Matrimoine du 5e


Les femmes dans l'espace public du 5e arrondissement - Mars et avril 2021

Exposition prolongée jusqu'au lundi 26 avril 2021

VOIRIE : OÙ SONT LES FEMMES ?

En France, 6% des rues portent un nom de femme. Pour la seule voirie, ce chiffre tombe à 5% dans le 5e arrondissement de Lyon (contre 43% de noms masculins, et 52% de noms neutres).
Elles ne sont en réalité que six femmes à avoir explicitement leur nom sur une rue ou allée de notre arrondissement : Pauline Jaricot, Mère Élisabeth Rivet, Soeur Janin, Soeur Bouvier et Anne-Marie et Marie-Louise Soucelier. S’ajoutent la rue des Estrées, mais sans référence explicite à Gabrielle des Estrées, ou encore les impasses de la Joconde et de la Reine, les rues Henriette et des Trois Maries.
L’injustice mémorielle la plus flagrante de notre arrondissement se situe sans doute rue « Joliot-Curie », qui ne fait référence qu’à Frédéric et non à Irène, alors que les deux ont reçu le Prix Nobel de Chimie, et que seule la seconde a été membre d’un gouvernement français. C’était d’ailleurs l’une des trois premières, en 1936.

MÉMOIRE DES FEMMES DANS L’ESPACE PUBLIC : 

SORTIR DE L’INVISIBILISATION

Cette invisibilisation est ancienne. Déjà dans le plan scénographique de Lyon de 1550, on ne distingue que 37 femmes parmi les 428 personnages représentés dans l’espace public, soit 8,6%. Sur la fresque des Lyonnais de 1995 qui se trouve dans le 1er arrondissement, elles ne sont que cinq femmes sur 31 personnages (16,1%), dont aucune parmi les six contemporains.
Est-ce parce que les femmes ne font rien de notable, ou ne sont à la source d’aucun acte héroïque, d’aucune découverte ? Certainement pas. Les temps changent, et les femmes prennent la place qui leur est due, dans les différentes sphères de notre société (politique, sciences, culture, sports), même si des résistances parfois féroces perdurent. Le combat pour rendre plus visible la mémoire des femmes à travers les siècles s’amorce tout juste.
Cette exposition vous donne à voir 29 portraits de femmes qui ont leur nom dans l’espace public de notre arrondissement… ou pourraient légitimement y prétendre. Preuve qu’en cherchant un peu, on trouve facilement des femmes aux parcours passionnants, mais qui n’ont pas toujours eu la reconnaissance qu’elles méritaient, des femmes dont l’Histoire et surtout ceux qui l’écrivent ont parfois effacé la mémoire.

L'exposition complète à télécharger (33 pages en pdf)

Appel à contribution

Cette exposition est l’occasion de lancer une démarche participative et au long cours sur le Matrimoine de notre arrondissement, afin de rendre visible les femmes dans notre espace public.
La Mairie du 5e arrondissement de Lyon vous invite donc à contribuer en :
  • Proposant des femmes inspirantes pour nommer nos prochains aménagements urbains (rues, parcs, établissements publics…)
  • Nous signalant des femmes ayant marqué l’Histoire, qui ont un lien avec notre arrondissement (lieu de naissance, lieu de vie, lieu de mort, lieu de travail…)
À cet effet, deux boîtes à idées sont disponibles en Mairie (Portail central du parc - angle de rues Locard / Point du Jour) et Annexe (5 place du Petit Collège - Accueil au 1er étage).
Par ailleurs, vous pouvez aussi nous adresser vos contributions à l’adresse email suivante : mairie5.protocole@mairie-lyon.fr

Remerciements

Cette exposition n’aurait pas pu se faire sans le soutien et le dévouement de personnes ou d’organisations que nous remercions chaleureusement :
Les équipes de la Bibliothèque municipale de Lyon, particulièrement Philippe RASSAERT ; les équipes du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), et particulièrement Régis LE MER ; les agents des Archives municipales de Lyon, et particulièrement Louis FAIVRE D’ARCIER, directeur ; le Musée Curie ; le Musée Lugdunum ; le conseil de quartier Point du Jour - Champvert - Jeunet ; la Renaissance du Vieux Lyon, et notamment Frédéric AURIA et Georges GUERRIER ; le couvent des Petites Soeurs de la Sainte-Enfance ; l’ Hôpital de Fourvière ; André PELLETIER, historien ; Corinne POIRIEUX/ PELLETIER des Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire ; Pierre- Edmond DESVIGNES, Président Historical - Cities. org ; Charlotte DEBELLE DUPLAN, archiviste du Diocèse de Lyon ; Soeur Maryvonne DUCLAUX, religieuse archiviste de la congrégation Sacré-Coeur de Jésus ; Soeur Alice NOIR, supérieure de la congrégation des Soeurs hospitalières de Notre-Dame de Pitié de Lyon ; Jean Louis CLEMENSON, petit-neveu de Gabrielle DUPOND-EBRARD ; Jean-Dominique DURAND, conseiller d’arrondissement.
Directrice de la publication : Nadine GEORGEL, maire du 5e arrondissement de Lyon
Coordination du projet et recherches : Sophia POPOFF, Enzo POULTRENIEZ
Recherches, rédactions et relectures : Sophia POPOFF, Enzo POULTRENIEZ,
Catherine GOUJON, Bénédicte DRAILLARD, Philippe CARRY, Rashida GOUZ, Sandrine ROMAND
Production graphique et scénographie : Laetitia GAUTIER et Agence ATC GROUPE
Financement : Mairie du 5e arrondissement et Ville de Lyon. Mars 2021.



