Vieux-Lyon, Adidas ZX 8000 et Joseph-Marie Jacquard ?


Janvier 2021

Vieux-Lyon, travail de la soie et Jacquard ?

Anne-Marie Wiederkehr, Présidente de Soierie Vivante, mercredi 6 janvier 2021

Chaussez-vous vite pour une courte balade historique et sportive !

Des chaussures, mondialement connues pour leurs trois bandes, portent le nom de Vieux-Lyon et sont réalisées avec une étoffe façonnée. Même si ces baskets sont un hommage au savoir faire textile de notre ville et prouvent que le Vieux-Lyon a une notoriété internationale, beaucoup de Lyonnais doivent se dire : « La soierie, c’est la Croix-Rousse et pas le Vieux Lyon ! ».
Il faut réviser notre histoire. Depuis la Renaissance, les ateliers de tissage étaient dans le quartier Saint-Georges, Guignol en est témoin, et vers Saint-Nizier. A partir du XVIII° siècle, sous l’impulsion de Soufflot, les négociants en soierie se regroupent dans le quartier Saint Clair, vers la rue Royale et le quai de Retz, du quai Lassagne au quai Jules Courmont actuels.
Jacquard va faire changer la géographie économique de la ville. Son invention présentée à Napoléon en 1805 permet de tisser plus vite et sans l’intervention du tireur de lacs nécessaire sur le métier à la grande tire. .../...
.../... La mécanique Jacquard ne va pas soulever l’enthousiasme des tisseurs. Elle coûte cher, les premières mécaniques ne sont pas fiables. Surtout, les négociants et la Chambre de Commerce poussent les canuts à s’équiper, mais pourquoi tisser plus vite alors que le travail manque souvent ?
Cette mécanique pose un autre problème, elle surélève le métier à tisser de plusieurs dizaines de centimètres. Il faut donc trouver des locaux plus hauts sous plafond...
Ce n’est pas un problème, de nombreux terrains viennent de se libérer : ce sont les biens des ordres religieux, confisqués quelques années auparavant. .../...
.../... A partir de 1810 et pendant une soixantaine d’années, la « colline qui travaille » va se couvrir d’immeubles consacrés au tissage faisant peu de cas de la famille qui vit là. La cuisine est dans l’atelier même, et la chambre collective est accessible par une échelle, c’est la suspente. .../... 
.../... La ville et sa banlieue vont ainsi voir s'élever les immeubles de canuts, dont la plus forte densité est sur les pentes et le plateau de la Croix-Rousse, d’abord vers le rempart, l’actuel boulevard de la Croix-Rousse, côté Rhône.
Chaussés de baskets en tissu façonné (le dessin est fait par le croisement des fils de chaîne et de trame pendant le tissage), allez aux origines de la soie à Lyon, à Saint-Georges, impasse Turquet et place de la Trinité. Puis traversez la Saône jusqu’au 1 rue Emile Zola, pour voir l’immeuble de la Grande Fabrique (corporation regroupant les négociants et les tisseurs) construit par Michel Perrache, et permettant de rejoindre la chapelle de la profession dans l’église des Jacobins (aujourd'hui disparue). Vos pas vous conduisent ensuite chez les négociants autour de la place Tolozan, et, par les traboules, vous grimpez jusqu’au Gros Caillou, puis remontez le plateau pour traverser le Rhône, plus au Nord, et vous aventurer jusqu’à Villeurbanne et Vaulx en Velin, jusqu’au quartier de la TASE. Vous aurez ainsi suivi le fil de l’histoire de la soie à Lyon... en attendant la réouverture des musées et ateliers de tissage. Si le textile a quitté en grande partie la ville, il reste toujours très dynamique dans notre région.

Soierie Vivante sauvegarde le patrimoine textile et anime deux ateliers municipaux à Lyon : 

  • l’atelier de passementerie, 21 rue Richan, Lyon 4 
  • l’atelier de tissage, 12 bis montée Justin Godard, Lyon 4, dernier atelier avec la cuisine et la suspente.

Site internet de Soierie Vivante, cliquer ici 



Joseph-Marie Jacquard : de l’ennemi du peuple au bienfaiteur des ouvriers lyonnais

La Ficelle, Juillet-Août 2009

Le fils de tisseur a permis aux enfants tireurs de lacs de ne plus s’épuiser à l’atelier de tissage. La mécanique de son métier à tisser remplaçait l’agilité des doigts enfantins. Pourtant, l’inventeur n’a pas eu le succès mérité mais est devenu «ennemi du peuple» pour avoir supprimé des emplois. 

