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Temple du change


Réalisé de 2014 à 2015

Pour évoquer la renaissance très attendue de la “Loge” que Soufflot avait reconstruite au XVIIIe siècle, nous donnons, tour à tour, la parole à l’architecte en charge de cette restauration et à un tailleur de pierre. 

Le classement récent de l’ensemble de l’édifice engagera une réhabilitation dans un avenir à déterminer.

(extrait du journal RVL n° 145, novembre 2015)

Le premier édifice est construit par l’architecte Simon Gourdet entre 1631 et 1655, sur une élévation inspirée de Serlio. D’après la seule vue connue (plan de Lyon par Guigou, 1659), il a composé une loge ouverte de 4 arcades entre pilastres doriques, un étage carré assez bas et un haut comble « à la française », percé de lucarnes. 

À la fin du siècle, un projet de reconstruction est envisagé en raison de la petitesse de l’ouvrage. Francesco Fontana et Robert de Cotte produisent des dessins ambitieux qui ne seront pas suivis de réalisation. 

En 1747, le gouverneur signe l’accord de construction d’une nouvelle loge au même emplacement, « suivant les plans et devis estimatifs dressés par J.G. Soufflot ». Les travaux sont exécutés par Jean Baptiste Roche entre 1748 et 1750. Néanmoins, l’intervention semble avoir simplement été constituée d’un aménagement et d’une extension par l’ajout d’une arcade supplémentaire et la reconstruction de l’étage sous attique. 

Transformé en Temple protestant au début du XIXe siècle, il n’a pas changé d’usage jusqu’à aujourd’hui. 
Cet édifice a subi de nombreuses transformations et divers travaux de restauration, mais son état nécessitait de nouvelles interventions. 
Classé partiellement au titre des Monuments Historiques (façades sur la place, par arrêté du 3 mai 1913), il a été inscrit en totalité pour les parties restantes, par arrêté du 1er juillet 2013. L’édifice a fait l’objet d’une étude générale de diagnostic et d’un chantier de restauration des façades en 2014-2015. 

Dessin du projet d'extension de la loge du change © Jacques-Germain Soufflot
Dessin du projet d'extension de la loge du change © Jacques-Germain Soufflot
Restauration des portes par un sculpteur sur bois © Yves Neyrolles
Restauration des portes par un sculpteur sur bois 
© Yves Neyrolles
Tête de lion en pierre, avant restauration © Yves Neyrolles
Tête de lion en pierre, avant restauration © Yves Neyrolles
La même après intervention d'un tailleur de pierre © Yves Neyrolles
La même après intervention d'un tailleur de pierre 
© Yves Neyrolles

Les parties concernées par le chantier 

La restauration aujourd’hui achevée a concerné quatre opérations principales qui présentaient des interactions fortes : la restauration des parements en pierre de taille constituant la façade et les deux retours ; la restauration des menuiseries garnissant les baies de ces façades (portes pleines mises en oeuvre au rez-de-chaussée lors de la fermeture de la loge au début du XIXe siècle, portes-fenêtres à carreaux garnissant l’étage dont certains éléments semblaient d’origine) ; le parvis constitué d’un vaste degré droit et de deux paliers latéraux en pierre de taille et garde-corps en fonte et la mise en place d’un éclairage de mise en valeur sur la façade principale. 

Les apports du chantier en termes archéologiques 

L’examen rapproché des ouvrages, grâce à l’échafaudage complet de la façade et le nettoyage profond des parements et des maçonneries, nous a amené à faire un certain nombre de constats. 

Tout d’abord, l’examen soigné de l’élévation du rez-de-chaussée bâti en pierre rose d’Anse n’a permis de déceler aucune trace de reprise ou de maçonnerie différenciée entre les trois arcades qui auraient été conservées (à gauche en regardant la façade) et les deux arcades qui auraient été ajoutées. L’intervention en ces termes, suivant le projet de Soufflot, ne semble donc pas assurée et la nature même de la façade à la fin du XVIIe siècle paraît à relativiser : ne possédait-elle effectivement que quatre arcades ? Ou bien la reconstruction a-t-elle été plus importante que ce que les archives relatent ? La réponse n’a pas pu être apportée. 

