Arrivée aux musées Gadagne de la pirogue-vivier du XVIe siècle.


Mercredi 18 Novembre 2020

Arrivée aux musées Gadagne de la pirogue-vivier du XVIe siècle, découverte lors du chantier de creusement du parking Saint-Georges.

Les opérations ont été menées le matin du 18 novembre 2020 avec une parfaite maîtrise.
Récit en 26 photos.
Le « colis » sera ouvert en janvier 2021 et la pirogue peu à peu dégagée de l’emballage qui la protège

Suite du reportage en janvier prochain…
26 photos d'Yves Neyrolles
Les dimensions de la pirogue-vivier de Gadagne :
  • Longueur : environ 6.15 m. 
  • Largeur : environ 1 m. 
  • Hauteur : environ 0.40 m.
  • Poids : 800 kg après le traitement de conservation.

Composition : bois, clous, calfatage

Une pirogue du XVIe siècle arrive à Gadagne : un défi de taille

Article Le Progrès du mercredi 18 novembre 2020, de Clémence OUTTERYCK

Mise au jour en 2003 en bord de Saône, une pirogue-vivier du XVIe siècle a été transférée ce mercredi au musée Gadagne où elle sera l’objet phare de la future exposition. Une opération d’une délicatesse extrême.

La rue Gadagne est en ébullition ce mercredi matin. En cause, le retour dans le quartier d’une pirogue-vivier qui en était riveraine… au XVIe siècle, avant de s’échouer dans un bras de Saône. Un vestige de la Renaissance découvert en parfait état lors de fouilles préalables au chantier du parking Saint-Georges, en 2003. Dix-sept ans ont été nécessaires pour ce faramineux projet, mené de concert entre le Musée d’Histoire de Lyon et l’institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). De sa mise au jour à l’exposition « les pieds dans l’eau » qui ouvrira en mars 2021, près d’une trentaine de spécialistes s’est relayée pour faire revivre ce patrimoine archéologique. Un objet pratique qui devient mémoire, racontant une histoire de la vie lyonnaise de l’époque (lire par ailleurs).

Un défi de conservation

La restauration en elle-même est un véritable défi. « Lorsque l’on trouve un tel objet gorgé d’eau, la conservation est un problème car le bois sèche et se décompose », explique Anne Lasseur, responsable des collections du musée présente depuis les fouilles. Une opération d’autant plus délicate que la barque, taillée en un seul morceau, mesure plus de 6 m de long et doit rester en permanente humidité. Le musée a fait appel au laboratoire grenoblois ARC-Nucléart , pour un processus de plusieurs années, de stabilisation et de remise en état. Un an et demi pendant lequel l’eau contenue dans le bois est progressivement remplacée par une résine synthétique soluble, le polyéthylène glycol. Puis deux ans supplémentaires dédiés au séchage complet. 

Enfin, la barque est entreposée dans une caisse, entourée de mousse expansive. Elle n’en sortira que quelques semaines avant le début de l’exposition.
Pendant ce temps, au musée on prépare son arrivée, on imagine sa place, forcément imposante. Au fur et à mesure que les recherches livrent l’histoire de l’objet, le projet se dessine. « La pirogue-vivier sera un totem, un objet symbolique qui résume l’exposition et dit beaucoup de choses de la vie lyonnaise », précise Xavier de la Selle, directeur du musée Gadagne. « On a réussi à lui faire dire beaucoup de choses, l’objectif est maintenant de partager ces connaissances avec le public, poursuit non sans émotion Anne Lasseur. On retrouve une proximité avec les habitants de cette époque. À un moment ce bateau coule, 500 ans après on le retrouve. C’est comme un raccourci dans le temps ».

Deux heures d’opération de levage 

Un raccourci qui mène à ce mercredi, heureusement ensoleillé pour une opération qui durera toute la matinée. La rue Gadagne est juste assez grande pour contenir la grue et le semi-remorque contenant le sarcophage. Minutieusement, la caisse est sortie du camion avant d’être basculée sur le flanc. Une manipulation indispensable pour pouvoir passer par la fenêtre, dégondée pour l’occasion. Le bateau s’envole vers la salle d’exposition. Des façades des immeubles aux murs du musée, tout est calculé au centimètre près. Enfin, la caisse avance dans l’ouverture et prend place dans une salle que l’on dirait dessinée pour elle. « On dirait un accouchement ! » peut-on entendre.
Il faut encore fixer son support et la remettre sur le dos. Deux heures après avoir décollé dans le ciel du Vieux-Lyon, la pirogue est en place dans son couffin, sous les applaudissements d’une équipe fière du travail accompli..

