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La chronique du Père Craquelin


par Gérard Truchet

Gérard Truchet est président des « Amis de Lyon et Guignol » et sa truculence est connue de tous les lyonnais. C’est donc une aubaine pour la RVL de pouvoir accueillir dans les rubriques de son Journal ses commentaires hauts en couleurs de l’actualité lyonnaise. Encore faut-il comprendre le parler lyonnais !

Vous avez dit “Punaise” ?

(Journal RVL n° 153, novembre 2019) 

L’autre tantôt, du depuis la gare Saint-Paul, je voulais enquiller la rue Juiverie… mais mes pôvres gones, une fois arrivé au début du commencement de la rue, j’en suis resté tout couâne. Sur le coup, aque tous ces pavés encuchonnés, je me suis cru reviendu en 68 !
Pis, je me suis rebriqué, ça doit être le Gégé, le Bailli quoi, que commence à graboter les en-dessous pour faire passer la cintième ligne du métro, ou alors c’est peut-être le Philippe, ce gone que requinquille les pendules et les reloges détrancanées. Pour moi, un de ses rouages se sera ensauvé par la porte ouverte de son pas-de-porte et se sera glissé entremi deux pavés et, comme de bien s’accorde, le Philou le recherche…
Mais, à côté d’un trou, gn’avait un grand-gognand aque un casque sus le coqueluchon que fesait rien : aussi, je me suis pensé que ça devait être un chef…
« Faites excuse si je vous demande pardon mais quoi que c’est-y que vous brocantez?
 - On creuse pour changer les fils élecquetriques.
 - Bien aimâble mon gone. »
Une façon comme une autre de me mettre au courant… et vous aussi ! Toujours est-y, c’te rue Juiverie, c’est un peu ma jeûnesse. Quand j’étais mami, je retrouvais mon cousin le Guste que restait aque son pipa et sa miman dans une cadole qu’était montée du Change. Quand on fesait pas virer nos fiardes, on jouait aux gobilles ou bien on fesait les tarabâtes. On couratait par les traboules ou par les montées d’escayers. On fesait des parties de cache-cache. Pour ce capier, on connaissait tous les coins et les recoins que fesaient encore bien d’abonde.
Pis entre deux cambuses, gn’avait la ruelle Punaise. Là, on peut bien y dire, on s’en payait une tranche, les gones ! Des fois, on fichait la traquette aux filles. On les fesait grimpiller d’un côté et de l’autre, on ensauvageait un miron que débaroulait la pente à fond les manettes, les ireilles à l’arrière et la queue raide comme la justice. Elles quinchaient et nous, on se gondivelait les boyes. L’hiver, quand le parterre était gelé ou que la neige était venue le blanchir, c’te rue, pas plus large qu’une allée d’immeûble, nous servait à faire de glissades. Nos souyers et nos fonds de culotte en prenaient un coup… et en rentrant, on se ramassait un ratichon de première.
Gnia quèques temps, dans l’ajournâble, j’ai arenuclé un article sus la ruelle Punaise. Du monde que cherchaient à savoir à qui appartenait ce passage. Va-t-en don trouver le propriétaire ! Gnia ben longtemps qu’y chique les dents de lion par la racine. Toujours est-y, j’ai grabotté dans mes reliques et j’ai retrouvé un plan de Lyon que remonte à quinze cent cinquante, c’est ben vieux… vous n’étiez pas né pour sûr ! Et ben dessus, le gone qu’a fait l’ouvrage, a pris grand soin de représenter la ruelle Punaise. Alors, ça remonte à loin tout ça. Ce qui me marpaille le coqueluchon, c’est plutôt ce nom de Punaise. Chez nous, la punaise, ça n’existe pas, on connait c’te bête que sous le nom de bardane. Alors pourquoi punaise ? Enfin, de toute façon, de nos jours on ne peut s’en servir, ni de par les en-haut et ni de par les en-bas en fesant le tour par la Saint-Barthe : j’ai vu qu’y z’avaient mis de grandes portes en fer…
« Le temps passe, toi aussi, et demain sera pas long à devenir hier. » Reusement, y reste les souvenirs… ●


Les 250 ans au Laurent Mourguet

(Journal RVL n° 152, juin 2019) 