Le second point sur lequel nous attendions des éléments de réponse résidait dans la nature du parvis actuel, établi en 1831, et sur des éventuels vestiges qui auraient assuré l’existence des degrés courbes visibles sur la gravure de Bellicard et mentionnés au XIXe siècle. Là encore, les dégagements des pieds de façades sous le parvis, pour la réfection de celui-ci, n’ont montré aucun élément crédible ou intelligible : tout a été détruit lors des travaux de reconstruction de ce parvis.

 Après la dépose des enduits et badigeons, deux reprises importantes de maçonneries sont apparues au droit des parements concaves de l’étage des retours latéraux de façade. Situés sous d’importants anneaux en fer, ces refouillements peu soignés de l’appareil en pierre de taille ont été bouchés en mauvaise maçonnerie de briques. La disposition de ces encastrements anciens semble montrer un affouillement réalisé pour la pose des socles de statues d’angles telles qu’on les voit sur certaines gravures anciennes. 

L’analyse des menuiseries des baies d’étage a été plus enrichissante. Après leur nettoyage, plus des deux tiers des ouvrages sont apparus bien conservés et anciens, remontant probablement aux travaux du milieu du XVIIIe siècle. La restauration soignée des bois et ferronneries a permis de conserver l’essentiel de ces éléments historiques. 

Les apports du chantier  en termes patrimoniaux 

À la suite des nettoyages et dégagements nous avons pu constater que ces façades avaient subi des dégradations plus conséquentes que ce qui avait été perçu, vu de la rue. De nombreux ragréages et joints en mortier de ciment ont été révélés et cela a nécessité des remplacements conséquents de pierre de taille et des ragréages complémentaires au mortier spécifique de réparation. La sculpture du fronton central a également subi une restauration conséquente avec la retaille de toute la partie basse de l’ouvrage. Les maçonneries d’étage ont reçu un badigeon d’harmonisation visant à recréer le monolithisme apparent, en vigueur à cette époque de l’histoire de l’architecture. Le niveau inférieur a gardé son aspect rose naturel, marqué de pilastres et de forts bossages. 

L’ensemble des parties saillantes a été protégé par des revêtements en plomb réalisé avec finesse pour ne pas alourdir les modénatures. 

Les menuiseries, restaurées sur la base d’un ensemble entièrement conservé, ont retrouvé leurs volets intérieurs et l’ensemble a été recouvert d’une peinture grise choisie avec soin. 

Le parvis et l’escalier ont retrouvé leurs structures  minérales  permettant  un usage sécurisé et les ferronneries ont été restaurées et complétées par un portillon de service réalisé en continuité. 

L’éclairage de la façade sur la place a été revu : les flux lumineux sont plus doux et colorés ; les sources lumineuses, à faible consommation, intègrent le souci d’économies d’énergie.

François Peyre 

Architecte du patrimoine ,          Atelier Archipat  9 rue Buffon – 21140 Semur en Auxois 


Marcher dans les traces de Soufflot

« Je suis arrivé sur ce chantier en début d’année. Dans un premier temps, mon travail d’appareilleur a consisté à effectuer un diagnostic précis de l’état des pierres afin de proposer à l’architecte un calepinage (1)  des  différents  éléments  à remplacer. Assez peu de surprises : les parties abimées se trouvaient au niveau des corniches, hautes et basses, et nous avons remplacé ces éléments, avec une innovation au niveau de la corniche basse, où nous avons changé la partie inférieure, très dégradée, de certains blocs, en conservant la partie supérieure qu’il a fallu étayer pour travailler en sous-oeuvre. 

Les parties sculptées situées au niveau des toitures étaient, quant à elles, en bien mauvais état. Nous avons proposé de ne pas réparer la partie basse de la sculpture centrale, comme cela était prévu, mais de remplacer les pierres massives et de refaire la sculpture à l’identique. Cette opération a nécessité l’utilisation d’une grue pour la pose des blocs, dont certains pesaient près d’une tonne, et l’intervention de notre sculpteur, pendant deux mois, pour redonner à ce décor son nerf et son éclat d’origine. 

En effectuant un relevé de cotes sur le parvis, nous nous sommes rendu compte de la présence de pierres de très grande taille au milieu de blocs plus modestes. J’ai donc présenté un calepin qui reprenait l’intention d’origine, avec des marches très longues (3 m 40) et de grandes dalles alternant avec de plus petites, de façon symétrique et régulière. La mise en place de tout cet ensemble fut une épreuve, autant technique que physique, sous le terrible soleil de juillet. En septembre, nous avons terminé les paliers latéraux, redécouvrant une trace gravée de la crue de novembre 1840. 

