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Des pierres et des hommes


Par Maryannick Lavigne-Louis

Depuis 2009, Maryannick Lavigne-Louis, qui fut responsable du Préinventaire du Rhône (Conservation du Patrimoine actuellement), nous fait bénéficier de sa grande connaissance du patrimoine du Vieux-Lyon. Dans chacun de nos journaux, elle assure une rubrique « Des pierres et des hommes » qui traite d’un lieu remarquable et de ceux qui y vécurent.  Une mine de renseignements ! 

4 rue Juiverie, le faux hôtel Paterin

(Journal RVL n° 152, juin 2019) 

Les choses sont claires : il n’y a jamais eu d’hôtel Paterin. La légende est apparue, de façon incompréhensible, au milieu du XIXe siècle, et elle s’est maintenue jusqu’à nos jours, en dépit de dénégations d’historiens sérieux. Grâce au précieux fonds Pointet, il apparaît qu’aucun Paterin n’a habité cette très belle maison, où se sont succédé des personnalités lyonnaises prestigieuses, des échevins et des trésoriers de France : Guillaume Bullioud et ses héritiers (1439- 1546), François Grollier puis son fils Antoine, qui fut très proche d’Henri IV (d’où le très beau buste du roi ornant la maison) au point, autre légende, qu’il serait mort de saisissement en apprenant son assassinat, en mai 1610 (en fait, Antoine Grollier était déjà défunt le 5 juillet 1607) ; Claude Poculot, à partir de 1610, et enfin la famille Clapeyron, au XVIIIe siècle.

Mais ce Paterin, qui est-il ? Il s’agit de Claude Paterin (ou Patarin, Lyon, vers 1475 - Dijon, 20 novembre 1551), dernier représentant d’une lignée de juristes (Jean, puis Laurent), lesquels ont participé au XIVe siècle à l’élévation de la ville de Lyon face à la suprématie de l’Église. Surnommé le Père du peuple, Claude a été premier président au parlement de Bourgogne et chargé de missions délicates par Louis XII. Il a été notamment vice-chancelier du duché de Milan, ce qui a fait que d’autres historiens ont pensé qu’il avait construit le château de Milan, actuellement disparu, qui se trouvait montée Saint-Barthélemy, entre la montée de Confort, appelée actuellement montée des Carmes-Déchaussés, et l’impasse Montafelon (disparue). Il n’en est rien, car ce château, dont l’origine du nom, relativement récente, reste inconnue, a été reconstruit au milieu du XVIe siècle, après le regroupement de deux habitations, par Guillaume Gelas, échevin en 1552 et 1558.
Les Paterin, magistrats, s’étaient constitué un beau patrimoine autour du palais de Roanne, à proximité du cloître Saint-Jean : on les trouve, en effet, aux XVe et XVIe siècles, « possessionnés » (autrement dit, propriétaires) aux 64, 52, 33, 22 et 5 rue Saint-Jean. Laurent Paterin avait acheté une maison à l’angle de la rue Saint-Jean et de la petite ruette de Saint-Alban. Il y habite et la fait reconstruire en 1493. Son fils Claude en hérite et la fait rénover entre 1516 et 1535. Le pâté de maisons a été démoli en 1833 pour laisser la place au palais de justice de Baltard.
Il ne reste donc aucun vestige tangible de Claude Paterin. Et pourtant, il faut qu’il ait laissé un souvenir tenace dans les esprits pour qu’on lui attribue une des plus belles maisons du Vieux Lyon !


La maison du Chamarier, 37 rue Saint-Jean : une belle endormie

(Journal RVL n° 151, novembre 2018) 

