Des plaques "Vne-Ln" disposées au long des rues pour la délimitation entre Lyon et Villeurbanne


01 février 2020, par Jean-Paul Masson

Aujourd'hui, la limite entre Lyon et Villeurbanne n'a rien de naturelle, son repérage dans la continuité de l'urbanisation de la cité est quasiment impossible.
Ce ne fut pas toujours le cas.
Longtemps cette frontière suivait un fossé, rejoignait une croix, traversait un lac, longeait un bois... Lyon et Villeurbanne étaient alors séparés par quelques cinq kilomètres de marais, de champs et de pâturages.

Mais bien avant encore…
En 843 : Le partage de l'empire de Charlemagne avait placé Lyon en Royaume de France et Villeurbanne en Lotharingie, la frontière suivait naturellement le cours du Rhône
En 1334 : A la création du Dauphiné de Viennois, Villeurbanne se trouva naturellement en Dauphiné, et le Rhône continuait à tracer la frontière entre Lyon et les villages de Bechevelin, Villeurbanne, Chaussagne…..
Des querelles d'octroi entre la rive droite, lyonnaise, et la rive gauche, dauphinoise, ont perduré depuis que le Rhône délimitait la frontière
« ...(c'est le souvenir de cette époque ) que conserve la fameuse expression des bateliers qui "piquaient en empire ou royaume" selon qu'ils gouvernaient leurs embarcations par rapport à l'une ou l'autre des deux rives »
(Bernard Meuret : Villeurbanne histoire d'une différenciation (p37))

Cette situation entraîna le roi Louis XI a définir cette frontière, au mieux de ses intérêts.
Pour ce faire, il convoqua son juriste, maître Tindo, et un juriste dauphinois, qui ne se présenta pas, avec mission de définir une frontière cohérente entre le royaume et le Dauphiné de Viennois.
Carte de la délimitation de maître Tindo à télécharger en bas de page.
Plaque Rue du 14 juillet © Jean-Paul Masson
Plaque Rue du 14 juillet
© Jean-Paul Masson
Le tracé fut enregistré par un procès verbal du 23 août 1479
"...lesquels chacun d'eux sur ce par nous interrogés, nous dirent et déposèrent d'un commun accord que le dit lac doysel était le commencement des limites... de béchevillain et du pays du dauphiné...en tirant au dit lac doysel ...à travers le rhône à certaine vieille muraille où se trouvait avoir une grange dite grange de margnolle... (…) ..et du dit lac doysel nous transportâmes ...tirant tout droit au lieu appelé le moncelet qui est en une petite motte de terre, étant joignant au chemin par lequel on va de lyon à ville urbane..... (…) ...et du dit lieu de montcelet nous transportâmes en tirant tout droit à un carrefour où se trouvait une croix de bois .... appelée croix de simandre… (…) et du dit carrefour nous transportâmes par le chemin par lequel on va de lyon à genas jusques au bois de montchal...(...) et par un autre petit chemin, traversant le haut du dit bois,... au carrefour (par lequel on va de lyon à braon), ...dit le rampant de chaussagne..."
Plaque Rue Notre-Dame © Jean-Paul Masson
Plaque Rue Notre-Dame
© Jean-Paul Masson
Aujourd'hui,
Il se trouve une rue de Margniolle à Caluire,
Le lac «doysel», devenu «loisel» puis «luiset» se situerait quelque part au sud ouest du quartier de Croix-Luizet,
Le «moncelet» est a proximité du «Totem», place Albert Thomas,
La Croix de Simandres a disparu, en 1929, elle serait sur la place des Maisonneuves,
Le bois de Montchal se retrouve dans le quartier actuel de Montchat.
Cette frontière est restée inchangée jusqu’à nos jours, si ce n'est au parc de la Tête d'Or. En effet, la frontière a été redressée en 1903 pour inclure tout le parc sur le territoire de la ville de Lyon et s'aligner sur le boulevard Pommerol (aujourd'hui, boulevard Stalingrad).

A près l’échec d’une tentative de réguler cette limite le long des voiries, il a été décidé de la repérer par des plaques "Vne-Ln" disposées au long des rues. Il y en eut 52 à l’origine, il en reste 12, plus particulièrement entre le cours Emile Zola et la cours Lafayette .

Tableau des emplacements actuels (12) et disparus (21)(Ln -Lyon & Vne - Villeurbanne)

Bibliographie

  • Albert MONTFOUILLOUX : Le plat pays Lyonnais Dauphinois de la Rive Gauche du Rhône (Imp Express 1929)
  • Bernard MEURET : Villeurbanne Histoire d’une différenciation (Doct Univ Sciences Sociales Grenoble 24/06/80)
  • Georges BAZIN : Les limites fantaisistes entre Lyon et Villeurbanne (Revue Rive Gauche, 1973/74/84)(AMV Le Rize)
Complément d'information, 
Bibliothèque municipale de Lyon, cliquer ici
Carreaux en céramique situés rue de la Viabert (Lyon 6e), entre les numéros 3 et 5, sur la façade © Bibliothèque municipale de Lyon
Carreaux en céramique situés rue de la Viabert (Lyon 6e), entre les numéros 3 et 5, sur la façade © Bibliothèque municipale de Lyon