Ainsi s’est achevé ce beau voyage dans le temps, du XVIIIe au XXIe siècle. » 

Emmanuel Bury, tailleur de pierre, entreprise Comte 

(1) plan détaillé sur lequel chaque pierre est numérotée.


Maître d’ouvrage : Ville de Lyon
Maître d’oeuvre : François Peyre /Atelier Archipat

Entreprises :
• Maçonnerie et taille de pierre : Comte
• Menuiserie et désamiantage : Asselin
• Ferronnerie : Naklis
• Couverture : Les Métiers du Bois
• Peinture : Rolando-Poisson
• Électricité : Bouygues ES
Ne manquez pas le reportage ci-dessous : 140 photos montrent en détail les travail des artisans.


Le temple du Change (ouverture)

(extrait du journal RVL n° 119, février 2005)  

Le Temple du Change ouvre ses portes au public

Chaque samedi après-midi de 14h30 à 17h30 (18/19h en été), même pendant les vacances.
Le premier samedi du mois, à 16h en hiver et 7h en été, des Moments musicaux gratuits sont proposés aux visiteurs par l’un des organistes de la paroisse.
Une initiative patrimoniale à saluer.


Il y a 200 ans, une loge pour les Réformés (Temple du Change, historique)

(extrait du journal RVL n° 115, novembre 2003) 

Le culte protestant au Change : une histoire paradoxale


Il y a deux cents cents ans, le 21 brumaire an XII, (le 13 novembre 1803), dans le cadre du Concordat et des articles organiques rétablissant les cultes en France, un premier culte protestant est officiellement célébré dans l'ancienne loge du Change devenue par arrêté préfectoral le Temple du Change quelques temps plus tôt, le 28 pluviôse an XII.
Dans leur histoire Lyonnaise, les protestants avaient enfin obtenu le droit de se réunir au sein de la ville, le culte ayant été depuis 1567 rejeté en périphérie de celle-ci, au château de Chandieu à partir de 1597, puis à Oullins en 1600 ou à Saint-Rornain de Couzon en 1630. Si l'on prend quelques instants pour analyser ce don fait aux réformés en examinant l'histoire de ce monument, on ne peut qu'être surpris par une étrange succession opérée en ce lieu entre le monde de la finance Lyonnaise puis celui de la Réforme. 
Certes, l'église des Cordeliers initialement prévue pour être dévolue au culte protestant était-elle en bien trop mauvais état et sans doute trop grande pour la communauté, alors que la loge, un reconvertie en hôtel durant la Révolution, était de bien meilleure qualité et facilitait un aménagement rapide pour le culte, mais cette transformation de la loge du Change en temple protestant peut apparaître paradoxale à plusieurs titres. 
Un premier paradoxe réside dans le choix du site, à proximité de la Primatiale des Archevêques de Lyon et à deux pas de l'église Saint Paul. Il était en effet, au cours de ces trois siècles écoulés, impensable d'envisager un tel voisinage pour une Eglise catholique engagée dans la Contre-Réforme, comme pour un pouvoir unificateur temporel comme au spirituel. Le don de la loge du Change constituait donc un réel événement : au sein de l'espace sacré de la cité, les protestants jouissaient enfin d'une liberté cultuelle toute nouvelle, ils pouvaient se réunir, prier ensemble au pied de Fourvière, dans ce qui était de longue date le « temple de Ia finance lyonnaise ». 
Un deuxième paradoxe, en effet, et non des moindres, se dégage du choix de cet édifice qui, par sa fonction, est en tout point contraire aux idées de la qui, rappelons-le, s'est élevée contre la pratique des Indulgences et refusait de mêler Dieu à l'argent. 
Un troisième paradoxe réside dans l'architecture même du bâtiment, construit entre 1631 et 1650 puis agrandi el surélevé entre 1748 et 1750 par Jacques-Germain Soufflot, totalement inspirée de l'œuvre de Sebastiano Serlio ( 1475-1 554) et dans le plus pur style baroque de Rome où Soufflot avait fait ses études d'architecture, cette Rome que Martin Luther qualifiait dès 1511 de « Babylone maudite ». 
L'histoire du bâtiment après 1803 s'écrivit selon les besoins mais aussi les grandes orientations de la spiritualité réformée, transformant plus particulièrement l’agencement intérieur. Pour répondre au sacerdoce universel des fidèles, il convenait d'organiser le plan intérieur selon un hémicycle qui sied à l'égalité des fidèles, II faut noter que le tout premier et éphémère temple lyonnais « Paradis », de 1564 à 1567 possédait une telle disposition. Après une première installation linéaire sous la voûte, selon une orientation sud-nord, ce plan est établi en 1822. La chaire monumentale, symbole de la prédication pastorale est hissée sur la façade ouest (elle fut descendue et placée sur la droite en 1977). Pour répondre à une affluence accrue on établit encore une galerie soutenue par douze colonnes de pierre (par la suite le nombre de celles-ci fut divisé par deux pour faciliter la vue), cet aménagement offrant une tribune où pouvaient prendre place les assistants au culte mais aussi un orgue monumental qui soutint depuis lors le chant des et des cantiques poser l'étage au-dessus du péristyle afin d'y organiser des salles d'école, un appartement pour le pasteur et une sacristie. L'extérieur ne fut pas modifié, En 1856 des travaux de réfection de la corniche se font à l'identique, ce qui ne fut pas le cas en 183 1 des escaliers d'accès. Menaçant ruine, ils sont remplacés par un seul continu donnant l'accès direct au perron. Au final, une fois fermée et dotée d'une galerie intérieure, la loge qui conserve son caractère d'ensemble a surtout perdu sa lumière intérieure et son ouverture vers l'extérieur, caractéristique des loges italiennes. Aujourd'hui la devise du commerce Lyonnais sur l'entablement est remplacée par l'inscription "Eglise réformée qui caractérise l'affectation d'un bâtiment qui, devenu paradoxalement le temple des Réformés, manifeste dans la vieille ville de Lyon, au sein du périmètre déclaré mondial de l'Humanité", la présence d'une Église qui, dans la légalité post-révolutionnaire puis sous le régime de la laïcité, a elle aussi obtenu droit de cité en terre lyonnaise.
Denis Eyraud d'après une étude de Myriam Boyer et Olivier Georges.