Une pirogue-vivier qui conte la vie lyonnaise du XVIe siècle

6,15 m de long, 1 m de large pour 0,40 m de profondeur et 800 kg. Au-delà de la conservation déjà exceptionnelle pour un tel bateau, cette découverte est un témoignage du quotidien des Lyonnais de la Renaissance. Et notamment de l’actuel quartier Saint-Georges, où se tenait alors le port du Sablet. « Cela symbolique une époque où la Saône était l’artère principale de la ville avant que les Lyonnais ne lui tournent le dos », précise Xavier de la Selle, directeur du musée Gadagne. L’étude des couches stratologiques lors de la fouille a permis de dater la pirogue à la seconde moitié du XVIe siècle, au vu des différents objets et pièces de monnaie qui l’entouraient.
Une recherche plus précise des cernes du bois, la dendrochronologie, a estimé l’abattage de l’arbre, un chêne de l’Ain, autour de 1560. « La pirogue n’a pas dû servir longtemps, cela correspond à la période où elle a coulé », note Anne Lasseur, responsable des collections du musée, laquelle se plaît à imaginer et conter l’histoire du bateau de sa création à son échouage. « Le tronc a été immédiatement creusé au pied de l’arbre débité car le bois doit rester humide. Puis il a été acheminé au bord de l’eau pour être aménagé. » Et notamment son caisson, partie centrale émaillée de trous permettant une entrée d’eau destinée à recueillir les poissons. « Le pêcheur circule avec de grandes piques pour se guider sur le fond. Le bateau est symétrique. 
Chaque extrémité se redresse pour pouvoir naviguer dans les deux sens sans faire demi-tour, raconte encore Anne Lasseur. Après la pêche, le caisson permettait de conserver les poissons vivants, les plus frais possible avant d’être vendus au marché ». Un circuit on ne peut plus court.

Une refonte du musée Gadagne en 4 actes

L’exposition « les pieds dans l’eau » dont la pirogue-vivier sera l’élément phare est la deuxième étape d’une réinvention du musée Gadagne en quatre parties, destinée à « revoir complètement sa muséographie, un projet structurant qui réécrit l’exposition permanente, explique Xavier de la Selle, son directeur. Le parcours permanent du musée d’histoire de Lyon se décompose en quatre parties, autant de récits différents qu’on peut faire de la ville. Un choix qui remplace un récit linéaire chronologique ».

  • Depuis décembre 2019 : « Portraits de Lyon - se repérer dans la ville » autour de l’évolution urbaine de Lyon. « On interroge les visiteurs sur leur propre portrait de la ville. »
  • Mars 2021 : « Les pieds dans l’eau - vivre avec le Rhône et la Saône » « Une exposition qui donne à réfléchir sur le juste rapport à la nature. Une prise de conscience qu’on est allés un peu trop loin. La faune et la flore ont beaucoup souffert des aménagements. »
  • 2022 : « Échanger, fabriquer, innover » autour de l’histoire industrielle, économique et sociale
  • 2023 : « Pouvoirs, engagement, citoyenneté » autour de la dimension politique de la cité.

Reportage vidéo réalisé par Le Progrès (1'31")



Lyon 5° - La pirogue-vivier du XVI° siècle débarque enfin à Gadagne 

Article Le Progrès du mercredi 11 novembre 2020
Après sa découverte par les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) en 2004 lors des fouilles du parking Saint-Georges, non loin de Gadagne, la pirogue-vivier du XVI° siècle a été restaurée pendant trois ans à l’atelier régional de conservation ARC-Nucléart (CEA-Grenoble). 
Elle sera acheminée le 18 novembre à Lyon dans des conditions exceptionnelles pour prendre place dans la première salle de la nouvelle exposition du MHL. 
Pièce phare de la prochaine exposition Les pieds dans l’eau au musée d’histoire de Lyon (MHL), la pirogue-vivier sera visible par le public à partir de mars 2021.
Après plusieurs siècles d’abandon dans les fonds vaseux, l’épave de cette embarcation est fortement dégradée et nécessite une intervention de sauvetage.
Photo Progrès/Art Nucléart

La pirogue-vivier du XVIe siècle débarque enfin à Gadagne

Article Le Progrès du lundi 09 novembre 2020

Découverte en 2004 lors des fouilles du parking Saint-Georges la pirogue-vivier du XVIe siècle a été restaurée pendant trois ans à l’atelier régional de conservation ARC-Nucléart avant de revenir dans le Vieux-Lyon où elle va devenir l’objet phare de la prochaine exposition du musée d’histoire de Lyon.

