Restauration de la façade du 5 quai Romain-Rolland


(extrait du journal RVL n°154, juillet 2020)

Au printemps 2017, après la chute de « morceaux de balcon » sur le trottoir, une analyse de l’état de la façade préconise une « reconstruction à neuf », « le matériau pierre [étant] tout simplement arrivé en fin de vie… ».
Au terme d’une discussion sur place avec Denis Eyraud, architecte DPLG, ancien président de la RVL, et Jacques Pellegrin, directeur de chantier pour l’entreprise Comte, il s’avère que le devis de reconstruction à neuf des balcons (150 000 €) pourra couvrir la restauration de l’ensemble de la façade, réalisée en pierre et datant de 1841.
Des sondages vérifient la nature et l’état des matériaux composites de celle-ci : les balcons sont constitués de trois dalles en pierre de Villebois, pincées dans la façade en pierre de Seyssel et reposant sur deux corbeaux, en « Villebois », et... sur les chapiteaux des pilastres, en « Seyssel ».
L’origine d’un premier désordre visible est l’éclatement des chapiteaux sur l’extérieur des balcons. Le tout se trouve davantage fragilisé encore par l’emploi de peinture pliolite lors de la restauration précédente. Cela a entraîné la création d’une couche de calcite, qui a fini par se décoller de la façade, endommageant les modénatures.
Des cornières métalliques en L, ajoutées en nez de balcon, et des plats métalliques placés sous ces derniers, peut-être vers 1900, ont eu pour conséquence désastreuse de neutraliser le larmier, de conserver l’humidité dans la pierre, rouillant le métal jusqu’à faire éclater celle-ci !
Ce deuxième désordre visible est le plus dangereux, car la partie inférieure des balcons et les corbeaux ayant été couverts de peinture pliolite, les dégâts sont restés en partie cachés : l’un des corbeaux s’était même fendu à la verticale, et personne ne peut dire quand il aurait fini par céder...
Le maître d’œuvre de l’opération a été Guillaume Rozand, de MDR Architectes Associés, assisté d’Adrien Rodallec. Les travaux ont été conduits par Michael Nicola, accompagné d’Ahmed Benzizine, chef de chantier, pour l’entreprise Comte, en dialogue constant avec l’Architecte des Bâtiments de France, représentée par Béatrice Kalfoun, ingénieure du patrimoine. 
En dehors d’opérations classiques (suppression de ce qui a endommagé la façade, choix de nouvelles couleurs, badigeon à la chaux laissant apparaître l’appareillage, restitution des détails sculptés, en pierre de Lens, en remplacement de celle de Seyssel, ainsi que des chapiteaux des pilastres du rez-de-chaussée, en pierre de Villebois), deux points importants sont à souligner :
  • l’implantation de tiges en acier inoxydable, « en porte-manteau », pour porter les dalles latérales des balcons et soulager les chapiteaux restitués ;
  • l’emploi d’un micro-béton teinté, coffré et goujonné, pouvant être bouchardé comme de la véritable pierre, afin de restituer le profil des balcons, tout en conservant un maximum de la pierre de Villebois d’origine.
Les travaux se sont déroulés de l’automne 2019 à la fin du printemps 2020, redonnant à cette façade une beauté… intégrale et solide.