Les portes de la loge du Change (restaurations)

(extrait du journal RVL n° 109, juillet 2001)


Temple du Change : les portes se sont refait une beauté

Restauration très soignée des 5 portes de la façade du Temple du Change : d'éléments détériorés, traitements élaborés de teinture et de conservation. Ce travail, dû à la Ville de Lyon, était plus que nécessaire. 
Alors à quand les mêmes soins esthétiques pour les fenêtres du niveau supérieur ? Il v a aussi une grande urgence... 


Les utopies prennent forme (Loge du Change)

(extrait du journal RVL n° 104, novembre 1999)


Les horloges idéales de Soufflot un événement exceptionnel pour la nuit du 31 décembre 1999.

Dans la nuit du 31 décembre 1999, le Temple du Change, célèbre bâtiment de l'architecte Soufflot, sera placé sous le signe du temps.
Il marquera symboliquement la dimension temporelle du passage à l'an 2000.
Deux horloges monumentales, "les horloges idéales de Soufflot" matérialiseront cet événement. La déclinaison des dernières minutes et des dernières secondes de l'année sera reproduite sur les trois écrans géants de la place Bellecour.
La Ville de Lyon mettra ainsi en valeur un de ses plus beaux monuments et rendra vie à la pierre. Ce sera aussi l'occasion d'un hommage à Soufflot par la ville où il avait choisi d'exercer son art.

"Les rythmes de l'Histoire ont fait de Lyon : la Capitale des Gaules, une puissance financière de fa Renaissance, la principale ville horlogère du XV11 0 s Aujourd'hui, c'est une ville industrielle, capitale régionale et culturelle, une ville de mouvement et d'avenir.

