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Lyon et l'Unesco


Une exposition anniversaire présentée par la Renaissance du Vieux-Lyon

(extrait du journal RVL n° 151, novembre 2018)


De juillet 2018 au 6  janvier 2019, aux Musées Gadagne

Cette exposition s’inspire du n° spécial, édité en mai 1999 comme supplément au n° 102 du Journal de la RVL, d’un document similaire édité par la Ville de Lyon, de l’exposition réalisée par la RVL pour le Japon, de l’ouvrage Lyon, un site, une cité, édité par la RVL, ainsi que de nombreux autres ouvrages et documents.
Elle s’adresse à tous les publics et se veut simple et vivante. Priorité est donnée à l’illustration, ce qui n’empêche pas de proposer un texte riche et le plus complet possible pour rendre compte de la singularité lyonnaise et pour faire connaître (ou reconnaître) les éléments essentiels permettant de comprendre la problématique de l’inscription à l’Unesco.
Yves Neyrolles et Bruno Voisin ont travaillé ensemble à la rédaction d’un récit s’appuyant sur les données de l’Histoire dès avant la fondation de Lugdunum et se poursuivant jusqu’à aujourd’hui : depuis 1998, Lyon est devenue une Métropole et, tout en se développant de plus en plus vers l’est ou vers le sud, n’a pas négligé ses racines, ce site historique défini dans le dossier de candidature.
En tant que photographe, Yves Neyrolles a accompli de nouveau une bonne partie du chemin qu’il avait parcouru en février et mars 1997 afin de rassembler les images sélectionnées dans le dossier. Ce n’est pas sans émotion qu’il a refait, vingt et un ans plus tard, ce parcours à travers le site de Lyon, saisissant des ensembles urbains restaurés et plus dignes que jamais de figurer sur la liste du Patrimoine mondial.
L’exposition comporte 26 panneaux, constituant une vision panoramique du site dont l’Unesco a reconnu la valeur universelle exceptionnelle Le dossier de candidature est présenté dans une vitrine figurant le centre névralgique de l’exposition. Nous aurions même souhaité avoir les moyens de dessiner au sol l’ensemble du périmètre délimité par l’Unesco et inviter les visiteurs à sentir sous leurs pas la présence quasi physique en un tel lieu d’un patrimoine pluriséculaire : les fouilles récentes dans le sous-sol de l’hôtel des Gadagne n’ont-elles pas mis à jour des vestiges remontant à une époque précédent la fondation de Lugdunum ?

Pour visionner l'exposition et ses 26 panneaux, cliquer ici

Deux écrans complètent cette présentation : sur le premier, à l’entrée de la salle, défilent des images montrant un Vieux-Lyon peu à peu métamorphosé depuis les années 1970 et qui, malgré sa grande densité urbaine, propose des espaces de verdure et dont le décor des maisons s’inspire souvent de la nature.
Le deuxième écran propose deux films.
Le premier Renaissance a été réalisé par FR3 à la fin des années 1980 ; 
Le second ReNaissance  est une commande effectuée par la RVL en 2014 auprès de deux artistes contemporains, Martine Tallet et François Ribière, pour marquer le 50e anniversaire du classement du Vieux-Lyon comme « secteur sauvegardé », le tout premier en France. 
Musées Gadagne
1 place du Petit Collège, 69005 LYON 
Tel. : 04 78 42 03 61
De 10h30 à 18h30, du mercredi au dimanche

20 ans après la consécration par l’Unesco

(dossier du journal RVL n° 151, novembre 2018)

2018 marque le 20e anniversaire de l’inscription du site historique de Lyon sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, un anniversaire que notre association avait à cœur de voir célébrer et que la Ville de Lyon a effectivement tenu à fêter, tout au long de l’année, à travers plusieurs événements.
Les Rendez-vous du Patrimoine, le 22 mars dernier, ont été placés sous l’enseigne de cette inscription prestigieuse et se sont achevés, place des Terreaux, par la remise en eau et en lumière de la fontaine de Bartholdi, en présence d’un nombreux public (voir le n° 150 – Juin 2018 - de notre Journal : page 10).
Avec l’aide de la Ville, notre association présente, depuis le 12 juillet et jusqu’au 9 décembre, aux musées Gadagne, une exposition visant à populariser la démarche entreprise dès 1996 pour réaliser le dossier de candidature déposé l’année suivante auprès des instances de l’Unesco .

Balade au cœur du site historique. © Yves Neyrolles
Balade au cœur du site historique. © Yves Neyrolles
Les JEP n’ont pas manqué de se situer elles aussi dans l’esprit de cette célébration : en plus d’un programme détaillant les initiatives liées à celle-ci, l’exposition Portraits de ville (16 photographies en grand format) a été inaugurée, à cette occasion, sur les grilles de la place Antonin Poncet. Ces images ont été choisies parmi un nombre beaucoup plus important réalisé par des photographes amateurs, guidés au cours de plusieurs balades à travers le site et conviés à proposer leur regard sur le paysage urbain inscrit à l’inventaire de l’Unesco. 
L’exposition Lyon dans le détail (16 photographies en grand format, réalisées par les élèves de la section photographie de l’École de Condé) a été présentée, elle, dans l’atrium de l’Hôtel de Ville, les 15 et 16 septembre, puis, du 10 au 24 octobre, sur les panneaux Decaux des 9 arrondissements de Lyon. Si nous pouvons regretter que la Fête des Lumières 2018 n’ait pas été, par avance, placée sous le signe de ce 20e anniversaire, d’autres évènements liés à cette célébration sont prévus d’ici là. 
Ainsi, de septembre à novembre, des balades urbaines à la découverte du site historique sont proposées par les musées Gadagne (pour en savoir plus, consulter le site : www.gadagne.musees.lyon.fr/). En novembre, les visites guidées du Bureau des Guides de l’Office de tourisme de la Métropole mettent l’accent sur cet anniversaire, tout en développant des thèmes caractéristiques de notre ville : la gastronomie, la soie, les traboules, les murs peints, etc. Les Archives Municipales, de leur côté, proposeront, du 21 novembre au 20 décembre, une exposition qu’elles réalisent en lien avec plusieurs associations du patrimoine et qui porte sur l’histoire de l’ancien couvent du Clos Saint-Benoit, situé au pied de la Croix-Rousse. Il n’est pas jusqu’à la revue Rues de Lyon (celle-ci explore l’histoire de notre ville sous la forme de BD), qui ne se mette en résonnance avec l’évènement, en consacrant à celui-ci un numéro spécial (scénario : Olivier Jouvray ; dessin : Benjamin Jurdic).
Le 5 décembre, date de l’anniversaire proprement dit, sera l’occasion d’un ultime moment de convivialité réunissant l’ensemble des acteurs du patrimoine dans les salons de l’Hôtel de Ville.