Pour une chenuse çarimonie, ça ben été une chenuse çarimonie que celle-là même au pipa Mourguet, avenue du Doyenné, franc par devant la ficelle de Saint-Jean. Un bon cuchon de monde avait fait le veyage pour fêter, le 3 mars darnier, le 250e anniversaire du créateur de Guignol. Comme le Laurent Mourguet avait poussé sa parmière quinchée le 3 mars 1769, faites le compte, ça tombait rique-raque le jour même. Ce sont les Amis de Lyon et de Guignol qu’avaient maginé et mis sur piottes ces festivités. Vous y avez pas rien su, bien sûr, mes pôvres gones. Les ajournaux, la télé et tout le tremblement et son train n’en ont pas rien causé. C’est pas tendance ! Pour qu’on intéresse un tant soit peu la presse faut montrer ses fesses, escoffier son voisin ou petafiner les devantures… mais user d’encre ou de colle de bavard pour Guignol, ça serait dommage !
Nous autres les Craquelin, que payons restâ notre cotisation, avaient été invités. Comme on sera pas là pour les 300 ans, alorsses aque ma Glaudia on s’était relingé en propre. Ah ! que oui, le Laurent Mourguet a été bien honoré. Faut dire, que gn’avait de z’allégumes à regonfle : le dépoté le Thomas Rudigoz qu’avait laissé la Chambre pour se mettre à l’air, le JeanDominique Durand le m’sieu l’adjoint au Patrimoine que représentait m’sieu le Bailli, le Gérard Collomb quoi, que fesait censément la bobe à l’extérieur pour garder l’intérieur de la mairerie centrale. Eh, ben z’enfants, y z’y sont tous allés de leur patrigot. Du cousu main par exemple, par rien de l’emporte pièce, ah que non, tout plein canant ! Durant ce temps-là, Béatrice Gailliout, la mame la Maire du cintième, le Loïc Graber le m’sieu l’adjoint, pour de vrai, à la Culture, la Rosanne Vicard l’arrièrepetite-fille au pipa Mourguet, les marionnettistes et pis nous, pique-plante, écoutions tout ça qu’y se disait. Chaque fois qu’y en avait un que finissait de bajafler, on applaudissait. Bien sûr que le parsident des Amis de Lyon et de Guignol a japillé aussi tout ça qu’y fallait pour mettre en honneur le pipa Mourguet et Guignol. C’est que Guignol, c’est ce gone qu’a su trabouler plus de vingt décennies en conservant sa verve et sa générosité de coeur ! Guignol, c’est le patrimoine lyonnais à lui tout seul.
De par après les discours y z’ont tous mis en beau devant du monument de gerbes de fleurs enrubannées de bleu-blancrouge. Enfin, Guignol, aque son sarsifi dans l’air, le père Gnafron, avèque son bugne aplati, et la Madelon toute mistifrisée sont apparus et sont allés aussi de leur patrigot. C’était la compagnie Papallamano qu’avait maginé l’espectacle. Ah ! mes cadets, pour sûr qu’on a tapé des mains tant c’était bien. Du depuis l’en-haut de son monument le Laurent Mourguet veillait, et d’arreluquer tout ce sicotis, y devait en être tout benoni. A un miment, aque ma Glaudia on a même cru qu’une larme coulait de son quinquet, franc comme une perle de rosée tombe d’un pétale de rose.
Tout par un coup, tous les ceusses du comité des Amis de Lyon et de Guignol ont sorti à la six quatre deux, les verres, les pots, les gratons et le soce. Et on a trinqué et retrinqué à la santé de Laurent Mourguet, de son 250e anniversaire… et de Guignol !
C’était sans tra-la-la, à la lyonnaise, et sentimenteux comme tout.


Quand ça tire la ficelle !

(Journal RVL n° 151, novembre 2018) 