Pour symboliser cette histoire et mettre en valeur le métier d'horloger, des hommes* vont relever un défi au temps et à la technologie : le quantième perpétuel circonférentiel. Ils vont ainsi produire une œuvre unique au monde, horloge "idéale", marquant les jours, les mois et l'année, pensée et voulue par Soufflot, mais jamais encore réalisée.
Cette œuvre vivante sera une rencontre entre l'homme, le patrimoine, la mécanique et l'esthétique, entre la tradition et l'innovation, entre te passé, le présent et le futur; c'est le lien entre tes artisans d'hier et ceux d'aujourd'hui".
(Ce texte est tiré du programme général des festivités de l'an 2000, rédigé à partir d'éléments fournis par Bernard Birot et Philippe Carry).
* Sur une idée de la RVL, mise en forme par un collectif d'horlogers : Philippe Carry - l'Horloger de Saint-Paul - Xavier et Éric Desmarquest et Jean-Jacques Marchand. Le projet étudié dans toute sa complexité technique a été présenté à fa "Mission Lyon 2000" qui a accepté de le financer, reconnaissant l'intérêt majeur d'une telle création, qui marquera un événement majeur, mais sera le contraire d'une réalisation éphémère !


En juin hommage à Soufflot

(extrait du bulletin RVL n° 36, mai 1980)


La Loge du Change

Un grand merci aux élus grâce à qui les Lyonnais peuvent assister actuellement à la toilette de la LOGE du CHANGE (Temple Réformé, heureusement toujours en fonction) . Cette magnifique façade en pierre rosée sera un des fleurons des manifestations prévues dans notre ville pour célébrer le bi centenaire de la mort de l'Architecte Jacques-Germain SOUFFLOT (1713-1780).
Dernière façade encore noire sur la place, celle de la "Maison THOMASSIN" (classée Monument Historique) pourrait être ravalée l'an prochain. C'est ainsi toute la place du Change qui serait nettoyée, pour le plus grand plaisir des habitués de la zone piétonne du Vieux Lyon.
Il ne reste plus à la ViIle, qui est d'accord - en li aison avec les demandes et projets des Associations du Vieux Lyon — qu'à installer des bancs supplémentaires de chaque côté du Temple et du côté de l'arbre et de La Maison Thomassin, afin que Les gens assis puissent bavarder entre eux place du Change- (Merci à la Ville pour les nouveaux bancs — à dossier — qui viennent d'être installés quai Romain Rolland).


Façade de la loge du Change

(extrait du bulletin RVL n° 34, octobre 1979)


La façade de la Loge du Change enfin blanche ?

Au moment où Lyon s'apprête à fêter le bicentenaire de la mort de Jacques-Germain SOUFFLOT (1713-1780), ne serait-il pas urgent d'entreprendre enfin les travaux de ravalement de la façade de la LOGE du CHANGE ?
Ce grand architecte lyonnais, à qui nous devons également la façade de l'Hôtel Dieu, a su garder à cet élégant édifice classique des proportions compatibles avec son environnement architectural Gothique et Renaissance.
Gageons que les Affaires Culturelles, l'Environnement, la Municipalité et les autres, sauront trouver les sommes (modestes) nécessaires à cette opération, qui aurait en outre I ’avantage de compléter les ravalements effectués ces temps derniers Place du Change.


Le change, les bourgeois et les fêtes sous la Renaissance

(extrait du bulletin RVL n° 1, avril 1962)