Un engagement progressif, mais de plus en plus ample, de la Ville

La reconnaissance de la valeur universelle exceptionnelle du modèle de développement de Lyon par les membres du Comité du Patrimoine mondial de l’Unesco avait été, en décembre 1998, ce qu’on pourrait appeler une divine surprise, pour ne pas dire un miracle.
D’abord, aux yeux des Lyonnais eux-mêmes, qui ne s’attendaient absolument pas à une telle distinction. Ensuite, et surtout, aux yeux du reste du monde, ces yeux qui n’allaient pas tarder à venir, de plus en plus nombreux, s’ouvrir devant un paysage urbain qu’on ne considérait jusque là que comme le cadre très ordinaire dans lequel se succédaient des générations « besogneuses » (le mot est de Baudelaire) uniquement mues par le désir de s’enrichir par le commerce et par la banque, le travail de la soie et de ses équivalents chimiques, ainsi que par une prédisposition reconnue à faire des inventions techniques.
Nos élus ont mis un certain temps à s’approprier pleinement cette distinction. Il y eut bien, aussitôt, la nomination d’un « Monsieur Patrimoine », mais la fonction fut confiée à un chargé de mission agissant sous l’autorité de l’adjoint à la Culture. Il fallut attendre 2014 pour que cette haute responsabilité soit confiée à un élu spécifiquement désigné et pour que naisse une commission locale du « site historique », chargée de suivre de près les actions prévues au plan de gestion 2014-2020, dates de l’actuel mandat municipal au cours duquel l’implication de la Ville dans les instances du Patrimoine mondial s’est véritablement manifestée.
Ainsi, Lyon participe régulièrement aux rencontres du Centre du Patrimoine mondial, et la Ville préside l’Organisation des Villes du Patrimoine Mondial (OVPM). Depuis 2017, à chaque retour du printemps, des Rendezvous du Patrimoine se tiennent à l’Hôtel de Ville, rassemblant tous les acteurs de ce domaine, et particulièrement les associations, pour susciter une réflexion collective portant sur les questions que pose la nécessité d’entretenir et de mettre toujours plus en valeur ce bien commun reconnu pour sa valeur universelle exceptionnelle, en lien avec la responsabilité d’avoir à gérer le développement actuel d’une grande ville, voire d’une métropole. À l’issue de cette journée de rencontres, d’ateliers et de débats, un prix « Citoyen du Patrimoine » est remis à une association dont les actions s’avèrent remarquables et méritent d’être présentées comme des modèles d’implication pour la valorisation de tel ou tel domaine relevant du Patrimoine.
D’autre part, la révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) du Grand-Lyon a conduit à finaliser une Orientation d’Aménagement et de Programmation (OAP) spécifique au site historique, plus communément désigné par l’expression « périmètre Unesco ». Un document concret et précis permet dès lors de mieux gérer les demandes d’urbanisme au cas par cas.
Et puis, des « Ateliers du Patrimoine » se tiennent régulièrement dans les quatre arrondissements (1er, 2e, 4e et 5e) inclus à l’intérieur de ce périmètre. Ils coordonnent les acteurs et contituent un laboratoire pour l’expérimentation de la sauvegarde patrimoniale en même temps qu’un outil de veille.
Si l’on ajoute que le Service archéologique de la Ville de Lyon (SAVL) s’est consolidé et étendu à l’ensemble de la métropole, on mesure les efforts accomplis tout au long de ce mandat pour faire que Lyon honore son statut de ville du Patrimoine mondial. 

Apparitions… 

Préparant le 20e anniversaire de l’inscription du site de Lyon à l’Unesco, la commission Lyon Patrimoines de la RVL, créée en avril 2009 et où se rencontrent régulièrement les représentants de plusieurs associations (1), s’est donnée pour tâche d’entreprendre un examen précis de l’évolution du site historique au cours des deux décennies qui ont suivi cette inscription. Il en ressort un inventaire, un peu à la manière de Jacques Prévert, d’éléments venus enrichir le paysage, d’autres ayant bénéficié d’une restauration et de quelques-uns dont nous ne pouvons que déplorer la disparition.
(1) Ce sont les CIL Centre-Presqu’île, De Condate à Lyon Confluence,
Sauvegarde et Embellissement de Lyon, Saint-Just / Saint-Irénée / Fourvière, Quartier de Cusset (Villeurbanne).
Nous invitons le lecteur à cheminer avec nous à travers le site historique et à répertorier ces trois catégories. Commençons par un bouquet d’apparitions sur la Presqu’île.
• Le 29 juin 2000, pour le 100e anniversaire de la naissance de Saint-Exupéry, un monument à sa mémoire est dévoilé place Bellecour, à proximité de l’immeuble où celui-ci a vu le jour. La sculpture de Christiane Guillaubey présente l’écrivain assis au sommet d’un pilier de marbre blanc, accompagné du célèbre Petit Prince, sorti de son imagination : une invitation à contempler la ville et le monde avec les « yeux du cœur ».
• Le 24 avril 2006, sur la place voisine, est inauguré le mémorial lyonnais du génocide arménien, conçu par l’architecte Leonardo Basmadyian et la paysagiste Anne Perrot. Ce sont trente-six stèles de béton portant des pierres en provenance d’Arménie, au-dessus desquelles sont inscrits des poèmes de Gostan Zarian.
• En cette même année 2006, apparaît plus à l’est, au-dessus des quais du Rhône, le Flower Tree de l’artiste coréen Jeong Hwa Choi, qui avait été exposé lors de la Biennale d’Art Contemporain de 2003 et plébiscité par les Lyonnais. Planté sur la rive droite du Rhône, qu’il enrichit de ses couleurs (à raviver tout de même de temps en temps), il a permis de parler de Berges du Rhône pour désigner le grand chantier de transformation de la seule rive gauche du fleuve, offerte désormais aux piétons.
• La Saône, « artère » historique de Lyon, n’a pas été oubliée - et la RVL peut s’enorgueillir d’avoir beaucoup plaidé sa cause. Sa transformation en promenade, du Confluent à l’Île-Barbe (et même plus au nord), lancée dès 2008, se poursuit actuellement, non sans poser quelques problèmes ici et là : par exemple, au sujet de l’ancien port d’Occident, situé sur la rive gauche de la Saône, en amont du pont Kitchener-Marchand (relire le dossier réalisé par Bruno Voisin dans notre n° 144, Juin 2015) ; ou encore, à propos du réaménagement qui devrait être fait devant l’église Saint-Nizier, une fois les travaux du parc de stationnement Saint-Antoine terminés.
• Peut-on parler d’apparition à propos du Grand Bazar de la place des Cordeliers ? Certes, non. L’édifice actuel a remplacé, non pas le Grand Magasin historique, mais une sorte d’ersatz résultant des modifications pratiquées par les propriétaires successifs de celui-ci. Malgré une polémique soulevée quelque temps après l’inscription de Lyon au Patrimoine mondial, cette architecture contemporaine respectait la « charte » Unesco, en ne modifiant ni la trame, ni la volumétrie du quartier et en érigeant heureusement ses formes modernes au cœur d’un site bien vivant.
• Du côté du Vieux-Lyon, l’élément majeur est la mise en place d’une signalétique patrimoniale, accompagnée, à certaines adresses, de plaques « Mémoire de Lyon » dont les textes ont été rédigés par Régis Neyret. S’avérant très utile pour les visiteurs de plus en plus nombreux à fréquenter le quartier, cette initiative s’est vue étendue aux autres arrondissements du site historique et complétée, plus tard, de façon plus marquée encore, par la mise en place de tables d’orientation sur lesquelles est tracé le « périmètre Unesco ».