La repose de la ficelle de Fourvière, le 04/04/18,  après 6 mois de travaux de maintenace © Yves Neyrolles
La repose de la ficelle de Fourvière, le 04/04/18,  après 6 mois de travaux de maintenace © Yves Neyrolles
Ma Glaudia n’a-t-elle pas pris le vertingo qu’on aille en plein mois d’août se bambaner de collagne dans le Vieux-Lyon pour monter à Forvière ?
Ben mami ! Vous qui avez dans le quarquier votre souillarde et votre bardanier à l’année, je sais pas comment que vous faites pour vous décaniller de votre allée et vous ensauver de votre rue.
C’est pas croyâble ce cuchon de monde que va dans un sens en croisant çui que vient dans l’autre.
Nous autres, les Craquelin, on a enquillé la rue Saint Jean, car ma fenotte voulait relicher les vitrines ! Eh ben ça été vite fait ! On s’est retrouvé à l’autre bout de la rue en deux coups de cueillère à pot. On aurait seulement voulu rembourser chemin qu’on aurait pas pu. Entre les ceusses que sucent des glaces aque des couleurs baaah !, les autres que boulottent des frites (c’est encore bien yonnais, bande de couânes) à trois heures du tantôt, les ceusses que sortent des traboules pendant que d’autres y entrent, les ceusses que se font postographier pendant que les autres savent pas ousqu’y vont, on en avait le coqueluchon tout bouligué.
Enfin passons, nous velà rendus au pied de la ficelle.Au fait, vous avez ben su qu’y nous l’ont toute décochonnée, toute repeinturlurée et toute rehuilée ? Oui ? Ah ben, tant mieux… En janvier aque une grue plus haute que la tour de la Part-Dieu, y nous l’ont soulevée comme nous on retourne un matefaim dans la casse, et tout ça par-dessus la rue des Trois-Massacres.
De par après, y z’y ont tout chargé sus la remorque d’un camion grand comme un jour sans pain, et en route pour le Dauphiné ! Oui, pace que ce sont les magnauds que nous l’ont toute dépontelée. Trois mois plus tard y nous l’on rendue quasi comme neuve. Bien sûr qu’on a payé, et pis gros encore, des miyions à regonfle que je peux seulement pas vous y écrire…
Bref, à notre tour on s’est retrouvé pique-plante de par devant une des portes que glisse. Et hop ! on a grimpé. Mais là, par Sainte-Marie des Terreaux, quand on a apinché les sièges ousqu’on allait poser notre fondement, j’ai bien cru qu’on tombait en sixcope. C’est-y pas Dieu posse, comme le monde n’ont point d’idée. Une ficelle que date manquâblement de 1900, y z’ont pas été mettre des bancs en matière plastique, blanche comme un claqueret ? On pouvait don pas les faire en bois d’arbre verni pour rester dans le ton ? À côté de ça, on vous canule l’entendement que dans le quarquier tout est classé au patrimoine mondial. Et le mobiyer, on en fait quoi ? On le met dans la rubrique des horreurs ? Tenez, c’est comme si chez vous vous aviez une salle à manger d’un Louis ou d’un Henri quéconque et que vous y mettiez autour de la table des chaises en formica. Bande de caquenanos ! On nous dira que gn’avait plus de pécuniaux…
Comme quoi, au Sytral, ça tire aussi la ficelle !

Et l'horloge est toujours arrête !

(Journal RVL n° 150, juin 2018)

En février nous sont descendus, ma Glaudia et moi, en ville pour rendre vesite à la Zine, notre cousine, que reste en  rue Ferrachat. Ma fenotte avait fait de bugnes à l’éperon à s’en mettre à cacaboson. Tout plan-plan, on s’est amené par la passerelle du Palais, là, ouqu’au bout y a une homme pique-plante sans rien sur lui et qu’en tient un autre sus ses agotiaux. Sûrement un noyé sorti d’en Saône que le sauveur a retiré tout en perdant son caneçon.

Tout le tantôt, aque la Zine on a refait le monde et quand on a eu fini, il allait toujours de bizangoin. La bouteille de mousseux vidée, on a pris du souci et on s’est rentourné par la rue du Boeuf. Arrivés place  du Petit-Collège, là, franc de par devant la grande porte du  musée… enfin du, je devrais plutôt bajafler des, pisque c’est comme ça qu’on l’appelle à présent. Arremarquez, ça vient encore de changer… matenant y faut dire le MHL ou le MAM. Qu’est-ce qu’on aime se marpailler le coqueluchon pour arreluquer la même chose dans les vitrines. Enfin, les ceusses qu’ont maginé ça ont l’impression d’aller de l’avant !

Mais revenons à notre grande porte… Là, mes belins, on en est resté, ma canante et moi son homme, tout benoni. Car du depuis le temps qu’on nous en cause, qu’on doit nous l’appondre contre le mur du musée, eh ben, la grande horloge à Guignol du père Charvet : elle-n’y-est toujours pas ! 