3 anciennes adhérentes à la RVL...


Marianne Chassot, épouse Guerrier

  • 23 février 1923 (Paris) — 31 mars 2001 (Lyon)
  • #musique

Une des premières compagnonnes de la musique.

DE JEUNE FRANCE AUX COMPAGNONS ET COMPAGNONNES DE LA MUSIQUE.

Quand Louis Liébard décide en 1941 de créer les Compagnons de la Musique, Marianne, alors membre de Jeune France, le rejoint. Le but des Compagnons de la Musique était de procurer du travail à de jeunes réfugié·es de la zone occupée, dans un esprit patriotique : contre l’Occupation nazie mais fidèle dans un premier temps au régime de Vichy. À partir de novembre 1942, les Compagnons de France se rapprochent d’ailleurs du réseau de résistance Alliance, ancré dans les milieux de droite nationale et dirigé par Marie- Madeleine Fourcade.
Jean Verline, assistant et répétiteur de l’ensemble, le décrit comme suit « un groupe de jeunes qui enseignera, donnera des représentations et propagera le chant choral grâce aux chansons
folkloriques françaises ». Dans un article publié dans la Revue d’histoire moderne & contemporaine (2012/4 (n° 59-4), Philippe Nord, faisant référence aux membres du groupe qui « [entamaient] [leur] parcours avec déjà quelque expérience de la vie scoute ou des approches privilégiant le collectif... /... ».

« MARIANNE S’EN VA AU MOULIN ».

Louis Liébard installera les Compagnons de la Musique dans une maison de la famille Chomel, 10 chemin de Champvert, et les Compagnons se produiront d’abord dans le quartier du Point du Jour. Marianne Chassot est une des deux premières femmes équipières de Louis Liébard ; l’autre étant Odile Michal-Darodes. Les Compagnons de la Musique partaient en tournée dans les « pays compagnons », camps disséminés en zone libre, afin de distraire ces milliers de jeunes gens séparés de leurs familles. Leur répertoire se composait de chants populaires, de chansons animées et de danses folkloriques.
Fred Mella, soliste du groupe, qualifie dans ses Mémoires la voix de Marianne Chassot de « jolie voix de soprano ». En 1943, une partition d’une chanson intitulée « Marianne s’en va au Moulin » est publiée dans Résonances Françaises, et dédiée à Marianne Chassot.

LES COMPAGNONS DE LA MUSIQUE.

Le 5 avril 1944, les Compagnons de la Musique donnent une représentation à Paris. À cette occasion, ils rencontrent Édith Piaf. Du 4 au 28 mai 1945 les Compagnons de la Musique, dont
Marianne Chassot est désormais la seule femme, font partie du Théâtre aux Armées et suivent les troupes alliés d’Alsace en Allemagne. À cette occasion, ils rencontrent le Général de Lattre de Tassigny.
En 1946, huit des Compagnons dont Fred Mella fondent les Compagnons de la Chanson (groupe à grand succès, qui se produira jusqu’en 1985). Les Compagnons de la Musique ne survivront que quelques années.
Marianne Chassot se marie avec Jean Guerrier le 19 septembre 1945. Elle réside au 7 quai Fulchiron entre 1945 et 1980, puis au 83 rue Joliot-Curie entre 1981 et 2001. Elle élève alors leurs cinq enfants et s’engage auprès de Familles du Rhône et au sein de la paroisse Saint-Jean. (S.P. et E.P.)

Denise Domenach, épouse Lallich

  • 10 octobre 1924 (Lyon) — 19 juillet 2020 (Lyon)
  • #résistance #mémoire #catholicismesocial

Résistante et passeuse de mémoire

GÉNÉRATION 40.

Née en 1924 dans une famille catholique sociale, Denise Domenach est rapidement sensibilisée aux dangers du nazisme. Dès 1940, dans son journal intime, elle évoque De Gaulle « un Général qui pense comme nous ». Naturellement, elle s’engage aux premières heures dans différents mouvements de la Résistance, au sein desquels elle gravit rapidement les échelons.
En 1940, elle fait office d’agente de liaison pour le Mouvement Combat ou Témoignage Chrétien. En 1942, membre du mouvement étudiant des Forces Unies, elle officie comme faussaire, imitant la signature d’agents de police sur de faux papiers. En 1943, étudiante à la Faculté de Lettres de Lyon, elle rejoint les Jeunes Chrétiens Combattants. Nommée en mai 1944 responsable des Mouvements Unis de la Résistance, elle devient une cible de la Gestapo et doit quitter Lyon. À la Libération, elle est responsable du Mouvement de Libération Nationale.
Denise Domenach-Lallich a reçu la Médaille de la Résistance et a été nommée Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.