• Lyon, « capitale des murs peints », ne pouvait pas manquer non plus d’enrichir son quartier phare de quelques créations, en particulier pour rendre hommage à l’un de ses habitants les plus célèbres, Laurent Mourguet, père de Gnafron, de Guignol, de Madelon et de quelques autres marionnettes à gaine qui participent au rayonnement de notre ville à travers le monde.
• Le grand aménagement urbain entrepris après la consécration par l’Unesco est, évidemment, la création d’un parc de stationnement dans le quartier SaintGeorges, prolongée par le réaménagement complet de la place Benoit Crépu. C’est au cours de ce chantier que furent dégagées des embarcations remontant à l’époque de Lugdunum. À ce propos, la RVL souhaite toujours que l’une de ces barques, confortée et restaurée, puisse être présentée à proximité du lieu de ces découvertes mémorables.
• Plus discrètes, mais non moins significatives du souci de valorisation du patrimoine, de petites sculptures sont apparues, comme celle représentant Saint-Vincent de Paul à l’angle de la place du Doyenné et de la rue Mourguet, là où une maison d’accueil poursuit la mission du saint prêtre (2), ou bien, si elles existaient, ont gagné en relief, comme l’ours de la place Saint-Paul, dont la pierre antique, réemployée dans la construction d’un immeuble du XVIIe siècle, révèle à présent une face cachée, sculptée d’un visage d’homme en bas-relief.
(2) Pour cette sculpture, il serait plus juste de parler d’une réapparition, ce qui nous amène à souligner l’important travail accompli par l’association Les Madones de Lyon (www.madonesdelyon.fr), qui s’est donnée pour tâche de dresser l’inventaire des nombreuses sculptures peuplant les niches à l’angle des rues (elles représentent la Vierge, mais aussi toutes sortes de saints) dont l’état, souvent pitoyable, nécessite des actions urgentes pour leur entretien et leur sauvegarde.
• Les trois quartiers du Vieux-Lyon ont bénéficié d’une nette amélioration de l’éclairage public. L’ambiance nocturne, désormais d’un blanc chaud, y est beaucoup plus agréable (voir n° 134 de notre Journal).
• Le palais de Justice historique, qui a fait l’objet d’une réhabilitation complète entre 2008 et 2012 s’est vu, lui aussi, mis en lumière avec éclat. Nous avons suivi les étapes de ce chantier exceptionnel en publiant sur plusieurs numéros le feuilleton des opérations dirigées par Denis Eyraud et Didier Repellin. Au terme de celles-ci, la Métropole a confié, après concours, la restructuration des abords au cabinet Dumétier qui, poursuivant la mise en valeur de l’impressionnant soubassement des 24 colonnes, a aménagé deux bassins de part et d’autre de l’escalier monumental et a réalisé une sorte de parvis légèrement incliné pour relier la passerelle au palais. L’usage de celui-ci, après l’émerveillement initial de tous, a révélé d’importants problèmes : la vaste « scène », traitée en lames d’acier corten, se délitant de manière récurrente, est, de façon tout aussi récurrente, soumise à des réparations qui ressemblent, hélas, à du rafistolage…
• Longeant le palais, la rue de la Bombarde, dont le sens de la circulation a été inversé pour fluidifier celle-ci, longe à présent le Jardin de la Basoche, créé, sur une emprise naguère rattachée à la Maison des Avocats, elle-même occupée, depuis le départ de ces derniers du côté de la Part-Dieu, par le très fréquenté Musée Miniature et Cinéma de Dan Ohlmann, que nous nous félicitons d’avoir (un peu) aidé à s’installer là après des années d’activités, déjà époustouflantes, dans l’ancien bâtiment de la « Ficelle » de Saint-Paul, rue Juiverie.
• Notre balade dans le Vieux-Lyon ne peut naturellement pas s’achever sans que nous fassions une mention particulière à propos de l’aménagement du centre de la place du Gouvernement, où un ensemble de plots de pierre encadrent le tilleul, empêchant le stationnement « sauvage » (mais habituel) des automobiles à cet endroit et offrant une halte assise (et gratuite) aux visiteurs du quartier. Cette réalisation est le résultat d’une de nos dernières « batailles » (voir notre journal n° 133 – Février 2010, page 10, et notre journal n° 138 – Juin 2012, page 9).

Disparitions…

Pour celles-ci, évidemment regrettables, la liste est heureusement brève. La plus importante est celle du musée des Hospices Civils auquel on accédait après avoir découvert le dôme des « Quatre rangs », à l’Hôtel-Dieu. La bataille menée pour le maintien, voire l’extension et l’amélioration de celui-ci en vue de créer un musée de la Santé à vocation internationale, est perdue. Les collections ont été mises dans des caisses. Pour combien de temps ? Comment accéder à ces objets, à ces documents ? Comment satisfaire aujourd’hui la demande de recherche scientifique à partir de ces archives ? Comment poursuivre la riche histoire de la médecine à Lyon ? Comment l’offrir aux visiteurs de notre ville ? Autant de questions sans réponses, pour l’instant.
• Le sort de la Salle Rameau, édifice emblématique de ce que fut, sur le plan musical, la vie lyonnaise au début du XXe siècle, est une autre question d’importance. Sa fermeture n’a pas de graves conséquences dans ce domaine artistique puisque nous disposons d’un magnifique auditorium à la Part-Dieu et, sur le quai de Bondy, de la Salle Molière, récemment remise en conformité pour mieux assurer sa vocation d’accueillir la musique de chambre. Ce qui disparaît, cependant, est une institution qui avait toute sa place au pied de la colline de la Croix-Rousse : l’Académie de billard. Finies, les haltes pour les passants devant les baies d’où l’on pouvait suivre le ballet des joueurs autour des tables dont le vert, puissamment illuminé, attirait inévitablement les regards. Nostalgie ! direz-vous. Certes, mais « l’esprit des lieux » est aussi une valeur – surtout quand on est inscrit au Patrimoine mondial. Attention à ne pas s’en soustraire !