Les traits dessinant la physionomie d'une ville, voire d'un quartier, sont nombreux et complexes. Mais toujours y figurent les liens qui l’unissent aux axes du commerce régional ou général. Durant toute l'Antiquité, la route de la Méditerranée au Rhin passait, chez nous, par notre rue Tramassac. Mais la population s'y aggloméra précisément dans le temps que le grand commerce faiblissait. Au XIIème siècle, la construction des ponts sur le Rhône et la Saône canalisa par la rue Mercière le courant des transports européens et laissa donc à l'écart le cloître Saint-Jean. Elle suscita par contre la formation d'un quartier marchand de premier ordre, là où le trafic, avant le goulot du Pont de Saône, trouvait à s'étaler pour régler ses affaires.
Comme il est classique à l’entrée d'une ville, les auberges se pressèrent entre Saint-Paul et le pont; l'Abergerie, ou rue des Hébergeries en tirait son nom : le Mouton, la Pomme, le Poulet, le Heaume, le Chapeau Rouge (dont le nom six fois séculaire persista jusqu'à nos jours, pour être remplacé par une raison sociale impersonnelle, sans goût ni grâce), le Dauphin, le Chapeau-Couronné, les Trois-Rois, Saint-Eloi, la Tête-Noire, le Porcelet. On imagine le va-et-vient, les cris, l'odeur d'écurie, les bruits de roues et de chevaux, qui débordaient dans les rues voisines de ce vaste caravansérail. Avec les auberges, la Douane... C'est en 1553 que s'installa, là où s'élève aujourd'hui le Conservatoire, cette administration chargée de contrôler l'entrée en France des marchandises dans tout le Sud-Est.
La route et ses voyageurs avaient apporté au quartier Saint-Paul l'animation et la vie. Le change lui donna la richesse. L'extrême diversité des monnaies en cours sur toutes les places d'Europe en faisait l'opération de base du commerce et de la banque. Les changeurs, ayant besoin d'espace pour dresser leurs tables, trouvèrent la place de la Draperie, « à la descente du Pont de Pierre », et l'occupèrent si bien qu'elle prit leur nom. Dès le XIV° siècle, aux jours de presse, la place se chargeait de tables et de bancs où s'empilaient les monnaies de toutes origines. Tout autour, dans les boutiques obscures, commençaient à s'établir les facteurs ou associés des principales maisons italiennes, maîtresses de la finance du temps.
La création des foires au xv° siècle, et l'immense développement du commerce accrurent le mouvement dans des proportions démesurées. Le quartier devint le lieu de rencontre et de séjour de la plus haute banque européenne : Bonvisi, Cenami, Strozzi, Gondi, Guadagni, Kleberger : de Lucques, de Milan, de Florence ou de Nuremberg, tous venaient au Change prendre part aux décisions réglant la vie monétaire de l'Europe, contribuer aux emprunts demandés par le Roi pour financer sa coûteuse politique, organiser le précieux commerce de la soie.
Ces fastueux personnages aimaient à se distraire, comme un chacun, et le faisaient en simplicité, selon les mœurs du temps. Au dimanche gras de 1553, Thomas de Gadagne fit une « momerie » où Proserpine et Pluton, montés sur un char avec Cerbère et Radamante, traversèrent la ville entourés de cinquante diables. L'année suivante, pour le mariage de sa fille Hélène avec Laurent Capponi, nouvelle cavalcade costumée qui, partie de Bellecour, sillonna les rues en divers sens pour terminer joyeusement la journée « chez Guadaygne ». La rue Juiverie (à la voir, le croirions-nous !) servait normalement de décor aux jeux nobles : course à la bague, joutes et tournois. C'est là que le jeune Bayard, encore inconnu, rompit ses premières lances et se fit pour la première fois admirer par les dames.
Mais la vie n'est pas que fêtes. Les quatre foires annuelles des Rois, de Pâques, d'Août et de la Toussaint, marquaient la date des échéances et des paiements à terme ; et c'était à chaque fois un regain de fébrile activité chez les changeurs, banquiers et tous négociants. Jusqu'à la Révolution, ce rythme saisonnier scanda la vie commerciale de Lyon. L'exercice de la banque était libre, et chacun, selon les édits, pouvait « tenir banc de change ». Mais il fallait bien se rencontrer, discuter, se donner un minimum d'organisation. Longtemps les marchands se contentèrent de la simple place du Change que l'on fermait de barrières, pendant leurs conversations, pour empêcher chevaux et voitures de les déranger. Ils jugèrent enfin l'installation par trop rudimentaire et réclamèrent, à partir de 1517, la création d'une bourse. Querelles et palabres durèrent plus d'un siècle ! En 1637 on tomba finalement d'accord pour construire le bâtiment. Commencé en 1643, mal fini, mal entretenu, il tomba peu à peu en ruine. Enfin il fut décidé de le relever et l'on profita du passage de Soufflot pour lui demander les plans de la nouvelle loge qui, bâtie de 1748 à 1750, ne s'est, depuis, que peu modifiée.
