Réfection plutôt que simple ravalement : un bel exemple au 3 rue du bœuf


(extrait du Journal RVL n° 156, juin 2021)

Stéphanie Canellas, architecte du Patrimoine (Atelier Isshin), en charge de ce chantier, nous en fait la description :

Le 3 rue du Boeuf est un bel exemple d’ancien hôtel particulier édifié au XVIIe siècle, transformé depuis en immeuble d’habitation, au coeur du secteur sauvegardé du Vieux- Lyon. L’important décor de pierre de taille apporte une forte majesté et composition à la façade sur rue, alors que la cour intérieure est remarquable pour son escalier semi-ouvert et ses galeries d’époque. La dernière grande campagne de restauration datait de 1970 environ. Fort du constat d’une importante détérioration de la façade sur rue, tout particulièrement encrassée, les copropriétaires actuels ont souhaité engager une campagne globale de restauration et de valorisation des façades, sur rue et sur cour. 
L’Atelier Isshin est intervenu en mission complète afin de définir un bouquet de travaux adaptés aux exigences sanitaires et patrimoniales de l’édifice. Il a été jugé important de trouver un juste équilibre dans la palette de couleurs retenue pour les enduits, les maçonneries et l’ensemble des menuiseries et serrurerie, pour valoriser les dispositions architecturales. Une recherche particulière a été portée afin de retenir une teinte d’enduit qui entre en résonance, mais pas en concurrence, avec la façade de l’hôtel Cour des Loges, qui lui fait directement face, à trois mètres de distance. 
Comme beaucoup d’immeubles de cette époque, le soubassement est en pierre de Saint-Cyr, une pierre plutôt grise qui a été conservée apparente. Aux étages, la pierre dorée des Montsd’Or a été protégée par un lait de chaux lorsqu’elle a pu être conservée apparente. Les fonds de façade ont reçu un enduit et un badigeon de finition traditionnels, formulés sur site par l’entreprise, à base de chaux naturelle, teintée à l’aide de sables locaux.
Les interventions dans la cour ont été plus nuancées, car les façades étaient en meilleur état global. Un nettoyage général, une restauration des maçonneries en recherche, et la réalisation d’un nouveau badigeon, dans une teinte plus claire que celle de la façade sur rue, ont permis de retrouver une cohérence visuelle d’ensemble, qui met en valeur les particularités architecturales de l’escalier.
Les travaux ont été menés avec grand soin et expertise par les compagnons de l’entreprise Jacquet, spécialisée dans ce domaine.

Cette opération a obtenu le label « Fondation du Patrimoine » et bénéficie d’un accompagnement de l’association Renaissance du Vieux-Lyon pour la réfection de la porte d’entrée.

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Le point de vue d’un copropriétaire habitant

En 2003, Jean-Marc Renard revient avec son épouse des États- Unis pour prendre un poste de cadre chez Sanofi-Pasteur. Pour le logement, il est invité à « chercher dans le 6e », mais des amis le mettent sur la piste d’un appartement du Vieux-Lyon, alors en quête d’acquéreur. Pour ce couple, c’est aussitôt « le coup de foudre », et « la passion dure depuis bientôt vingt ans… ».
Frappés par l’obligation de ravalement des façades, les copropriétaires hésitent d’abord devant l’ampleur des travaux auxquels l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) les soumet pour redonner sa splendeur à un immeuble de cette qualité architecturale. Plusieurs assemblées générales, entrecoupées de discussions avec l’ABF ou entre copropriétaires (certains n’habitent pas l’immeuble), et la recherche d’un architecte du patrimoine pour un suivi rigoureux du chantier, seront nécessaires. Car le budget global représente pour eux un vrai sacrifice financier.
L’architecte des Bâtiments de France souhaiterait même qu’on mette à profit cette opération en réinstallant les meneaux aux baies donnant sur la rue. Selon elle, la façade s’harmoniserait ainsi avec sa voisine du 5 rue du Boeuf. Le coût d’une telle intervention amène les copropriétaires à négocier à nouveau et à proposer qu’on se contente, pour l’instant, de remettre le meneau manquant à une baie de la cour. Aux copropriétaires futurs d’un ravalement futur, dans vingt ou trente ans, d’apporter leur part à cette résurrection progressive de l’âme de la maison… C’est ainsi que les travaux ont pu s’engager, malheureusement retardés par le premier épisode de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid 19.
De septembre 2020 à fin avril 2021, le chantier a été mené en présence des habitants, ce qui n’a pas toujours été « une partie de plaisir ». L’échafaudage bâché, élevé sur la rue, a plongé tout le monde dans une quasi obscurité durant plusieurs mois. Si le premier sablage a été effectué correctement, il n’en a pas été de même pour le second, par manque d’étanchéité. Il a fallu aussi déplorer une inondation accidentelle.
À présent que la beauté a été retrouvée, ces « accidents de parcours » sont classés au titre « d’aléas du chantier » et leur souvenir commence à s’estomper.
Il reste à résoudre le problème du remplacement de la porte d’entrée, qui fait manifestement injure à cette maison. Les copropriétaires se sont mis d’accord pour « remettre la main à la poche », à condition qu’on les aide un peu. Aussi apprécient-ils le fait que la RVL ait retenu leur dossier pour son « aide au Petit Patrimoine », instituée à partir du legs de Mme Fouilloux.