• Petites, par leur volume, mais non pas insignifiantes, d’autres disparitions sont à noter ici. Celle du Mercure du Passage de l’Argue, une statuette offerte par les commerçants, volée à plusieurs reprises et finalement plus jamais remplacée. Quelques heurtoirs de portes, ici et là, et, au 1 rue du Bœuf, dans le Vieux-Lyon, une magnifique imposte en bois, chef-d’œuvre d’un ébéniste du XVIIe siècle, dont on devine la grande qualité en découvrant ce que les « vandales », sans doute quelques noctambules plus ou moins éméchés et totalement inconscients de la valeur des choses, n’ont pas réussi à fracasser…
• Et qui s’est aperçu de la disparition du musée de la Banque dans une ville qui pourtant doit en grande partie sa fortune à cette activité ? Cette disparition-là est plus difficile à saisir puisque l’ancien hôtel de la Couronne qui l’abritait continue, et de façon plus remarquable et plus vivante encore, d’héberger le musée de l’Imprimerie, dont Lyon s’enorgueillit, à juste titre, d’avoir été une « place forte ».
• Elle n’a pas disparu, mais en quel piteux état est-elle réduite, l’horloge aux automates que la Maison Charvet avait offerte aux Lyonnais en un temps ou chacun ne disposait pas sur soi du moyen de savoir l’heure qu’il est. Elle devrait prochainement rejoindre le musée d’Histoire de la Ville, à l’entrée de l’ancien Hôtel des Gadagne, mais demeure pour l’instant, telle l’ombre d’elle-même, muette et « déprimée », contre un mur pignon de la rue de la Poulaillerie (relire à ce propos la Chronique du Père Craquelin dans notre journal n° 150).

Restaurations…

Ici, la liste sera longue.
Il nous faut rappeler tout d’abord que la Ville n’avait pas attendu le résultat de sa candidature au Patrimoine mondial pour négocier avec l’État une convention en vue d’entreprendre la restauration d’édifices majeurs situés sur ce qui allait devenir le « périmètre Unesco ». Dès le 8 décembre 1998, soit cinq jours après l’annonce de la prestigieuse inscription, le maire de Lyon et le préfet signaient le document engageant les partenaires à lancer, pour une durée de cinq ans, d’importants chantiers sur des édifices cultuels (la cathédrale Saint-Jean, l’église Saint-Paul), sur une partie de la Maison du Chamarier et, surtout, sur l’ensemble des bâtiments constituant le musée Gadagne. Ce dernier chantier, contrarié par des obstacles imprévus (dont un incendie), a dû être prolongé au-delà du temps programmé, repoussant la réouverture du lieu au printemps 2009, soit plus de dix ans après la signature de la convention (voir notre journal n° 132, juin 2009).
Ces accords Ville-État ont été régulièrement renouvelés depuis, ouvrant des chantiers sur un nombre considérable d’édifices, religieux ou civils, à commencer par l’Hôtel de Ville lui-même, dont les toitures et les façades donnant sur la place des Terreaux ont pu être entièrement restaurées.
En janvier 2012, lors de la signature de la convention 2012 – 2017, la Ville a adopté un plan de gestion du site historique, une disposition devenue obligatoire, depuis 2010, pour les villes inscrites au Patrimoine mondial.
Alors, promenons-nous dans un Lyon transfiguré et ouvrons grand les yeux pour apprécier cet enrichissement. Notre balade pourrait même prendre la forme d’un jeu de devinettes du type : de quand date cette restauration ? dans le cadre de quelle convention ? etc. Renouons avec Jacques Prévert, pour tenter une liste (non exhaustive) de lieux et d’édifices ayant bénéficié depuis 1998 d’une métamorphose, achevée ou en cours, en tout cas mémorable !
Deux « avant / après » : l’ancienne Loge du Change, reconstruite par Soufflot, a retrouvé la couleur d’origine de ses portes et de ses baies, le bleu-gris du XVIIIe siècle. © Yves Neyrolles
Deux « avant / après » : l’ancienne Loge du Change, reconstruite par Soufflot, a retrouvé la couleur d’origine de ses portes et de ses baies, le bleu-gris du XVIIIe siècle. © Yves Neyrolles
Deux « avant / après » : la fontaine de Bartholdi a bénéficié d’une véritable cure de jouvence. © Yves Neyrolles
Deux « avant / après » : la fontaine de Bartholdi a bénéficié d’une véritable cure de jouvence. © Yves Neyrolles
Les lieux : montée de la Grande Côte ; place de la Bourse ; place des Jacobins ; place Bellecour (côté nord et côté sud) ; place Antonin Poncet ; place Gailleton ; place Carnot.
Les édifices : église Saint-Bruno des Chartreux ; ce qui reste du cloître Saint-Benoit ; Hôtel de Ville ; fontaine de Bartholdi ; palais du Commerce ; église SaintBonaventure ; église Saint-Martin d’Ainay ; gare SaintPaul ; temple (anciennement loge) du Change ; palais de Justice historique ; cathédrale Saint-Jean ; église SaintGeorges ; église Saint-Irénée.
N’oublions pas non plus de saluer les très nombreuses initiatives privées allant au-delà du simple devoir de ravalement des façades pour procéder à de véritables restaurations. La plupart des rues et des places du site historique et de ses abords ont ainsi été remarquablement embellies. Notre journal n° 143 a consacré quelques-unes de ses pages « Patrimoine » au travail réalisé au 2 rue Grenette, mais nous pourrions, tout aussi bien, présenter maints autres dossiers de ce type.
Rendez-vous, donc, dans 20 ans, avec d’autres guides qui, nous le souhaitons, auront à cœur de faire partager leur regard sur une ville toujours aussi vivante, accueillante pour celles et ceux qui viendront goûter, de toutes sortes de façons, la singularité lyonnaise.
Puisse le caractère universel exceptionnel reconnu par l’Unesco être davantage mérité encore ! Que les opérations à venir se fassent en conservant cet équilibre, cette cohérence !

