Legs de Madame Lucienne Fouilloux à la Renaissance du Vieux-Lyon


2019

Frédéric Auria, président de la Renaissance du Vieux-Lyon, évoque l’événement exceptionnel qu'est le legs de Mme Lucienne Fouilloux en faveur de la RVL (2019).

Il détaille les différents projets d’utilisation de ce legs qui servira, entre autres, à financer une aide à la restauration du Petit Patrimoine du Vieux Lyon ou d’ailleurs.

Hommage à France Fouilloux

Aujourd'hui encore, Lucienne Andrée FOUILLOUX née FRANCOIS pour l'état civil, qui se faisait appeler France FOUILLOUX, reste pour nous une énigme.
C'est courant 2018 que nous entendons parler d'elle pour la première fois : un notaire nous apprend qu'elle est décédée le 31 mai 2014, à l'âge de 79 ans, et a désigné notre association comme légataire universelle. Nous reviennent ainsi son appartement et tous ses biens, dont sa voiture et une assurance-vie, après que l'Etat a prélevé sa part, et à l'exception d'un tableau.
Les premières recherches dans notre fichier d'adhérents ne donnent pas de résultat, si ce n'est qu'une Mme FRANCOIS, son nom de jeune fille, a bien été adhérente. Peut-être s'agit-il de sa mère...
Quand nous entrons près d'un an plus tard dans son appartement, nous entrons chez une dame qui vivait sur place depuis de nombreuses années, ayant amassé beaucoup d'objets, de livres, conservé beaucoup de courriers, de photos et de papiers de toutes sortes, dont des tickets d'entrée de musées et châteaux ou des programmes culturels. Et les seules plantes ayant survécu sur le balcon à cinq ans sans soins ornent aujourd'hui sa tombe dans le cimetière de Cusset.
En parcourant les divers documents retrouvés, nous nous introduisons dans l'intimité d'une personne dont nous ignorons presque tout, mais dont émergent plusieurs dates tragiques.
Ses papiers mêlent l'histoire des différents membres de la famille, dont quelques lettres de prisonnier de guerre de son père Jean Joseph FRANCOIS, décédé en 1955.
Maurice FOUILLOUX, qu'elle a épousé le 25 mai 1956 (à gauche), est décédé le 6 juin 1961. Elle a conservé intact son dernier portefeuille, avec carte d'identité, permis de conduire... et deux photos d'elle (à droite).
Dans le livret de famille de ses parents, une coupure de journaux révèle l'accident domestique dans lequel sa sœur Josiane, de 4 ans son aînée, a perdu la vie en mars 1964.




Enfin, des photos montrent qu'elle a accompagné sa mère Joséphine, née POUDEVIGNE, jusqu'à sa disparition en 1984.
Tous ces documents n'indiquent que deux adresses en dehors de celle de ses parents, 15 bis rue du Dauphiné dans le 3è arrondissement pendant son mariage, alors qu'elle était enregistrée comme employée de bureau, puis 1 rue Witkowski dans le 5è où elle a fini sa vie, infirmière à la retraite et seule, dans l'appartement qu'elle nous a légué.
Les photos et les objets montrent quelqu'un d'ouvert sur le monde, avec des randonnées dans les Monts du Lyonnais, des visites au parc des oiseaux de Villars les Dombes, ou des voyages plus lointains en Italie, en Allemagne, en Egypte, au Liban, en Thaïlande ou à Hong Kong...
Qu'ajouter de plus ? Infirmière de profession, elle faisait elle-même ses parfums, était équipée de deux machines à coudre... elle n'avait pas eu d'enfants, n'avait plus de contact avec d'autres membres de sa famille et n'avait, semble-t-il, pas « refait sa vie ». Et à en juger par sa garde-robe et le nombre de ses sacs à mains, chaussures, foulardrs et chapeaux, l'élégance que nous retrouvons sur les photos était son quotidien.
Si son intérêt pour la culture et le patrimoine est visible, où est le lien concret avec notre association ? En dehors de quelques photos du Vieux-Lyon, d'autres de randonnées dans la région qui prouvent qu'elle a croisé des membres de la RVL, qui ne sont plus là pour en témoigner, on retrouve chez elle :
  • un annuaire de la RVL daté de 1986,
  • et quelques journaux de notre association, dont le numéro de juin 1986 titrant Le « Plan de Sauvegarde » à peine approuvé, LA DESTRUCTION DU VIEUX LYON VA-T-ELLE COMMENCER ?
Est-ce ce qui a motivé le testament de France FOUILLOUX en notre faveur tant d'années plus tard, et ces journaux étaient-ils bien les siens ? Nous ne retrouvons pas son nom parmi nos adhérents sur la durée de conservation de nos fichiers...
Nous avons voulu lui rendre hommage lors de Vieux-Lyon en Humanité, début juillet 2019, en exposant dans le local de la RVL des photos, des papiers et des objets recueillis chez elle : mais s'agissait-il de cadeaux d’amis d’un coin de France, d’Europe ou d'ailleurs ? De souvenirs de vacances ou d'objets achetés au coin de la rue, mais venant du bout du monde, avec un goût prononcé pour l'Asie ? S'il n'était pas toujours possible de le savoir, ils montraient tous son ouverture aux cultures et aux habitants de notre planète, d’hier et d’aujourd’hui. Aucun des visiteurs de l'exposition ne la connaissant, nous n'en savions pas plus sur elle après cette exposition.
Aline DURET, du journal Le Progrès, a relancé les recherches par un article début février 2020, qui en a suscité d'autres dans la presse (voir ci-dessous les coupures presse). Mais les quelques témoignages reçus ne nous ont hélas pas permis d'en apprendre beaucoup plus.
Une fois l'appartement et la voiture vendus, sa vaisselle nous permet aujourd'hui de nous réunir sans avoir recours à la vaisselle jetable, et l'héritage se monte à un total d'environ 300 000 Euros au bénéfice de notre association.
Plutôt que de mettre cet argent de côté, et renoncer pendant quelques années aux subventions qui nous permettent de fonctionner actuellement, nous avons affecté cette somme au financement de plusieurs projets qui n'auraient pas pu être menés sans elle, parmi lesquels :
  • notre dernier livre, Lyon, un patrimoine en partage,
  • un hommage à Annie et Régis Neyret,
  • le recueil de la mémoire des acteurs du Vieux-Lyon au XXème siècle,
  • l'exploitation des archives de la RVL,
  • la réfection du site Internet,
  • l'équipement informatique de l'association,
  • le réaménagement du local de la RVL,
  • la promotion des métiers du patrimoine,
  • une publication sur le petit patrimoine,
  • et surtout l'aide pour la réhabilitation, conservation ou restitution du petit patrimoine dotée de 200 000 Euros.

C'est donc à France FOUILLOUX, à travers la RVL, que doivent les différents copropriétaires du Site Historique de Lyon de pouvoir mener les travaux que nous encourageons par un soutien financier ciblé.

Si vous avez connu Mme FOUILLOUX, ou son mari, de près ou de loin, en particulier si vous pouvez nous éclairer sur ses liens avec la RVL, n'hésitez pas à nous contacter pour nous en dire plus sur cette généreuse donatrice !

( 04 78 37 16 04 - contact@lyon-rvl.com )

La presse

Le JT 19-20 de France 3 Rhône-Alpes, édition de Lyon, le mardi 25 février à 18h55

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