Journal RVL n° 150 - juin 2018



Édito : 


Du petit cochon au bac en plastique et de la vespasienne au tout à la rue

Autrefois, les petits cochons, qui vivaient librement dans la rue, nettoyaient la ville en mangeant les ordures. Mais nous n’avions déjà plus de petits cochons quand Eugène Poubelle inventa, en 1884, le collectage et le ramassage des déchets par la collectivité. Le préfet de Paris ne pouvait pas avoir pensé à l’encombrement que les récipients portant son nom allait générer dans le Vieux-Lyon. Bacs métalliques, bacs en plastique gris, puis jaune ont envahi nos cours, que des dizaines, voire des centaines de milliers de touristes visitent chaque année. Aujourd’hui, pour apprécier les trésors de l’architecture de notre quartier sauvegardé, il faut parfois slalomer entre les poubelles, appréciant au passage les suaves effluves que celles-ci exhalent, en particulier l’été.

Pour les déjections humaines, les habitants des cités médiévales, ou Renaissance, pratiquaient le tout à la rue. « Gare dessous ! », hurlait-on, avant de balancer le contenu de son seau par la fenêtre. Précaution verbale inutile puisque Louis XI en personne fut honoré, un matin, par la liqueur… d’un vase de nuit !

Au XIXe siècle, on réinventa la vespasienne, édicule bien utile pour les hommes, les femmes étant censées satisfaire leurs besoins naturels… à la maison. Si le caniveau de nos rues ne sert plus qu’à évacuer les eaux de pluie, ce sont maintenant les allées, les traboules et les cours qui tiennent lieu d’urinoirs, en particulier les week-ends, les soirs de fête ou les jours de match.

En 1998, l’Unesco a reconnu au Vieux-Lyon (ainsi qu’à plusieurs autres quartiers anciens) une « valeur universelle exceptionnelle ». Disons-le tout net : à quartier exceptionnel, moyens exceptionnels ! L’idéal serait de mettre en place des silos et d’instituer le portage volontaire, comme la ville de Troyes a su le faire récemment. Nous disons bien « l’idéal », car nous mesurons les obstacles à franchir pour harmoniser ce système avec celui des réseaux existants qui sillonnent le sous-sol de nos rues et de nos places. Ce pourrait être l’un des grands chantiers du prochain mandat.

Il pourrait s’agir aussi de proposer un nombre de toilettes publiques mieux à même de répondre à celui toujours croissant des visiteurs. Or, chaque fois que nous signalons ce manque criant, il nous est répondu que ça coûte cher et qu’il n’y a pas de budget. À quoi nous pourrions répondre à notre tour : si la collectivité affectait à cet usage ne serait que 1 % du produit de la taxe de séjour qu’elle perçoit (un montant qui s’élève tout de même à 6 millions d’euros par an), l’essentiel des soucis que nous évoquons se trouverait résolu.

Nous sommes certains que notre maire, Georges Képénékian, qui est médecin et professeur d’urologie, ne peut pas rester insensible à une requête touchant à l’hygiène et à la santé. 

Élisabeth Blanc-Bernard  

Présidente de la Renaissance du Vieux-Lyon