Un plan de gestion du site historique inscrit par l’Unesco


C’est de 2012 que date la mise à l’étude du plan de gestion du secteur Unesco, prescrit par la charte du 20 septembre 2010, signée entre l’État et l’Association des Biens Français du Patrimoine Mondial. 
Cette charte impose à l’État et à la Ville, l’obligation de définir un document de planification des diverses politiques publiques (urbaines, économiques, écologiques, culturelles, sociales, voire de sécurité), susceptibles d’être menées sur ce territoire, afin de pouvoir conserver et valoriser cette inscription, lors des inspections, tous les six ans environ, de l’Unesco. 
Il est décidé alors que la mise au point de ce document devra s’appuyer sur une très large concertation des habitants et de leurs représentants, élus et associatifs. En effet, ce document devra prendre en compte les multiples enjeux associés aux caractéristiques de la Valeur Universelle et Exceptionnelle du site (la « vue » et ses attributs), la diversité des acteurs, institutionnels et associatifs, et les propriétaires et gestionnaires de patrimoines publics et privés du secteur inscrit. 
La mise à l’étude de ce document s’accompagne de la désignation d’une commission dont la composition est calquée sur le modèle de celle des Secteurs Sauvegardés (article R 313 – 20 du Code d’Urbanisme issu du décret du 25 mars 2007). Cette commission devra assurer la gouvernance du projet et la dynamique participative des nombreux acteurs requis dans le cadre de ce travail. 
Elle est composée d’un tiers de représentants du Conseil municipal désignés en son sein, d’un tiers de représentants désignés par le Préfet et d’un tiers de personnes qualifiées co-désignées par le Maire et le Préfet.
La RVL y est représentée par Annick Lioud.

20 ans ! L’aventure Unesco du site historique de Lyon

Du 13 juillet au 6 janvier 2019, avec le soutien de la Ville de Lyon et en lien avec les Musées Gadagne

La Renaissance du Vieux-Lyon, accueillie aux musées Gadagne du 13 juillet au 6 janvier 2019, propose une exposition retraçant l’inscription du site historique de Lyon au patrimoine mondial de l’Unesco.
L’exposition comporte 26 panneaux qui constituent une vision panoramique du site. On peut y voir, également, le dossier de candidature exposé dans une vitrine.
Deux écrans complètent cette présentation : 
- l’un où défilent des images montrant le Vieux-Lyon qui, malgré sa densité urbaine, laisse transparaître des espaces de verdure,
- le deuxième propose 2 films intitulés Renaissance, le premier réalisé par France 3 à la fin des années 1980, le second commandé par la RVL en 2014 pour marquer le 50° anniversaire du classement du quartier comme « secteur sauvegardé », le tout premier de France.
Pour tous publics – Tarifs inclus dans le billet d’accès aux musées Gadagne. Gratuit pour les Journées Européenne du Patrimoine, les 15 et 16 septembre 2018
1 place du Petit Collège, 69005 LYON (04 78 42 03 61)
Horaires : de 10h30 à 18h30, du mercredi au dimanche

Lien Facebook Ville de Lyon
Site Web des musées Gadagne


Suivez l’Unesco..., une nouvelle signalétique

(décembre 2013) 

À la veille de la Fête des lumières 2013, une nouvelle signalétique a été mise en place sur l’ensemble du site historique de Lyon inscrit à l’Unesco. Elle est destinée aux piétons.
Trois types de mobilier renseignent les visiteurs. Les plus importants sont des tables d’orientation installées en des lieux offrant des points de vue remarquables sur une partie du site. Celles-ci sont relayées par des bornes directionnelles ou par un marquage spécifique sur des bordures de trottoirs.
La RVL se réjouit de voir réalisée une demande de mise en évidence de la consécration de notre ville au Patrimoine mondial. En plus des plaques « Mémoire de Lyon », mises en place sur certains édifices, et d’une signalétique propre au Vieux-Lyon ou aux Pentes de la Croix-Rousse, cette dernière a l’avantage d’inviter les personnes à se diriger commodément sur l’ensemble du site historique de la ville – et même vers des quartiers voisins comme, par exemple, la berge orientale du Rhône, devenue promenade et offrant une vue remarquable et continue sur les quartiers anciens.

Une forme d’accompagnement qui donne plus de plaisir encore à la flânerie contemplative.Cette nouvelle signalétique permet aux touristes et aux Lyonnais de s’orienter de façon autonome.
Le dispositif : 11 tables d’orientation avec système NFC (technologie sans contact) et flash code (accédant aux applis du musée Gadagne “Clés de Lyon”) ; 68 bornes de jalonnement ; 45 gravures sur trottoirs. L’ensemble a été conçu pour parfaitement intégrer le paysage urbain par le design (couleurs inspirées de la gamme Renaissance lyonnaise).

La reconnaissance de Lyon par l'Unesco a "déjà" 15 ans.

Bon anniversaire !

(extrait du journal RVL n° 140, juin 2013)

Nous n’allons pas refaire le récit de l’inscription du site historique de Lyon sur la liste du Patrimoine Mondial, le 5 décembre 1998. Etant à l’origine de ce projet, la RVL a accompagné celui-ci et s’en est fait l’écho durant plusieurs années.

Dès février 1999, un supplément au n° 102 de notre Journal, résume le dossier et présente l’argumentaire qui avait reçu l’agrément de l’Unesco.
En 2000, nous éditons Lyon : un site, une cité, un livre consacré au sujet, invitant le lecteur à faire la découverte de l’ensemble des quartiers de la ville constituant le site historique. En 2002, l’ouvrage a été réédité en anglais (épuisé).
Ainsi, la RVL (et notamment par l’engagement de Régis Neyret, Didier Repellin, Denis Eyraud et Yves Neyrolles) a multiplié les occasions de rassembler les Lyonnais pour les convaincre que la distinction de notre ville par l’Unesco ne devait pas être considérée comme une surprise mais, au contraire, comme l’aboutissement heureux d’un demi-siècle d’actions des pouvoirs publics, en concertation avec certaines associations (et particulièrement la RVL), ayant permis de moderniser la ville tout en sauvegardant et en restaurant les éléments essentiels de ce qui fait l’originalité, l’exemplarité de Lyon.
Contentons-nous donc de redire ici qu’avec cette consécration, après celle de Porto, l’Unesco inaugurait une nouvelle ère dans l’attribution de son prestigieux label, désignant non plus des cités érigées de monuments grandioses, voire uniques, mais des ensembles urbains habités remarquables et ayant su préserver leur singularité dans les nécessaires transformations entreprises au fil des siècles.

Un nouvel élan...

Car l’essentiel aujourd’hui, c’est-à- dire près de quinze ans après la proclamation faite à Kyoto, le 5 décembre 1998, est d’abord de constater l’extraordinaire élan que cette distinction mondiale a donné à notre ville. La liste est longue des édifices qui ont, depuis cette date, bénéficié de chantiers permettant leur remise en valeur. En commençant par l’hôtel de ville, qui a retrouvé depuis peu son lustre du XVIIe siècle, la plupart des édifices majeurs, religieux ou civils, ont, ou sont en train de connaître une cure de jouvence, offrant ainsi aux Lyonnais et aux nombreux visiteurs l’image d’une ville métamorphosée, redevenue belle et attirante, riche de son histoire en même temps qu’audacieuse dans la réhabilitation et la transformation de quartiers plus récents.