Après sa découverte par les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) en 2004 lors des fouilles du parking Saint-Georges, non loin de Gadagne, la pirogue-vivier du XVIe siècle a été restaurée pendant trois ans à l’atelier régional de conservation ARC-Nucléart (CEA-Grenoble).
Elle sera acheminée le 18 novembre à Lyon dans des conditions exceptionnelles pour prendre place dans la première salle de la nouvelle exposition du MHL. Pièce phare de la prochaine exposition Les pieds dans l’eau au musée d’histoire de Lyon (MHL), la pirogue-vivier sera visible par le public à partir de mars 2021.

Un dispositif exceptionnel de transport et d’acheminement

  • Lundi 16 et mardi 17 novembre : installation d’une plateforme devant le 14 rue de Gadagne.
  • Mercredi 18 novembre : arrivée de l’embarcation au musée entre 8 h 30 et 9 heures. Chargée la veille à Grenoble, elle sera transportée dans sa caisse par camion. Un second poids lourd apportera la grue mobile qui servira à lever la caisse jusqu’au niveau de la fenêtre de la salle du 1er étage du musée où elle sera exposée. La rue de Gadagne sera bloquée aux véhicules et aux piétons le temps de ces opérations.
Les opérations d’acheminement auront lieu dans la matinée pour que les deux poids lourds qui apporteront la caisse de la pirogue-vivier et la grue mobile, aient libéré la rue vers 12 heures. La caisse sera ensuite acheminée par la fenêtre via un système de portiques roulants. seront pilotées par un transporteur spécialisé et devraient prendre toute la journée du 18 novembre.
  • Jeudi 19 et vendredi 20 novembre : démontage de la plateforme. Remise en circulation normale de la rue Gadagne.

Les dimensions de la pirogue-vivier de Gadagne

  • Longueur env. : 6,15 mètres
  • Largeur env. : 1 mètre
  • Hauteur env. : 0,40 mètre
  • Poids : 800 kg après le traitement de conservation

La barque du XVIe siècle découverte lors des fouilles du parking Saint-Georges rejoint le musée Gadagne

Article Le Progrès du mercredi 22 janvier 2020,  par T.V.

L’embarcation sera exposée dans une nouvelle salle placée au cœur de la thématique « Vivre avec le Rhône et la Saône » du musée d’histoire de Lyon. D’ici là, des analyses complémentaires seront réalisées sur l’épave afin d’en savoir plus à son sujet.

« Enfin. Nous allons avoir cette barque dans le quartier. Et en plus, ce sera au musée Gadagne. Que rêver de mieux. » Gilda Hobert, adjointe à la culture dans le 5e arrondissement, ne cache pas sa joie. Jean-Dominique Durand, adjoint au patrimoine qui siège aussi dans cette assemblée, non plus. Cette délibération approuvée à l’unanimité concrétise enfin un projet qui avait des airs d’Arlésienne, encore plus peut-être que le déménagement de l’horloge aux Guignols sur le mur pignon de l’Hôtel Gadagne. Une délibération qui valide une convention de partenariat entre la Ville de Lyon, le Musée Gadagne et l’institut national de recherches archéologiques préventives pour l’étude et la valorisation du bateau Vivier.

Refonte du musée Gadagne

Il avait été trouvé à la faveur des fouilles menées entre 2002 et 2004, au moment de l’aménagement du parking Saint-Georges , dans le quartier historique du Vieux-Lyon inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco. L’épave qui date du XVIe siècle sera exposée dans une nouvelle salle placée au cœur de la thématique « Vivre avec le Rhône et la Saône » (1) du musée d’histoire de Lyon.

(1)- La salle ouvrira à l’automne 2020.

Découverte exceptionnelle

« Cela s’inscrit dans la refonte du parcours permanent du musée Gadagne », ajoute encore l’adjoint au Patrimoine qui sait aussi que cette délibération n’est qu’une « première étape » dans cette installation. D’ici là, l’Inrap complétera l’analyse scientifique initiale de l’épave réalisée lors de la fouille. Une étude qui donnera notamment des informations inédites sur les techniques de construction, les matériaux employés, la datation et permettra également de resituer l’embarcation dans l’histoire de la navigation fluviale.