PASSEUSE DE MÉMOIRE.

En 1999, elle retrouve par hasard son journal intime qu’elle avait rédigé durant la guerre et l’occupation. Elle décide alors de le publier sous le nom « Une jeune fille libre ». Témoignage rare et précieux, les extraits de ce journal serviront de fils conducteurs à une exposition du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) en hommage à la « Génération 40 », cette génération d’adolescent·es pendant la guerre, en 2018 et 2019.
Cette publication la pousse à raconter son histoire et notre Histoire, activité à laquelle elle consacre de plus en plus de temps, notamment auprès des collégien·nes et lycéen·nes. Elle participe par la suite à la rédaction de l’ouvrage « Les lieux secrets de la Résistance - Lyon, 1940- 1944 » avec Serge Curvat, et Chantal Duprat-Odet (publié en 2003 chez Lejeune).

Mariée depuis 1946 à Bernard Lallich, elle l’accompagne durant ses 15 ans de maladie d’Alzheimer. Elle s’intéresse alors au grand âge et à la mémoire, fonde l’association Rhône-Alzheimer dont elle devient vice-présidente.

Elle meurt le 19 juillet 2020 dans le 5e arrondissement. L’amphithéâtre du Collège La Tourette, à Lyon 1er, porte son nom. (S.P.)

Annie Neyret, née Laure

  • 12 décembre 1929 (Lyon) — 9 avril 2019 (Lyon)
  • #patrimoine

Âme de la Renaissance du Vieux-Lyon.

Personnage emblématique du combat pour la sauvegarde du patrimoine lyonnais, âme de la Renaissance du Vieux-Lyon pendant des dizaines d’années, Annie Neyret se bat pour un Vieux-Lyon remarquable mais aussi humain, valorisé pour son architecture comme pour la qualité de vie de ses habitant·es. Aux côtés de son mari Régis Neyret, elle joue ainsi un rôle moteur dans le classement du Vieux-Lyon comme premier Secteur sauvegardé de France, en 1964, deux ans après la loi Malraux, puis dans l’inscription du site historique de Lyon sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1998.

LES HOMMES PASSENT AVANT LES PIERRES.

Annie Neyret tire son action de la pratique du terrain, entraînant les élus·es, les régisseurs, les responsables des offices d’HLM, les chefs de chantier dans les rues, les cours, les traboules, les escaliers du Vieux-Lyon pour leur faire comprendre la nécessité de conserver ces lieux tout en les adaptant pour les nouveaux occupants. Elle prend tous les risques, et même celui de ne pas plaire, force les portes et les téléphones, mobilise les intervenants telle une passionaria en campagne. Son opiniâtreté devient légendaire et force l'admiration.
Animée d’un humanisme profond, elle reste à l'écoute des petits et des grands, menant un combat en faveur de la mixité sociale dans ce quartier, visant à ce que chacun·e se sente passeur et passeuse de mémoire. Elle affirme : « Une certaine bourgeoisie me désole quand elle croit que certaines architectures sont le privilège d'une société particulière. Comme si un prolétaire n'était pas à même de ressentir du plaisir sous des plafonds à la française ».

HOMMAGE.

Annie Neyret reste définitivement attachée à une vision revigorante et généreuse d’une ville qui a à coeur de se souvenir de son passé, de respecter son patrimoine, de le valoriser, d'en faire une richesse toujours vivante et offerte à toutes et tous. La Ville de Lyon a choisi de rendre hommage à ce couple exemplaire, en donnant leur nom au Prix Citoyens du patrimoine et prochainement à la promenade située le long des quais de Saône entre le Pont La Feuillée et le Palais de Justice. (P.C.)

Photos de l'inauguration

Vendredi 5 mars 2021

Les 33 panneaux de l'exposition

L'exposition complète à télécharger (33 pages en pdf)


Du 05/03/2021 au 31/03/2021 , prolongée jusqu'au lundi 26 avril 2021

Informations complémentaires sur le site de la mairie du 5e arrondissement de Lyon, cliquer ici


Infos adresse supplémentaire :
14 rue docteur Edmond Locard, 69005 Lyon

  • Grilles extérieures du parc de la mairie pour l’exposition principale
  • Visites commentées, sur réservations. (places limitées, 6 personnes maximum par groupe), inscription par courriel à mairie5.protocole@mairie-lyon.fr
  • Boîtes à idées présentes dans les 2 mairies d’arrondissement : portail central du parc (angle des rues Locard / Point du Jour) et Annexe (5 place du Petit Collège, accueil au 1er étage).
  • Gratuit

Presse et documentaire