Le quartier du Change occupait un véritable carrefour. Si Saint-Jean, en effet, avait été laissé à l'écart du grand axe commercial du Pont du Change, la Cathédrale et le Cloître, avec le palais de Roanne, avaient à eux seuls assez d'importance pour attirer et créer un courant de circulation propre. Pendant longtemps le Pont de pierre fut seul à traverser la rivière et pour aller de Bellecour ou des Jacobins à Saint-Jean, les gens pressés prenaient les barques (les bêches) qui attendaient le client. Comme il n'y avait pas encore de quai sur la rive droite, dont les maisons baignaient le pied dans l'eau, la rue Saint-Jean était la grande rue du quartier. Tout le trafic en hommes, en marchandises, l'empruntait obligatoirement. Par-là passaient les lamentables défilés des archers et des pénitents encagoulés, conduisant se faire exécuter aux Terreaux les malheureux condamnés et torturés à Roanne. Par-là, aussi, les processions, les cortèges interminables dont nos pères se montraient si friands. Jusqu'en 1393 chaque année, un matin de juin, le clergé de Saint-Paul venait à la cathédrale chercher celui de Saint-Jean. Tous repartaient à pied jusqu'à Vaise ; de là, s'embarquait pour l'Ile-Barbe la fête des Merveilles qui allait jusqu'au soir dérouler sur la Saône une liturgie remontant sans doute au culte des martyrs de 177...
Chaque fois qu'une procession générale mettait en branle le clergé et le bon peuple de Lyon, l'itinéraire pouvait varier mais c'est à la cathédrale qu'elle commençait ou finissait. Chaque fois, donc, la grande rue Saint-Jean voyait défiler les ordres religieux, et Dieu sait s'il y en avait : Jacobins, Cordeliers de Saint-Bonaventure, Cordeliers de l'Observance, Capucins des trois couvents, grands Carmes, Carmes déchaussés, Minimes, Récollets ; puis venait le clergé des paroisses, les collégiales (Saint-Paul, Saint-Just, Saint-Nizier) les autorités, le peuple. Tout ce monde, vénérant le Saint-Sacrement, chantait des cantiques en implorant la clémence divine selon l'intention proposée : peste, sécheresse, un sacrilège à réparer, la guerre à écarter, une victoire à fêter ou encore, aux processions rituelles comme celle de la Fête-Dieu, la simple prière liturgique du jour. Tout cela, bien sûr, sans préjudice des processions particulières qui affectaient le seul quartier.
Autres cortèges, les « entrées solennelles » que Lyon offrait au Roi et à la Reine quand ils daignaient visiter leur bonne ville, au gouverneur et à l'archevêque la première fois qu'ils venaient prendre leurs fonctions. On accueillait aux portes de la ville le personnage que l'on fêtait et, en grand cortège (clergé comme aux processions, milice bourgeoise en armes, « enfants de la ville » - ou jeunes gens des plus notables maisons -, corps constitués), on l'accompagnait au travers d'arcs de triomphe et monuments de circonstance ornés de figures allégoriques et de savantes devises latines, tout en écoutant d'interminables harangues. A l'entrée du Cloître, à la Porte-froc, dernier arc de triomphe, dernier discours, puis une messe solennelle clôturait la cérémonie.
La coutume, ou le rite, maintint la tradition de cet itinéraire même quand on eût jeté sur la Saône, en 1639, un pont reliant Saint-Jean à Bellecour. Ce pont de l'Archevêché, d'ailleurs, en perpétuelle réparation, n'inspirait guère confiance. Un solide pont de pierre fut enfin inauguré en 1807, l'année de la paix de Tilsitt, d'où son nom. C'est également dans la première moitié du XIXe siècle que l'on se décida, pour dégager les étroites rues du quartier, à créer des quais en empiétant légèrement sur le large lit de la Saône.
Mais à ce moment, la richesse et les fêtes s'étaient enfuies : Ainay et SaintClair avaient enlevé au Vieux Lyon ses riches habitants, les Terreaux lui avaient pris la vie des affaires, et l'Eglise Réformée revenue à la vie publique avait, en 1804, fait un temple de la loge abandonnée par la Bourse pour le Palais Saint-Pierre. Plus de Cloitre Saint-Jean, plus de grandes processions comme autrefois, plus de gouverneur, plus d'entrées solennelles...
Vieux quartier, vieilles maisons, petites gens : l'agitation, les affaires, l'encombrement des rues, les belles constructions neuves s'éloignaient d'eux. Les urbanistes, heureusement pour nous, les délaissaient et, sans le faire exprès, nous conservaient ainsi notre « vieux Lyon », bien sale, encombré de laideurs inutiles, mais si cher à nos yeux que fatigue, répété à l'excès, un décor sans âme et hors de la mesure humaine.
Henri Hours
Archiviste de la Ville de Lyon. Ce chapitre est extrait de « Renaissance, Histoire et Actualité du Vieux-Lyon.
Une plaquette, 84 pages, hélio et typo, deux couleurs (Editions « Réalisation », 25, place Tolozan à Lyon). En vente chez tous les libraires.