Dès le 8 décembre 1998, la Ville signait une première convention avec l’État, d’une durée de cinq ans, pour entreprendre la restauration d’une dizaine d’édifices majeurs. Parmi ceux-ci, on peut citer les églises Saint-Paul, Saint-Bruno et la basilique d’Ainay, ainsi que l’Hôtel Gadagne abritant le musée historique de Lyon et le musée des marionnettes du monde, qui est devenu aujourd’hui un modèle dans son genre et qu’animent constamment de riches expositions temporaires et des soirées de débats.
Cette convention a déjà été renouvelée deux fois.
En même temps, afin d’engager les propriétaires et les syndics à se mettre au diapason de cette distinction dans l’entretien de leurs immeubles, la Ville a publié des brochures et ouvert des pages sur son propre site internet, invitant à prendre un soin particulier pour tous les types de travaux à réaliser (voir le n° 139 de notre Journal, pages 4 et 5).
La RVL est heureuse également d’avoir été entendue lorsqu’elle invitait des élus lançant la reconversion de la berge orientale du Rhône à ne pas oublier les rives de la Saône, cours d’eau historique du développement de la ville. La très prochaine promenade au fil de l’eau, qui reliera le quartier de La Confluence à l’Île Barbe et, au-delà, à Neuville, rassemblera Lyonnais et visiteurs dans une redécouverte et une réappropriation, pas à pas, du riche patrimoine de notre cité.
La Ville elle-même organise dans tous les arrondissements des balades, conduites par des habitants spécialistes, pour mieux faire connaître et partager les patrimoines, même modestes, de chacun des quartiers.
Quant à la signalétique patrimoniale, mise rapidement en place sur le site historique, après 1998, elle est en voie de restauration et se verra prochainement étendue et enrichie d’un mobilier nouveau judicieusement placé à proximité de lieux faisant belvédères...

... qui dépasse le cadre du seul site historique de Lyon.

Notre souci, dès 1998, était que l’afflux attendu de nombreux visiteurs dans notre ville puisse être réparti sur l’ensemble du site historique et pas uniquement à travers les rues et les places du seul Vieux-Lyon, quartier certes très couru depuis plusieurs années déjà, mais qui ne pouvait supporter une marée de touristes sans risques pour la vie quotidienne de ses habitants. C’est pourquoi, nous nous sommes réjouis des initiatives prises par l’Office de tourisme qui, année après année, a proposé des itinéraires thématiques sur l’ensemble du site historique et au-delà, sur l’ensemble de la ville, invitant même à découvrir des quartiers nouveaux comme celui de La Confluence, ou en pleine réhabilitation comme ceux de la Duchère ou des Etats-Unis.

Est-ce un souci ou une exigence, notre association se préoccupe également de la restauration complète de quelques édifices majeurs en attente ou en voie de reconversion. Certains se trouvent dans le Vieux-Lyon : la Maison du Chamarier, l’ancien palais de l’archevêque. D’autres, répartis dans le site historique ou en dehors de celui-ci, méritent réflexion et concertation au sujet de leur réaffectation. C’est dans ce but que, récemment, la RVL a créé une nouvelle commission, « Lyon- Patrimoines », ouverte à des membres d’autres associations (voir ci-dessous). Dans tous les cas, nous pensons que le patrimoine, autrefois considéré comme un élément secondaire, voire un obstacle au développement de la ville, est au contraire une véritable ressource pour l’essor et le rayonnement de Lyon au cours de ce nouveau siècle.

Lyon et l’Unesco - création du dossier 1998.

En 1972, l’UNESCO adopte une convention concernant la protection du patrimoine mondial et culturel. Cette convention a pour objet d’identifier et de protéger les lieux culturels ou naturels d’une «valeur universelle et exceptionnelle».
A partir de 1978, l’UNESCO commence à établir une première liste. Celle-ci comprend, en priorité, les sites les plus impressionnants et les plus exemplaires de la planète. Puis, au fil des années, les esprits changent : l’UNESCO s’intéresse alors à des lieux témoins, chargés d’une histoire spécifique et unique.
La liste s’allonge.
Les quinze premières années, les experts de l’UNESCO ont surtout retenu les grands sites naturels.
On peut citer, parmi eux, le parc du Grand Canyon et le parc des Everglades, aux Etats-Unis, le parc du Kilimandjaro, en Afrique, ou les Calanques de Piana, en France.
Ils ont aussi inscrit de grands monuments historiques. Pour la France, on trouve des sites aussi divers que le Pont du Gard, le Château et le Parc de Versailles, la Basilique et la Colline de Vézelay ; des lieux mixtes comme le Mont-Saint-Michel, le Canal du Midi ou les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et des villes historiques comme la cité de Carcassonne.
A l’étranger, les exemples sont multiples : Angkor, le Taj-Mahal, la Tour de Londres, l’Acropole d’Athènes, la Grande Muraille de Chine... les villes anciennes de Byblos et de Tyr, Tombouctou, Venise, Prague et la Cité du Vatican.
Désormais, l’UNESCO valorise une idée plus humaine du patrimoine, associant l’architecture monumentale à l’architecture domestique et introduisant dans sa liste une notion de vie et de futur dans les sites choisis. Ce sont des lieux vivants qui fonctionnent encore et ne se sont pas figés irrémédiablement sur leur histoire ancienne.
Les exemples sont nombreux, pour la plupart des centres de villes toujours actives et modernes. Citons Salzbourg, Florence, Rome, Sienne, Naples, Porto, Cordoue, Tolède, Québec, Fez, Avignon, Strasbourg...
Le site historique de Lyon est, après Prague, le plus vaste des grands sites urbains retenus.
On comprend que l’UNESCO, fidèle à ses critères de «valeur universelle et exceptionnelle», une fois engagée dans cette nouvelle voie, rende la compétition et la sélection d’autant plus sévères et plus exigeantes.