L’historique de la maison du Chamarier n’est plus à faire. Étudiée en profondeur par les historiens et les archéologues en 1986 -1990 et en 2000 pour la Ville de Lyon, propriétaire, on sait qu’elle est magnifique, tant sur rue que sur cour, avec son appareillage en pierre de taille et des éléments décoratifs sculptés exceptionnels.
Cette magnificence est attribuée en partie à François d’Estaing. Descendant d’une antique famille du Rouergue et de l’Auvergne, celui-ci est né en 1462 au château de la Salle, près de Pradesd’Aubrac. Il n’arrive pas à Lyon par hasard : son oncle, Jean-Pierre d’Estaing, est chanoine du chapitre de Lyon à partir de 1446, puis chamarier de 1480 à 1494, date à laquelle il devient gouverneur du comté de Rodez, laissant le 21 juin 1496 la place de chamarier à son neveu François, qui était chanoine-comte de Lyon depuis le 10 septembre 1489.
Si ce dernier entreprend immédiatement de faire reconstruire l’hôtel, qui se trouvait en très mauvais état, il n’a pas le loisir d’en profiter longtemps, puisqu’il est élu évêque de Rodez par le chapitre, en 1501. En 1510, il entreprend la reconstruction du clocher de la cathédrale de son évêché, détruit par un incendie. Dans le même temps (1492 – 1504), il est abbé de Saint Chaffre du Monastier, dont il restaure l’église. Homme prestigieux, mais de caractère modeste, il est un grand bâtisseur, fervent du gothique flamboyant, comme on peut le voir sur les façades de la maison lyonnaise.
Les décors Renaissance de la cour de la maison du chamarier, notamment le puits et son lavabo particulièrement remarquables, qui sont attribués à Philibert de l’Orme, sont à mettre, eux, sur le compte de Charles d’Estaing, neveu de François, devenu chanoine de Lyon en 1504, puis chamarier en 1531 ; il est décédé en 1544. Féru de musique et fin lettré ami de Symphorien Champier, il peut très bien avoir contacté le jeune architecte de retour de Rome en 1536.
Autre personnage notable au niveau historique : Charles de Châteauneuf de Rochebonne, chanoine- comte en 1630, prévôt de Fourvière et chamarier. Son nom passera à la postérité pour avoir logé, par deux fois, Madame de Sévigné, mère de sa belle-sœur, Madame de Grignan, tandis que celle-la se rendait en Provence, le 25 juillet 1672, et qu’elle en revenait, le 10 octobre 1673 : la marquise en témoigne dans des lettres à sa fille.
Le cloître de Saint-Jean a été progressivement démembré au cours du XVIIIe siècle et le chamarier a perdu de son importance. Devenue bien national en 1790, « la maison du chamarier » tombe plus ou moins dans l’oubli et dans le délabrement jusqu’à son classement comme Monument Historique, le 15 septembre 1943. À part la pâtisserie du rez-de-chaussée qui l’anime (créée par Paul Maillet un peu avant 1856), elle est inoccupée depuis 1987. Une campagne de restauration a été lancée en 2004 sous la direction chevronnée de Didier Repellin. Depuis 2016, divers projets d’affectation sont envisagés et sont en attente de réalisation.


14 rue du Boeuf : le premier atelier monétaire de Lyon

(Journal RVL n° 150, juin 2018)

En 1413, Charles VI ordonna le transfert de la monnaie de Mâcon à Lyon. Le premier atelier monétaire a été installé à l’emplacement des actuels 12 et 14 rue du Boeuf et s’y est maintenu pendant pratiquement deux siècles, si bien que la rue Tramassac (ancien nom de la rue du Boeuf) a parfois été appelée rue de la Monnaie. Les plus grands orfèvres lyonnais de cette époque s’y sont en effet côtoyés, succédé et y ont travaillé : Jacquet (ou Jacquemin) de Lyon, Henri de Florence, Nicolas de Florence, son fils, époux de Guillemette Lepère, Jean et Claude de Montpancier et, enfin, Jean de Mouceaulx et son épouse, Denise de Montpancier.
Mais la concurrence est arrivée après l’ouverture, en 1521, par Claude Besson (d’une famille d’orfèvres, garde de la Monnaie de Lyon), d’un nouvel atelier monétaire créé dans la rue Besson, devenue rue de la Monnaie, puis rue Vieille-Monnaie. Au XVIe siècle, les bâtiments du n° 14 rue du Boeuf devaient être vétustes : à la fin du XVe siècle, un petit jeu de paume, à l’enseigne de La Fleur de Lys, avait été construit dans la cour. C’est probablement à Guillaume Lempereur, procureur ès cour de Lyon, que l’on peut attribuer l’actuel bâtiment sur rue et sa porte d’allée : il reconnaît, en 1587 « une grande maison HMB (1) en deux corps, jeu de paulme entre les deux, jardin estant au costé de la montagne », maison qu’il ne semble pas avoir gardée longtemps. 

Les Croppet de Varissan et la légende
On relève ensuite le nom d’Alix Dallier, dame de Varissan. Elle est décédée entre 1620 et 1623 après avoir donné ses biens à ses petitsenfants, Jean Croppet, et son frère Justinien. Justinien s’est installé au 42 rue Saint-Jean, Jean a habité au 14 rue du Boeuf, immeuble qui s’est ensuite transmis par héritages et mariages successifs à Marguerite Croppet, Pierre Dugas (qui y est né le 11 juillet 1701), puis Étienne Dugas, qui a vendu en 1786. Mais les Dugas (Laurent, Pierre et Etienne) ont vécu dans la presqu’île, paroisse de Saint-Nizier. Depuis des lustres, il est écrit et répété que le 14 rue du Boeuf a été, au moins depuis le XVIe siècle, la demeure de la famille Croppet. 