15 autres bateaux de l’époque antique à moderne avaient été découverts en même temps que la barque Vivier. Une découverte exceptionnelle qui illustre la vie quotidienne des artisans lyonnais et les techniques de construction navale, caractéristiques de la région. Une histoire qui rappelle qu'ici se trouvait un bras de Saône, reconnu par les archéologues pour ses activités portuaires.

Quand les épaves antiques s’offrent un bain de jouvence

Article Le Progrès du vendredi 30 septembre 2016, avec l'AFP

Depuis les années 70, le laboratoire grenoblois ARC-Nucléart assure la conservation d’épaves antiques longtemps enfouies et menacées par leur soudaine exposition à l’air une fois découvertes. Son dernier chantier : un bateau mis à flot il y a 2.000 ans à Lyon.

C’est dans un atelier discret, au cœur du site du Commissariat à l’énergie atomique, que repose un imposant chaland gallo-romain du 2e siècle de notre ère, baptisé «Lyon Saint-Georges 4». Sa restauration vient de s’achever après deux ans et demi de travaux, pour un budget de 2,5 millions d’euros.
Il avait été mis au jour en 2003 dans le quartier historique du Vieux-Lyon, en bord de Saône, sur le site d’une ancienne casse à bateaux où un parking était en train d’être creusé. Quinze autres épaves dont six d’époque antique et une pirogue du 12e siècle avaient également été sorties de terre.
Long d’une quinzaine de mètres, contre une trentaine à l’origine, et large de cinq mètres, ce bateau à fond plat - sans quille - qui pouvait transporter quelque 55 tonnes de marchandises, était vraisemblablement destiné au commerce fluvial sur le Rhône. Sur le bordé (l’ensemble des parties composant la coque, NDLR), d’émouvantes traces de hache millénaires témoignent de l’époque.
Si le chaland a révélé cet étonnant état de conservation lors de sa découverte, «c’est parce qu’il a bénéficié d’un enfouissement dit "anaérobique" (sans oxygène), sans lumière et qu’il a été drainé en continu par l’eau de la Saône. Et quand on expose un bois gorgé d’eau à l’air, il tombe en poussière», explique Marc Guyon, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), qui a piloté conjointement le projet avec ARC-Nucléart.
Le site de Grenoble a déjà accueilli une vingtaine d’autres bateaux antiques dont un précédent chaland gallo-romain, cette fois de 31 mètres, découvert à Arles (Bouches-du-Rhône) en 2004.

Plus de 2.000 clous

«Nous sommes les seuls en France à disposer d’installations de taille suffisante pour pouvoir traiter ces bateaux à la fois en les imprégnant de résine (qui remplace l’eau dans le bois et le renforce, NDLR) et par lyophilisation (qui sèche la vapeur d’eau sous vide)», souligne Karine Froment, directrice de l’Atelier régional de conservation (ARC) Nucléart, qui dispose à cette fin de larges cuves et de deux gros caissons dans un espace de 3.000 m2.
Une douzaine de spécialistes ont travaillé en permanence sur le bateau lyonnais.
Au préalable, dans une atmosphère contrôlée à la température constante de 20 degrés et d’un taux d’humidité inférieur à 55%, le chaland a été démonté en un millier de pièces, toutes étiquetées en vue de son remontage.
En outre, il a dû être totalement débarrassé de ses 2.100 clous qui pouvaient produire, sous l’effet de l’humidité, de l’acide sulfurique, fatal pour le bois. Ces derniers doivent être étudiés afin de déterminer leur origine.
En fonction de leur taille, les pièces du bateau ont été plongées pendant plusieurs mois dans un mélange de résine de polyéthylène glycol (PEG), avant d’être congelées à moins trente degrés puis lyophilisées sans qu’elles se soient déformées.
«Quand le traitement à la résine PEG n’est pas suffisant pour consolider le bois, on a recours à un traitement complémentaire, le traitement Nucléart, dans lequel on imprègne une nouvelle résine, un mélange styrène-polyester, qui va durcir par polymérisation sous rayonnements gamma, dans un irradiateur installé dans nos locaux», précise Karine Froment.
Mais ce dernier procédé n’est pas réversible et n’a été utilisé sur le chaland que pour les pièces les plus dégradées situées à l’avant de l’embarcation, très abîmé.

Propriété de la Métropole de Lyon, le chaland doit être exposé d’ici à 2020 au musée gallo-romain de la ville. D’ici là, il sera entièrement redémonté et stocké pour un sommeil moins long et réparateur.