Elle trône, encore et encore, en rue de la Poulaillerie, toute détrancanée, contre un mur, ousque la ville est obligée de payer une location pour qu’elle y reste. Faut ben être couenne quand même ! car, avèque ce cuchon de pécuniaux que sont déprofités, y a ben longtemps que les travaux de déplacement seraient payés rubis sur l’ongle et qu’elle embellirait un coin de notre Vieux-Lyon. Mais va te faire fiche. Àcroire que nos responsables irresponsables, fervents défenseurs de notre patrimoine, attendent comme des fourachaux qu’elle finisse par se petafiner pour de bon et aille… aux équevilles. Tas de babians !
Quand on pense, les gones, que c’t’affaire remonte à 2005. Y en a t’y eu de l’eau qu’a filé sous le pont de l’Homme de la Roche ! 13 années qu’on en cause et toujours rien de fait… Si nos canuts avaient mené leurs méquiers aque la même rapidité, la soierie lyonnaise aurait ben eu vite fait de faire patacul ! Mais bien sûr, d’ici que le dossier traboule d’un service à un autre service, d’un bâtiment municipal à un bâtiment national et qu’en traboulant y vienne qu’à s’abouser comme un vieux matefaim qu’a fait la montre, d’ici qu’on trouve un gone esprité que nous le remettre dans la bonne direction y en a ben pour un miment.
Enfin, espérons qu’à nos âges, nous, les Craquelin, arriverons à la reluquer dans le Vieux-Lyon avant qu’on parte chiquer les dents de lion par la racine.
En attendant, mon pôvre Guignol, ton horloge est toujours arrête !
Allez, à la revoyure.

Amphitrite revient. Vous avez dit Amphitrite ?

(Journal RVL n° 149, novembre 2017)

Dimanche darnier, aque la Glaudia, on s’est décanillé à bonne heure de notre cadole pour un petit viron. Comme le vaganay nous chauffait moins les clinquettes et le coqueluchon, on s’est mis en dimanche et nous v’là parti… En avant marche !… pour rester dans l’air du temps. Tout plan-plan, par la Grand’Côte, on est descendu à Lyon et on s’est lentibardané de collagne jusqu’aux Terreaux. Mais, mes pôvres gones, on se reconnaissait pas, de la place y a plus rien ! Enfin, manière de causer, pace que les poteaux en pierre du Buren y sont ben toujours debout… Nous, on les mettrait plus facilement à plat comme les cadettes, pour se poser le darnier dessus et pour ce qui est des pisserrottes, mis à part le jour de l’inauguration, des patrigots, des allégumes et des petits-fours, y a ben un paillon qu’elles pisserottent plus. Quant à la fontaine au pipa Bartholdi, ça doit ben faire matenant û n’an et demi qu’elle est toute dépontelée. 
Y l’ont même mise en cage… Arremarquez, ça n’a pas empêché les chevaux de s’abader. Tout est détrancané. À ce qu’on nous a dit, c’est tout parti en camion dans le grand nord, vers Paris, pour que les chevaux et la maman que tient les rênes se requinquillent un tant soit peu. À force de rester pique-plante sans décesser à l’humidité, le plomb a pris du plomb dans l’aile, rien n’était plus d’aplomb. Quand on pense au mal que l’eau peut faire, ça nous encourage pas à nous benouiller le corgnolon avèque, pas vrai ? Plutôt que de devenir tout potringue, vaut mieux laisser ce liquide aux grenouilles.
Enfin, faut pas gongonner, gnia déjà de morceaux que commencent à retrabouler de par chez nous… Mais ça revient à cha-peu. C’est pâtichon à faire, recta et droit comme une bugne.
Quand j’étais petit gone, je vous parle ben de vieux, on m’a toujours débobiné que c’te grande estatue avait été faite pour les ceusses de Bordeaux, et pis le jour où gnia fallu sortir les pécuniaux, y z’en ont plus voulu. Par contre y z’en ont fait faire une autre et quasi la même… C’est ben de saprés fourachaux, ces Bordelais ! Alorsses, notre maire, le Toâne Gailleton, que n’aimait pas déprofiter les escalins, l’a quand même achetée. Cent mille francs or ! Ç’en fait ben des pots de Beaujolais, pas ? Toujours est-y, certains vous bajaflaient qu’elle représentait la Garonne tirée par ses quatre affluents vers la mer, ou bien la Garonne sur un char triomphal, d’autres que c’était une rivière tirée par quatre chevaux marins… Ça nous suffisait pour assavoir qui elle était. Mais alorsses, que la maman aux posses bien chenuses et aux tétons en pointe de fiarde s’appelait Amphitrite, eh ben ça, j’y savais pas !
Que vient don faire ici c’te poutrône ? La fille à Neptune ? Ma foi, je laisse les grands savants à leurs savantes pensées… Y z’en savent toujours plus que nous.
En tout cas, gnia tout juste 125 ans, le 22 septembre, qu’on inaugurait, en grandes pompes (manière de causer) la fontaine des Terreaux. Le temps passe, toi aussi. Et demain sera pas long à devenir hier… Alorsses, attendons que les 21 tonnes de notre canante estatue retrouvent la place entre Rhône et Saône pour que l’on puisse renucler sa nouvelle jeunesse.
Au fait, y a quoi de prévu ? Y nous la remettent au même endroit ou y nous la rebouliguent dans le fond ? On vous laisse le soin de trafuser tout ça dans votre coqueluchon. Quant à la Glaudia et moi, on a remboursé chemin en prenant le 6, c’est encore bien champêtre.
Je vous fais cinq sous.