Joseph Marie Jacquard est né à Lyon en 1752 grande rue de l’hôpital, proche de l’actuelle place de la République. Son père, Jean-Charles, était maître fabricant en étoffes d’or, d’argent et de soie. Joseph apprend le métier de tireur de lacs et de tisseur dans l’atelier de son père qui possède trois métiers à la grande tire. Sébastien Charlety, dans la Revue d’histoire de Lyon, explique : «Le métier à la grande tire fut d’un usage général pendant tout le XVIIe et le XVIIIe siècles. Il avait pourtant de multiples inconvénients. Le lisage était très long, très difficile, il fallait trier une masse de 400 à 800 cordes, parfois plus ; si le dessin était grand et compliqué, un sample ne suffisait pas. Toutes ces cor- des s’usaient assez vite et finissaient par coûter très cher ; elles s’embrouillaient facilement ; la tireuse et le tisserand devaient faire concorder leur mouvement avec une précision qui ne pouvait s’obtenir que par la longue habitude d’un travail commun. (…)
Le plus grave de tous ces inconvénients était la dureté du travail de la tireuse. Le paquet de cordes était parfois si lourd qu’une seule tireuse ne suffisait pas, pour certaines étoffes on en employait jusqu’à trois. Un perfectionnement de la machine à tirer par Garon, au début du XVIIIe siècle, permit de n’en employer qu’une, mais son travail restait toujours très pénible.» 

Le travail de tireur de lacs semble avoir été davantage exécuté par les enfants plutôt que par les femmes

Ce travail semble avoir été davantage exécuté par des enfants que par des fem- mes. Il était plus commode pour les enfants de se glisser sous le métier à tisser pour soulever et abaisser à la main les fils de chaîne. A la mort de sa mère, il n’a que dix ans. Il quitte l’atelier de son père pour rejoindre l’imprimerie de son oncle. Il apprend les métiers d’imprimeur, de typographe, de relieur, de fondeur de caractère, etc. En 1772, son père décède et lui lègue son atelier situé quai de Retz (actuel quai Jean-Moulin). A partir de cette date, les informations sur la vie de Jacquard se raréfient… On sait qu’il habite quelques temps sur les pentes, rue Neyret, puis rue Bouteille, qu’il se marie en 1778 avec Claudine Boichon. On sait qu’il a un fils en 1779 : Jean- Marie. Sa femme tient un atelier de chapeau de paille et son fils est tireur de lacs. 

L’invention de Jacquard n’est pas accueillie chaleureusement par les ouvriers canuts.

En 1800, il dépose le brevet d’invention pour une machine destinée à remplacer le tireur de lacs. Il ne s’agit que d’une première invention, qui au fur et à mesure des années se perfectionnera et deviendra, en 1806, le «métier Jacquard». La machine fonctionne à partir de cartes perforées guidant les crochets qui soulèvent les fils de chaines. Un métier Jacquard supprime cinq tireurs de lacs. 
Après une visite au Palais Saint-Pierre de Napoléon Bonaparte et Joséphine, où ils découvrent l’invention, Jacquard obtient le prix des inventeurs de la part de l’Académie de Lyon. Il collectionne les médailles à partir de ce jour En 1819, il est fait chevalier de la légion d’honneur L’invention n’est pas pourtant accueillie chaleureusement par les ouvriers canuts. Ils craignent une augmentation du chômage. «Lorsque Jacquard voulut introduire sa machine, les ouvriers s’ameutèrent contre lui. De toutes parts on le dénonçait comme l’ennemi du peuple et l’homme qui devait réduire les familles à la mendicité. Trois fois sa vie fut menacée, et cette haine aveugle en vint à une telle exaspération, que les prud’hommes crurent devoir détruire publiquement le nouveau métier. Il fut mis en pièces, sur la place des Terreaux, aux acclamations des spectateurs. Selon l’expression toute biblique de Jacquard, le fer fut vendu pour du vieux fer, et le bois comme bois à bruler !», d’après la Revue du Lyonnais, Tome premier, 1835. 
On a souvent évoqué le métier Jacquard comme l’une des causes de la révolte des canuts de 1831.
Pourtant, la machine a connu un succès immense dans le monde entier. Tous les immeubles canuts de la Croix-Rousse sont construits avec de haut plafonds afin d’accueillir l’engin. Sans Jacquard, le quartier n’aurait sans doute pas du tout le même aspect…
Jacquard se retire dans une petite maison à Oullins. Il ne participe pas à la révolte des canuts. Il meurt modestement en 1834.
Une statue de bronze est placée en son honneur place Sathonay en 1840. Fondue en 1942 par les allemands, elle est remplacée par une statue de pierre sur la place de la Croix-Rousse en 1947. Elle honore «le bienfaiteur des ouvriers lyonnais». 

Revue de presse