Genèse de l'inscription du site historique de Lyon

A l’initiative de Régis Neyret, ancien président de la Renaissance du Vieux-Lyon et au nom de celle-ci, son président, Denis Eyraud soumet dès 1995 à M. Raymond Barre, maire de Lyon et à M. Denis Trouxe, adjoint à la Culture et au Patrimoine, l’idée de présenter la candidature du Vieux-Lyon au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ayant obtenu l’adhésion à ce projet, la Renaissance du Vieux-Lyon invite à l’assemblée générale de son cinquantenaire, en novembre 1996, le directeur général de l’UNESCO, représenté par M. Azzedine Beschaouch. Celui-ci, très favorable au projet, souligne l’intérêt de joindre la Lugdunum antique - Fourvière - au Vieux-Lyon pour réunir en une seule entité les témoignages des siècles d’apogée de Lyon.
Un groupe de pilotage constitué par la municipalité de Lyon travaille alors à la mise au point du dossier de candidature, de janvier à mai 1997.
La réflexion conduite durant l’élaboration de ce dossier amènera le groupe à étendre le périmètre concerné à tout l’intérieur des anciens remparts de la ville qui constitua le site historique de Lyon, depuis sa création jusqu’au XVIIIe siècle : le Vieux-Lyon et Fourvière, les pentes de la Croix-Rousse et la Presqu’île (du boulevard de la Croix-Rousse au nord jusqu’à Ainay, rue Franklin, au sud).
Le ministère de la Culture donne son accord et transmet le dossier à l’UNESCO en juin 1997.
La Renaissance du Vieux-Lyon est associée à la réception de l’expert envoyé sur le site.
Le 5 décembre 1998, le site historique de Lyon est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au cours de la 22e session du comité à Kyoto (Japon).
Cette nomination est une reconnaissance internationale du travail déjà accompli et auquel la Renaissance du Vieux-Lyon a contribué largement depuis de nombreuses années.

Le comité de pilotage du dossier, sous l’autorité de Denis Trouxe, adjoint à la culture et au patrimoine était composé de :

  •     Régis Neyret, coordinateur du projet
  •     Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques, assisté de Jérôme Francou, architecte du patrimoine
  •     Thierry Dahan, délégué général à la culture au secrétariat général de la ville de Lyon
  •     Denis Eyraud, président de la Renaissance du Vieux-Lyon.

La RVL était plus particulièrement chargée de l’historique, des documents photographiques et de la bibliographie.
Elle s’est entourée de la collaboration de :

  •     Henri Hours, ancien directeur des Archives Municipales, pour la partie historique, en collaboration avec Jeanne-Marie Dureau, directrice des Archives Municipales, Simone Blazy, conservateur du Musée Gadagne, Jacques Lasfargues, conservateur du Musée de la Civilisation gallo-romaine et Jean-François Grange-Chavanis, architecte en chef des Monuments Historiques.
  •     Michel Nicolas, ancien président de la RVL pour les recherches bibliographiques.
  •     Yves Neyrolles, pour les prises de vue couvrant tout le site historique.
    Le dossier a été présenté dans des boîtes réalisées par l’Ecole du Livre Jean Grolier selon la technique spécifique des Reliures de Lyon, contenant des classeurs recouverts d’une soie tissée Jacquard aux armes de Lyon, tissage particulier conçu et réalisé gracieusement par la Maison Dutel. Il a été traduit en anglais dans sa totalité par l’agence Intonations.

Le Patrimoine mondial de l’UNESCO

Pourquoi Lyon ?

Se promener sur le site historique de Lyon, c’est comme flâner à travers le temps en suivant un fil qui depuis plus de 2000 ans ne s’est jamais brisé. Mais, avant d’entamer une promenade dans les rues et les quartiers, il faut comprendre sur quels critères l’UNESCO a retenu Lyon.
L’UNESCO privilégie désormais des lieux culturels vivants, des sites entiers pris dans leur globalité.
A la notion de patrimoine monumental a succédé la notion de patrimoine humain.
Le site historique de Lyon fait partie de cette nouvelle génération. Il est exemplaire d’une vitalité intrinsèque qui ne s’est jamais démentie au cours des siècles.
Les villes retenues par l’UNESCO se transforment, vivent, s’étendent. Elles se sont modernisées tout en conservant et en sauvegardant leur patrimoine spécifique, cultivant avec soin ce «plus» qui les rend si différentes et uniques.
Lyon, entre ses deux fleuves et ses deux collines, a depuis toujours bénéficié d’un site naturel exceptionnel, très propice au développement de la ville.
Depuis ses origines, à l’époque romaine, jusqu’aux temps modernes et contemporains, celle-ci s’est inscrite dans le même périmètre géographique. Elle a gardé des traces permanentes et continues de chacune des périodes qui ont marqué son histoire. Aujourd’hui, les 476 hectares de son site historique sont le cœur d’une cité vivante et d’une agglomération qui s’étend sur 50 000 hectares. Elle continue, comme par le passé, à rayonner sur des plans divers : matériels, spirituels et culturels.
C’est donc plus de 2000 ans de vie qui se voient inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Plan du Site Historique de Lyon, environ 500 ha
Plan du Site Historique de Lyon, environ 500 ha
Légende
1964 : le Vieux-Lyon, 25 ha, est le premier secteur sauvegardé créé en France grâce à la loi Malraux de 1962.
1998 : le Site Historique de Lyon est le premier grand site urbain inscrit en France sur la liste du patrimoine mondial.
Le Site Historique, s’étend sur près de 500 ha, soit environ 10% de la ville de Lyon (5 000 ha) et 1% de l’agglomération (50 000 ha).
Il comprend les quartiers historiques inclus dans les lignes de défense tracées aux alentours de l’an 1 000, et en usage jusqu’au début du XIXe siècle.
Il englobe :
•    la colline de Fourvière et ses pentes orientées à l’est et au nord-est,
•    le Vieux-Lyon et ses trois quartiers, Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Paul,
•    la Presqu’île, depuis le boulevard de la Croix-Rousse, au nord, vestige «en creux» des remparts et de leurs bastions, jusqu’à l’emplacement des remparts d’Ainay, construits à l’ancien confluent maintenant déplacé, soit les quartiers des pentes de la Croix-Rousse, des Terreaux, des Cordeliers, des Jacobins, des Célestins, de Bellecour et d’Ainay.
Une «zone tampon», zone de protection, cadre le site. A l’est, elle est établie le long du Rhône, afin de prendre en compte le front urbain de la rive gauche du fleuve.

Le Site Historique de Lyon

Texte rédigé d’après la conférence de Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques.