Tony Tape du cul !

(Journal RVL n° 148, juin 2017)

Oui mes cadets, j’y sais, dans le darnier numéro de la RVL, j’y étais pas, mais c’était à l’esqueprès, à cause des septante ans de l’association. Du coup c’est pas rien la peine de vous marcourer le menillon, je vous ai pas rien caqué du poivre, je suis encore bien campé sus mes fumerons. Du reste me revelà aque mon patrigot ! Surtout que j’aie une chenuse nouvelle à vous débobiner. Une nouvelle à vous ravicoler un gone en moins de temps qu’y faut pour le dire.
Figurez-vous qu’après s’être ensauvé pendant des mois durant, il a enfin retrouvé sa place à l’Hôtel de Ville. Non ! pas rien le Bailli, pensez-voir, lui le soir y quitte son fauteuil pour s’agrober le darnier dedans le lendemain matin. Non, çui dont je vous cause, c’est le Tony… Vous savez ben le Tony ? Le Tony Tape du cul ! Vous le connaissez pas ? Faut ben être bugne… 
Le Tony Tape du Cul, c’est manquablement le marteau de l’Hôtel de Ville. Çui que reste appondu par les agotiaux à la grande porte et qu’on sigrolait dans les autrefois pour demander qu’on nous ouvre le battant. Ça remonte ben à loin… Avant lui, y avait rien. On chapotait et un grand gognand de l’autre côté levait le loquet. Mais, gnia des fois qu’on vous ouvrait et pis des fois vous restiez dihiors à compter les clous de la porte. 
Ainsi, du temps ousque les canuts gongonnaient attenant sus les tarifs, y z’avaient décidé à la piquette du jour de débarouler la Grand-Côte pour tacher moyen de rencontrer le Prévost. Mais va te faire fiche, aque le sicoti que fesait le cuchon de canuts sus la place et les ceusses qu’étaient sus les escayers à vouloir entrer, le Prévost s’était donné peur et n’avait seulement pas voulu entrebâiller la porte.
Voyant ça, un canut, le Tony Thomachot, qu’avait des commodes mieux que celles-là d’un jouteur de Saint-Georges, des épaules larges comme la porte de Saint-Just et un fondement que le gone aurait pas pu prendre un bain de siège en Saône, avait pris son élan et crac ! en un coup de darnier avait fait peter les deux battants. Quand une fois que tout ça qu’était sus la place s’était retrouvé encuchonné de par dedans, le Prévost a tout juste eu le temps de grimper sus une chaise comme une maman que viendrait d’arreluquer une souris. Y z’ont bajaflé tant que dure dure et, après leur avoir promis ça qu’y voulaient, les canuts ont renquillé la Grand-Côte et se sont remis à leur méquier. Du depuis, y z’attendent toujours qu’on applique ça qu’on leur avait promis ! D’ailleurs, c’est toujours du pareil au même… Nos futurs élus vous achatissent aque de paroles mieux dorées que les murs du grand salon de l’Hôtel de ville et pis, une fois qu’y z’ont eu leurs voix, y courattent d’un côté et d’un autre, déprofitent nos pécuniaux et nous, on attend que ça vienne mais ça vient jamais. Vous connaissez bien la chanson !
Toujours est-y, pour immortaliser cette victoire des canuts, on a coulé en vrai bronze véritable le Tony que poquait tout ça qu’y voulait aque son darnier. Matenant, ce qui est sûr, y risque plus de s’ensauver, le Bailli a fait installer une grille en fer forgé mieux que celles-là au parc pour pas que le crocrodrille s’escanne.
En vous bambanant sus la place des Terreaux et en attendant le retour des chevaux, allez don saluer le Tony y sera tout bouâme d’avoir de la vesite et vous, vous connaîtrez quèque chose de plus !

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