réalisée sur la Saône à bord du tout premier bateau à vapeur), Pascal Coupot se propose donc d’installer un Jacques-Germain Soufflot grandeur nature, en habit de son temps, mais muni d’un smartphone pour saisir l’oeuvre et lui-même devant son oeuvre. Josette Frolon (DCLC et SEL) suggère d’ajouter un QR code, grâce auquel les passants, également munis d’un smartphone, pourraient accéder à tout un éventail d’informations : biographie de l’architecte, réalisations emblématiques, à Lyon ou ailleurs, site historique inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, dont le Grand Hôtel-Dieu devient une sorte de fleuron, etc. 

Visites

Durant les 3 ans qui ont précédé le premier « coup de pioche », Didier Repellin a conduit 85 visites d’environ 150 personnes chacune, soit 12 750 personnes. Depuis le démarrage du chantier, il a accueilli environ 1 500 personnes par an, soit un total de 6 000 visiteurs, qui ont pu découvrir les lieux dans leur évolution - sans compter les personnes rassemblées pour des visites en privé s’adressant à tous types de profils. Au total, ce seront près de 21 000 personnes qui auront découvert, ou redécouvert, le Grand Hôtel-Dieu. Le résultat est que c’est le seul projet à Lyon qui, depuis des décennies, n’ait pas eu un seul recours ! 
La réalisation de ce dossier doit la plupart de son contenu à l’ouvrage Le Grand Hôtel-Dieu de Lyon de Frédérique Malotaux et Ombline d’Aboville, illustré principalement par Ferrante Ferranti, et dont nous ne pouvons que recommander la lecture intégrale (Éditions Libel, décembre 2016). 
Photos du dossier : Yves Neyrolles.


L’hôtel-dieu : reconquérir les Lyonnais !

(extrait du Journal n°136, juin 2011)


L’hôtel-dieu, une actualité brulante

(extrait du Journal n°135, novembre 2010)


Hôtel-Dieu,  cœur de Lyon et des Lyonnais !

(extrait du Journal n°134, juillet 2010)


La chapelle de l’hôtel Dieu

(extrait du Journal  n°132, juin 2009)


Projet de restauration de la chapelle de l’Hôtel Dieu

(extrait du Journal n°130, novembre 2008)