En réalité, les Croppet ont d’abord résidé rue Saint-Jean (2) : vers 1528 Jacques Croppet a reçu en héritage de son beau-père, Jean Neyret, l’ancienne auberge de la Croix- d’or située à l’emplacement des actuels 60 rue Saint-Jean et 29 rue du Boeuf. Les deux aînés de Jacques, Jean et André Croppet, se sont illustrés, le 30 avril 1562, en soustrayant au pillage des protestants de précieuses reliques. Le 11 juillet 1572, la veuve de Jean Croppet a rendu au Chapitre « un doigt de saint Étienne, et un os du bras de saint Vincent ». De là est née la légende du puits du 14 rue du Boeuf dans lequel les reliques et des archives du Chapitre auraient été cachées, ce qui aurait valu à la famille des faveurs particulières de la part de l’Église de Lyon (3), dont la construction de l’obélisque du puits. 

Cette histoire embellie pourrait bien avoir été entretenue par les Croppet eux-mêmes et tout particulièrement par Jean Croppet, héritier du 14 rue du Boeuf, qu’il a possédé de 1623 jusqu’à son décès, en 1684. Dans la nommée de 1633, il reconnaît : « maison HMB en deux corps deux cours et ung petit jardin sur le dernier ». Le jeu de paume a disparu et les bâtiments sur la première cour ont été réunis côté sud par d’élégantes galeries à serliennes (4) et une tour d’escalier que l’on peut rapprocher de la tour rose voisine (n°16) ; à l’angle Est de la galerie se dressait le « fameux puits », couvert d’un obélisque, comme en atteste le beau dessin publié par Pierre Martin (Recherches sur l’architecture, la sculpture, la peinture, la menuiserie, la ferronnerie, etc., dans les maisons du Moyen-âge et de la Renaissance à Lyon, Paris, 1855) (fig. ci-contre).
Les façades n’ont pas changé, mais le puits a disparu, entre 1855 et 1884. Il se peut que Jean Croppet ait fait réaliser ces travaux à l’occasion de son mariage, vers 1632, à Montbrison, avec sa cousine Marie Croppet. En outre, on sait qu’il avait fait appel à de grands sculpteurs lyonnais contemporains pour orner sa cour : un Bacchus de Jacques Mimerel, et une Flore de Martin Hendricy. 

1 • HMB : haut, moyen, bas d’une maison. 
2 • Les Croppet, très nombreux, ont en quelque sorte « joué au monopoly » du XVIe au XVIIIe siècle entre les rues Saint-Jean, du Boeuf et place Neuve Saint-Jean. 
3 • Le Chapitre leur avait accordé le droit de sonner la grosse cloche de Saint-Jean au décès de l’un des leurs et de « faire dresser un choeur de bois dans l’église Sainte-Croix ». 
4 • Sur le modèle de Sébastiano Serlio.


Pierre Sala et sa thébaïde de l’Antiquaille

(Journal RVL n° 149, novembre 2017)