Deux fleuves : le Rhône et la Saône, deux massifs montagneux, une vallée, un confluent, c’est ainsi que se présente le site géographique de Lyon.
Un environnement naturel à la fois simple et exceptionnel sert d’écrin à la ville. C’est là, en effet, au bord des fleuves et sur les collines dominantes, que la cité est née, s’est développée et a inscrit son histoire. La présence des deux fleuves, dont le confluent se situait jusqu’au XIXe siècle à Ainay, annonce, par définition, une zone d’influence, de passage, de richesse. Elle signifie que les hommes qui vivent là ne sont pas isolés, que le lieu est ouvert, accessible, heureux et qu’il restera toujours un centre d’échanges et de communications.
En même temps que les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse cernent les fleuves à l’ouest et au nord, elles protègent le site, le gardent et lui confèrent ampleur et majesté. Elles permettent des vues plongeantes extraordinaires sur la partie plate qui s’étend à l’est, sur les fleuves qui s’écoulent vers le sud et sur la succession impressionnante de ponts et de passerelles qui les enjambent gracieusement.
Les pentes de la Croix-Rousse
Les pentes de la Croix-Rousse
On peut s’étonner du fait que si peu de villes soient implantées sur des sites comparables, à la fois sereins et grandioses, propices à la prospérité et aux échanges. La raison en est simple : deux fleuves supposent une infrastructure plus lourde, un système de communications plus complexe. Il faut doubler les ponts. L’homme bâtisseur hésite et recule. Ce site naturel exceptionnel est la première spécificité de la ville de Lyon.
Lyon n’est certes pas une capitale. Mais le développement de son urbanisme est étonnant et unique. Dans toutes les autres villes européennes, le centre ville, d’un siècle à l’autre, est construit, démoli, remanié et reconstruit, toujours à peu près au même emplacement. A Lyon, au contraire, il s’est «naturellement» déplacé, glissant lentement de Fourvière vers les fleuves, pour s’étendre ensuite toujours plus à l’est.
Ici, les époques ne se superposent pas, elles se juxtaposent. Le centre de la ville romaine, même si quelques villas existaient à l’extérieur, se situait essentiellement sur la colline de Fourvière. La cité médiévale est descendue et s’est installée en bas des pentes, coincée entre la colline et la rivière. Ce sont les quartiers du Vieux-Lyon. A la période classique, à partir du XVIIe et au XVIIIe siècle, la ville s’est développée de l’autre côté de la Saône sur la Presqu’île. Au XIXe, courageusement, elle traverse le Rhône. Les urbanistes créent alors le quartier de la Préfecture et du cours Vitton. Enfin, le XXe siècle voit la Part-Dieu sortir de terre. Ce déplacement latéral vers l’est permet une lisibilité physique de la ville, une lecture directe des différentes couches urbaines, correspondant aux périodes successives de son histoire : romaine, médiévale, classique et contemporaine. La compréhension de l’évolution de Lyon devient extrêmement simple. Sur une vue aérienne de la ville, le regard est d’emblée frappé par l’harmonie des toitures et des couvertures, aussi bien dans les couleurs que dans les masses. La tonalité des ocres, des bruns et des gris se répète à l’infini, sans jamais lasser. La volumétrie homogène et cohérente des blocs, au nord comme à l’ouest, est à peine scandée et animée par les clochers, les dômes et les cheminées.
Unité, force architecturale, les toits reflètent l’équilibre de toute la construction urbaine et l’imbrication savante et harmonieuse des quartiers entre eux. La lecture visuelle d’un plan dégage la même impression d’évidence. Le boulevard de la Croix-Rousse, créé au XIXe siècle sur les anciennes fortifications du XVIIe, forme une ligne droite au nord. A l’ouest, se dresse la colline de Fourvière et sa basilique. Au sud, l’ancien confluent des fleuves étale sa plaine alluviale. Enfin, à l’est, le Rhône détermine une barrière naturelle au-delà de laquelle s’étendent les nouveaux quartiers.
Le site historique de Lyon apparaît avant tout comme un site bâti. Particularité tout à fait remarquable qui confère justement à l’ensemble architectural toute sa cohérence et son harmonie. La hauteur des bâtiments de l’époque classique et du XIXe siècle est restée la même qu’à l’époque médiévale. Ce n’est qu’au XXe que l’on perd cette notion d’échelle par rapport à la rue.
Contrairement à d’autres villes où elles ne s’élèvent que sur un ou deux étages, les maisons médiévales de Lyon sont très hautes. Les constructions ultérieures s’appuient ou s’alignent sur elles, avec beaucoup d’élégance, formant un noyau bâti homogène et structuré qu’aucune ligne étrangère ne vient parasiter.
Si on examine les plans successifs, on réalise à quel point Lyon s’est développée, pendant des siècles, toujours à l’intérieur des mêmes limites territoriales. La frontière naturelle formée par le Rhône, la ligne des remparts d’Ainay, les murs des XVIe et XIXe siècles, qui depuis la Saône escaladent la colline, puis les fortifications de Saint-Just qui, du fort de Loyasse, passent derrière Fourvière pour redescendre sur la Saône et revenir au boulevard de la Croix-Rousse, tout cela apparaît sur les plans dès 950. On retrouve ces limites en 1350, en 1550, ainsi qu’au XVIIIe siècle. Ce n’est que vers 1820 qu’un urbanisme véritable se met en place du côté du cours Morand et de la place Carnot.
Pendant presque 1800 ans, Lyon, ville intra-muros par excellence, est donc restée nichée dans la même enceinte, celle que l’on a définie comme étant le site historique de la ville. Le Vieux-Lyon et son quartier médiéval en sont, bien sûr, le fleuron, mais la lecture des anciens plans a permis d’en élargir la notion à un secteur beaucoup plus vaste qui témoigne, dans son ensemble, d’une histoire riche et mouvante et d’un urbanisme réfléchi.
Lyon est une ville gérée.
Les plans révèlent, en effet, une autre spécificité lyonnaise : celle d’une gestion urbaine tout à fait étonnante et continue à travers le temps.
On y trouve toujours, quelle que soit l’époque, la même définition du volume et des proportions, le même équilibre des masses construites, la même clarté. Un urbanisme profondément calme qui mesure ses intérêts et ses directions, et qui n’est jamais ostentatoire. Ainsi, il apparaît que, siècle après siècle, Lyon est une ville raisonnable et discrète qui planifie son urbanisme avec intelligence, en continuité d’une période à une autre. Elle ne cède jamais à l’instant illusoire de la mode et des styles. Elle sait attendre tranquillement, loin de l’agitation et du bruit, que ceux-ci se décantent de leurs artifices, pour n’en garder, quelques années plus tard, que l’essentiel et le meilleur.
C’est une ville de fond plus que de forme. Contrairement à d’autres villes ou capitales, bouleversées par les modes temporaires qui passent et s’égarent, Lyon a su et pu conserver son authenticité et son caractère homogène. Cela aussi fait d’elle une ville unique.
Que ce soit sur une gravure de 1697, une vue de 1844, ou une photographie contemporaine, la trame urbaine ne dévie jamais, l’harmonie du site demeure. On découvre toujours le même dessin précis des grands axes, la structure équilibrée des maisons, des églises et des monuments, la simplicité des façades, des ornements et des couvertures.
Pourtant, cette constante n’empêche pas la variété et l’émotion.
Authenticité, cohérence, unicité ne veulent pas dire monotonie, rigidité, froideur. La limpidité n’exclut pas le mystère. La splendide harmonie de l’architecture cache une grande fantaisie et une vraie subtilité. Il suffit de visiter les trois quartiers, de flâner dans les rues du Vieux-Lyon, en haut des collines ou au fil de l’eau pour s’en apercevoir.

Ressources documentaires