Pierre Sala, fils d’Amédée (marchand- changeur, conseiller en 1443, maître des métiers des changeurs en 1437, 1442, consul de 1456 à 1461) est né un peu avant 1457 (année du décès de sa mère Olive, inhumée le 5 août dans l’église Saint-Paul). Il meurt au cours de l’année 1529. Homme de cour fortuné, il est successivement valet de chambre des rois Charles VIII et Louis XII, qu’il suit en Italie, puis, écuyer, se retire complètement à Lyon et se consacre à la littérature.
Le portrait ci-contre publié à la fin de son manuscrit Petit Livre d’amour, ou Emblesmes et Devises d’Amour (British Library, Londres), est attribué à son ami et contemporain le peintre Jean Perreal. Pierre a une fille, Éléonore, née d’un premier mariage, épouse d’Hector Buatier, notaire et secrétaire du roi. Hector est lui-même fils de Marguerite Bullioud, que Pierre Sala épouse en secondes noces.
La famille Sala possède de nombreux biens immobiliers tant à Lyon que dans le Plat Pays. Cependant, Pierre loge avec son demi-frère Jean, fils d’un second mariage d’Amédée. Jean est écuyer, capitaine et conseiller de la Ville. Ils habitent « une grand maison, haulte moyenne et basse, en laquelle est l’enseigne de l’Aigle, en la rue de la Boucherie traversant en la ruelle de l’Ange », à proximité de l’église Saint-Paul, où ils accueillent également, comme locataires, des marchands lucquois.
Désireux d’écrire dans le calme et la sérénité, Pierre Sala a souhaité pouvoir s’isoler dans un lieu agréable, doté d’une vue remarquable : dans les nommées qui commencent en 1493, il reconnait « une vigne, acquise des frères Berjon où y a fait l’Anticaille estimée cinq hommées de vigne et la maison 20 livres » (Archives municipales, CC 12). Progressivement, il acquiert d’autres terrains pour agrandir sa propriété et l’améliorer. Après sa mort, Marguerite Bullioud, sa veuve, reconnaît « la maison de l’Anticaille sumptueusement bastie, estant et frappant sur le chemyn allant de Saint- Barthélemy à Fourvière et à Saint-Just, devers matin, avec grand jardin dernier et vingt hommées de vigne, tout en ung tènement, estimé 110 livres » (Archives municipales, CC 22). 
Cette maison est plaisante comme on peut le voir ci-dessus, avec l’enluminure qui illustre son ouvrage La complainte au dieu d’Amour : rendant hommage à sa chère Marguerite Bullioud, il est représenté à sa fenêtre tandis qu’un amour armé de sa flèche vient le titiller (Vienne, bibliothèque nationale d’Autriche ; enluminure réalisée en 1522 par Guillaume II Leroy). Cependant ce n’est pas une maison d’habitation, comme il le souligne luimême : « Montet en ce lieu là que l’on dit l’Anticaille / Et me tenoye là, quoy que le lieu peu vaille / Car, quy n’y a victuaille, tout y fault jusqu’à l’eau / Mais aultrement, sans faulte, le regard y est beau » (Les Prouesses [ou Hardiesses] de plusieurs roys, dédiées au roy François Ier, Bibliothèque nationale de France). Il semblerait donc que ce ne soit pas lui qui ait attribué ce nom. 
La maison, flanquée de deux ailes en pavillon, prenait appui sur des arcades, dont l’ancienneté romaine a été confirmée récemment par le Service archéologique de la Ville de Lyon. Pierre Sala aurait rassemblé quantités de vestiges romains lors de la construction de celle-ci, mais ce à quoi il tenait le plus était sa bibliothèque. Il se retrouvait à l’Anticaille pour lire et le plaisir d’écrire de beaux manuscrits, qu’il n’a jamais publiés. Cet aspect de la maison a rapidement changé avec l’intervention de ses héritiers successifs, jusqu’à la vente aux enchères, par Jeanne Buatier, le 30 juin 1629. Acquéreur, Mathieu de Sève en fait don l’année suivante aux religieuses de la Visitation et, dès lors, l’Antiquaille a connu une tout autre vie.


11 rue Saint-Jean, maison natale du grand poète Maurice Scève

(Journal RVL n° 148, juin 2017)

L'immeuble du n°11 rue Saint- Jean, étroite parcelle qui s’étend jusqu’à l’actuel quai Romain- Rolland (n° 9) était en 1476 la propriété d’un riche notaire lyonnais, Jean de Bruyères. Il est fort probable que c’est lui qui a fait reconstruire vers 1480 cette demeure, remarquable par le décor gothique flamboyant de la première cour (notamment la tourelle d’escalier). Jean de Bruyères décède en 1493, son fils et héritier Robert revend peu après à deux copropriétaires : un marchand drapier, Guillaume Andrevet et un docteur en droit, Maurice Sève, conseiller de ville en 1503. Fils d’un notaire de Chasselay, Jean Sève, et de Marie Rabue, il a eu de son mariage avec Claude Pacot au moins neuf enfants qui ont été à l’origine de lignées prestigieuses. Maurice, qui italianise son nom en Scève (la famille s’attribue à tort des origines italiennes), homme de lettres resté célibataire, serait le troisième mais ses dates de naissance et de mort sont totalement inconnues (circa 1500-1560). Si on ne peut pas affirmer qu’il est né 11 rue Saint- Jean, il y a sans doute vécu pendant toute son adolescence.
En 1522 deux de ses soeurs, Sibille, épouse de Jérôme Tholomey, et Jeanne, épouse de Jean Chol, également femmes de lettres, héritent de la maison qui reste indivise entre différents héritiers jusqu’en 1619. Le notaire Claude Laurens, devenu propriétaire, fait refaire entièrement la façade sur la rue Saint-Jean au début du XVIIe siècle, comme l’atteste la date 1619 gravée sur le linteau du vantail de la porte d’allée.
N’est-il pas remarquable de constater que la famille Scève redevient propriétaire à la fin du XVIIe siècle en la personne de Mathieu (II) de Scève, devenu très riche, baron de Fléchères, prévôt des marchands (1694-1696) qui, en 1683, fait hausser et agrandir la maison d’une parcelle au sud à l’angle de la place du Gouvernement ; hasard ou attachement aux racines familiales ? Les Scève vont rester propriétaires jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.
La façade sur le quai a été refaite au cours des siècles ; cependant, il est intéressant de remarquer au deuxième étage un vestige de trois grandes baies à colonnettes qui semblent pouvoir être datées du XIVe siècle.


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